LES ACTEURS
DAVID
KELLY : probablement le plus grand expert britannique
sur la question des armes biologiques. Microbiologiste, ce savant
de 59 ans, timide, sérieux et introverti, fut l'un des inspecteurs
en désarmement de l'ONU entre 1991 et 1998 (il a fait 36
voyages en Irak pendant cette période).
David Kelly est né au pays de Galles et est
diplômé des universités de Leeds et de Birmingham
en sciences agricoles. Il devient expert en pesticides à
l'Institut de microbiologie d'Oxford. En 1984, il prend la tête
de l'Institut national britannique de recherche en environnement,
puis gravit les échelons au sein du Centre de recherche chimique
du ministère de la Défense. En 1989, il devient directeur
du service de microbiologie.
Jusqu'au conflit en Irak, les opinions de David Kelly sur la question
des armes de destruction massive du régime de Saddam Hussein
correspondent en gros à celles du gouvernement britannique.
Cependant, à la suite de la chute du régime de Bagdad,
David Kelly retourne en Irak. Il émet alors des critiques
sur les méthodes américaines pour découvrir
d'éventuelles armes de destruction massive et des doutes
sur les soi-disant capacités de destruction de l'Irak.
En mai 2003, un reportage du journaliste de la BBC, Andrew Gilligan,
accuse le gouvernement Blair d'avoir « gonflé »
la menace posée par l'Irak pour justifier la guerre. David
Kelly se retrouve sous les feux de la rampe lorsque le ministère
de la Défense le soupçonne d'être la source
principale du reporter. Convoqué devant la Commission des
affaires étrangères de la Chambre des communes, l'expert
en armement déclare aux députés qu'il n'est
pas la « source principale » du journaliste
de la BBC.
David Kelly disparaît de son domicile le 17
juillet. Le lendemain, il est retrouvé sans vie près
d'un boisé situé non loin de chez lui, le poignet
gauche tailladé. Des comprimés d'analgésique
sont retrouvés près du corps, et l'autopsie indique
qu'il a succombé à une hémorragie. Il s'est
apparemment suicidé.

ANDREW
GILLIGAN : diplômé d'histoire à
l'Université de Cambridge, il a fait ses premières
armes en journalisme au Cambridge Evening News, en 1994.
Après un passage au Sunday Telegraph,
où il devint spécialiste de la défense, il
est recruté par le rédacteur en chef de l'émission
d'informations phare de la BBC Radio 4, Today. Son mandat
est clair : il doit s'attacher à dégoter des
scoops.
Au fil de ses reportages, le chroniqueur militaire
au front dégarni et aux lunettes rondes, aux méthodes
parfois contestées, se crée une cohorte d'ennemis
à Downing Street et au sein de la Défense. Il se fait
notamment passer pour un acheteur potentiel de mines antipersonnel,
démontrant qu'il est possible d'en acquérir librement
en Grande-Bretagne. Il obtient également des rapports confidentiels
accablants sur les opérations des forces britanniques au
Kosovo.
Andrew Gilligan est au centre de l'affaire Kelly
et de la controverse dans le dossier des armes de destruction massive.
Fin mai 2003, le journaliste révèle que, selon « une
source bien informée », le directeur des communications
de Tony Blair a ordonné que le dossier contre l'Irak soit
« gonflé » (en anglais : sexed-up)
pour mieux le vendre à l'opinion publique britannique. Le
bureau de Tony Blair contre-attaque, cherchant à obtenir
l'identité de la source.
Pour les critiques du gouvernement Blair, Andrew
Gilligan et la BBC risquent de servir de boucs émissaires
dans cette affaire, pour occulter le débat sur les accusations
d'exagération de la menace irakienne. Les critiques du chroniqueur
militaire estiment au contraire que celui-ci a déformé
les propos de l'expert en armement dans le but d'alimenter la campagne
anti-Blair que la BBC est accusée de mener. Le journaliste
nie, ne reconnaissant que quelques erreurs de présentation.
Le 28 janvier 2004, le rapport du juge Brian Hutton
sur la mort de David Kelly conclut que la BBC a été
« fautive » de diffuser des informations « sans
fondement » accusant le gouvernement britannique d'avoir gonflé
ses informations sur l'armement irakien.

TONY
BLAIR : le premier ministre britannique est dans l'il
du cyclone avec l'affaire Kelly. Le gouvernement qu'il mène
depuis 1997, déjà fragilisé, se trouve sérieusement
mis à mal depuis la mort de David Kelly.
Il faut dire qu'en se rangeant du côté
du président américain George W. Bush dans le dossier
de l'Irak, face à une opposition substantielle au conflit,
Tony Blair risquait sa carrière politique.
À la suite de la découverte du corps
de David Kelly, Tony Blair assure que son gouvernement avait agi
comme il le fallait tout au long de l'affaire, et exclut l'idée
de démissionner.
À la suite de la présentation du rapport
sur la mort de David Kelly, Tony Blair déclare qu'il «
accepte pleinement » les conclusions du juge Hutton, soulignant
qu'elles ne laissent « aucune place au doute ou à l'interprétation
».
N'empêche, le premier ministre a perdu des
plumes au sein de l'électorat dans l'affaire Kelly, les sondages
démontrant que leur opinion de Tony Blair avait baissé
depuis la mort du savant.

ALASTAIR
CAMPBELL : ancien journaliste de tabloïde, il
s'est joint à l'équipe de Tony Blair en 1994 au poste
très influent de responsable des communications du premier
ministre britannique. Il a été mis au banc des accusés
par la BBC dans le dossier des armes de destruction massive.
Alastair Campbell a été tout particulièrement
accusé d'avoir joué un rôle dans le processus
de « gonflage » du dossier sur la capacité
de frappe de l'Irak, et notamment d'avoir fait inclure dans le dossier
contre l'Irak la fameuse phrase indiquant que ce pays avait la capacité
de déclencher une attaque à l'arme de destruction
massive (chimique ou biologique) dans un délai de 45 minutes.
Le responsable des communications a nié cette
allégation, attaquant en retour la BBC et déclenchant
ainsi une bataille de titans entre le 10, Downing Street et la BBC.
La Commission des affaires étrangères de la Chambre
des communes a tranché en concluant que le directeur des
communications n'a pas cherché à « gonfler »
le dossier de l'armement de l'Irak.
Les critiques ont été nombreux à réclamer
sa démission, qu'il a finalement remise le 29 août,
au lendemain de la comparution de Tony Blair devant la commission
présidée par Brian Hutton. Il était considéré
comme l'homme de confiance du premier ministre.

GEOFF
HOON : le ministre britannique de la Défense
fut le principal allié de Tony Blair pendant la guerre en
Irak, soutenant son premier ministre dans la tourmente.
Il a décidé en personne que David Kelly
devait s'exprimer publiquement devant une commission parlementaire.
Accusé par la BBC d'avoir révélé que
l'expert en armement était la source de la BBC, il admet,
lors de son témoignage devant le juge Hutton, avoir approuvé
la stratégie consistant à « confirmer »
le nom de David Kelly aux journalistes qui auraient deviné
son nom. Toutefois, Geoff Hoon assure que son ministère a
tenté de protéger l'anonymat de David Kelly, et de
le soutenir après que son nom eut été divulgué.
Il est finalement disculpé dans le rapport
du juge Brian Hutton en janvier 2004.

LORD
BRIAN HUTTON : le juge britannique de 73 ans est membre
de la plus haute cour du pays. Parmi les grands dossiers de son
illustre carrière, Lord Hutton compte celui de l'ancien dictateur
chilien Augusto Pinochet.
Lord Hutton a été chargé de
l'enquête indépendante et publique à la suite
de la mort de l'expert en armes de destruction massive David Kelly.
Le juge a indiqué que lui, et lui seul, déterminera
la portée de l'enquête publique. Il a aussi assuré
que les travaux d'enquête seraient menés à bien
avec diligence et avec un maximum de transparence.
Dans ses conclusions, Lord Hutton juge que la BBC
a diffusé des allégations
« sans fondement » selon lesquelles le gouvernement
britannique aurait délibérément exagéré
la menace irakienne. Il déclare en revanche que le gouvernement
n'a pas agi de façon « déshonorante, sournoise
ou fourbe ».
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Ils
ont dit :
« Il a été abominablement utilisé
par les hommes politiques. »
- Alistair Hay, collègue de David Kelly
« Il est mort. Nous sommes désormais seuls
avec nos consciences. »
- Tom Mangold, journaliste et ami de la famille Kelly
« Je coopérerai à l'enquête
de toutes les façons possibles. »
- Tony Blair, premier ministre britannique
« Je serai celui qui décidera, selon mes
termes, de la portée et des questions touchées
par mon enquête. »
- Lord Hutton
« C'est la première fois de son histoire
que la Grande-Bretagne est entrée en guerre sur la
simple foi d'un jugement des services de renseignement. »
- John Stanley, député conservateur
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Pour plus d'informations
L'affaire
David Kelly, dossier de la BBC
Transcription
des comparutions de David Kelly
Commission des affaires étrangères du Parlement britannique
(en anglais)
Dossier
du quotidien britannique The Guardian sur l'affaire David Kelly
L'affaire
David Kelly : la responsabilité du gouvernement britannique
Une entrevue de l'émission Montréal
Express (Radio-Canada) avec Tam Dalyell, député
travailliste de Linlithgow
Chronologie
des événements
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