LES PALESTINIENS

Quelle relève?

« Le Vieux », comme le surnomment les Palestiniens, a incarné la cause de son peuple depuis des décennies. Se rangeant derrière Israël, George W. Bush a réclamé le départ de Yasser Arafat, départ qu'il voyait comme une condition à la création d'un État palestinien indépendant. Deux jours après le dévoilement de la Feuille de route pour la paix du président américain, le dirigeant palestinien a annoncé la tenue d'élections présidentielles et législatives pour janvier 2003. Mais le climat de violence qui régnait à ce moment dans les territoires occupés a entraîné l'annulation du scrutin.

Quelques mois plus tard, cédant aux pressions de la communauté internationale qui réclamait un partage de son pouvoir, Yasser Arafat a réagi en créant une fonction de premier ministre de l'Autorité palestinienne, poste qu'il a confié à Mahmoud Abbas. Incapable de s'entendre avec son président et considéré par les Palestiniens comme l'homme de paille des occidentaux, Mahmoud Abbas démissionnera de ses fonctions à l'automne 2003, à peine quatre mois après sa nomination. Une démission qui relança du même coup l'épineux débat sur la succession de Yasser Arafat à la tête de l'Autorité palestinienne.

Un laïc, un religieux ou un intégriste?

Le fondateur du Hamas, le cheik Ahmad Yassine, a été, jusqu’à son assassinat par l’armée israélienne, la personnalité politique la plus populaire au sein de la population palestinienne.

L'hétérogénéité de la société palestinienne ne manquerait pas de se refléter sur un changement de garde à la tête de l'Autorité palestinienne. Les intégristes religieux du Hamas et du Djihad islamique s'opposent aux laïcs, notamment à ceux du Fatah, le parti de Yasser Arafat. Mais la participation de ces deux organisations radicales à l'élection présidentielle est peu probable, puisqu'elles ont déjà signifié qu'elles ne se présenteraient que si l'Autorité palestinienne et le Conseil législatif palestinien renonçaient aux accords d'Oslo. Traditionnellement plus populaires dans la bande de Gaza, elles pourraient cependant venir brouiller les cartes lors des élections législatives, particulièrement le Hamas. Selon certains analystes, les islamistes ne remporteront pas les prochaines élections, mais les derniers mois ont fait grimper en flèche leur popularité. Les intégristes sont donc susceptibles de devenir la principale force politique dans les prochaines années, surtout si le conflit meurtrier avec Israël perdure. Plusieurs observateurs croient qu'Israël a joué avec le feu en rejetant Arafat comme partenaire de paix.

« Il faut se demander ce qui viendra après Arafat. Un leader du Hamas, probablement. […] Avec des leaders religieux nationalistes comme ceux du Hamas, qui ne reconnaissent pas le droit à l'existence de l'État d'Israël et veulent instaurer un État islamique, aucun dialogue n'est possible. »
le ministre travailliste des Transports, Ephraïm Sneh

Il y a, d'autre part, la vieille garde, qui a connu l'exil avec Arafat pendant des décennies, puis les enfants de la première Intifada (1987-1993), qui eux n'ont connu que l'occupation. La génération montante blâme la précédente pour la corruption au sein des institutions politiques et pour le maintien de l'occupation israélienne. Des jeunes du Fatah, un groupe pourtant plus modéré, se sont même alliés avec le Hamas et le Djihad islamique. Et la Brigade des martyrs al-Aqsa, proche du Fatah de Yasser Arafat, commet, elle aussi, des attentats-suicides.

Il ne faut pas oublier la rivalité politique entre les habitants de la bande de Gaza, principalement des réfugiés et des personnes très pauvres, et ceux de Cisjordanie, relativement plus favorisés. Yasser Arafat, lui, avait une mère de Jérusalem, du côté de la Cisjordanie, tandis que son père était originaire de la bande de Gaza. Les candidats potentiels n'ont pas l'avantage de représenter les Palestiniens des deux terres. Le leader qui émergerait d'une campagne politique peut-être fratricide aurait fort à faire pour se faire accepter de la majorité.

Quelques candidats potentiels à sa succession :

Marwan Barghouti
Figure très populaire, Marwan Barghouti est le chef politique du Fatah en Cisjordanie. Capturé en avril 2002, il est inculpé par Israël pour « meurtre, complicité de meurtre, tentative de meurtre et participation à un groupe terroriste » , autant d'accusations qu'il nie. Personnage clé de la deuxième Intifada, il se faisait le porte-parole des masses populaires dans les journaux arabes. Proche de l'homme de la rue, il assistait toujours aux processions et aux funérailles des Palestiniens tués depuis septembre 2000. À 43 ans, il fait partie de la jeune garde et a été l'un des organisateurs étudiants du soulèvement palestinien de 1987, d'où il tire sa légitimité. Il a perfectionné son hébreu dans les prisons d'Israël, d'où il a été expulsé en 1987. Leader charismatique et déterminé, il s'était même classé troisième dans un sondage sur les intentions de vote, derrière le cheik Ahmad Yassine, fondateur du mouvement islamiste radical Hamas, et Yasser Arafat. S’il peut compter sur un large soutien auprès des militants de la base de Cisjordanie, il est toutefois incarcéré en Israël depuis que les tribunaux israéliens l’ont condamné à la prison à vie.

Mahmoud Abbas
Premier ministre démissionnaire de l'Autorité palestinienne, secrétaire général de l'OLP depuis 1996, Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen (son nom de guerre), est le numéro deux de l'Organisation. Il a joint les rangs du Fatah en 1965 et est devenu membre du comité exécutif de l'OLP en 1980. Dauphin et bras droit d'Arafat, il aura fallu la récente maladie de Yasser Arafat pour que les deux hommes se revoient. Membre de la vieille garde, ce politicien de 68 ans a connu des années d'exil en Syrie, en Jordanie, au Liban, puis en Tunisie. Politicien modéré, il est apprécié des dirigeants palestiniens, mais est également bien perçu par le monde arabe, par les États-Unis et par l'État hébreu. Cosignataire des accords d'Oslo (récompensés par un prix Nobel de la paix), il en a été l'un des principaux architectes. Peu charismatique, cet intellectuel est méconnu des Palestiniens « ordinaires ». Les analystes croient qu'il serait accepté par une majorité de Palestiniens, mais les plus radicaux lui reprocheront son passé de conciliation.

Mohammed Dahlan
Jusqu'à tout récemment, Mohammed Dahlan se trouvait à la tête de la Sécurité préventive de la bande de Gaza. La brutalité de la répression des groupes islamistes a été critiquée par les groupes de défense des droits de la personne. Espérant une nomination dans le nouveau cabinet de Yasser Arafat, il a démissionné de son poste en juin dernier. Il s'est plutôt vu offrir un poste de conseiller en matière de sécurité. Âgé de 41 ans, il est le plus jeune des prétendants éventuels à la succession de Yasser Arafat. Populaire à Gaza, il est l'éternel rival de Jibril Rajoub, mais a également de nombreux ennemis dans le sud de la bande de Gaza. Dirigeant étudiant lors de la première Intifada, il a été expulsé des territoires, puis a coordonné le soulèvement à partir de la capitale tunisienne. Il parle hébreu et a lui aussi participé à plusieurs négociations avec Israël. Apprécié du leader palestinien pendant la première Intifada, il a récemment soulevé sa colère après avoir critiqué son manque de cohérence au cours de cette deuxième Intifada. Il entretient de bonnes relations avec les États-Unis, l'Arabie Saoudite et l'Égypte, dont l'appui est nécessaire à un éventuel successeur, selon les analystes. Mais, parce qu'il est vu comme le choix de Washington et d'Israël, cela pourrait jouer contre lui.

Jibril Rajoub
Originaire d'Hébron, Jibril Rajoub, 49 ans, est maintenant gouverneur de la ville de Jénine. Dans la foulée des réformes des institutions palestiniennes, il a été limogé, en juillet 2002, de son poste de chef de la Sécurité préventive en Cisjordanie, l'un des plus puissants appareils policiers de l'Autorité palestinienne (dont la tâche consiste principalement à contenir les groupes radicaux). À ce titre, il était l'une des personnalités détenant le plus de pouvoir en Cisjordanie. Lorsqu'il a livré des combattants du Hamas à Israël, certains l'ont soupçonné de collaborer avec l'État hébreu. Les organismes de défense des droits de la personne l'ont critiqué pour la répression, qualifiée de brutale, des groupes islamistes. Emprisonné dans des geôles israéliennes pendant des années, il en a profité pour apprendre l'hébreu. Expulsé au Liban, puis exilé à Tunis avec les dirigeants de l'OLP, c'est de là qu'il a coordonné, avec d'autres, la première Intifada. Il a par la suite participé à plusieurs négociations israélo-palestiniennes sur les questions de sécurité. Ses ennemis au sein de la direction de l'OLP sont nombreux. Une grande rivalité l'oppose à Mohammed Dahlan, son ancien homologue de la bande de Gaza.

Ahmed Qoreï
Longtemps peu populaire auprès de la population palestinienne, Ahmed Qoreï, alias Abou Alaa, vient d'une riche famille d'Abou Dis, près de Jérusalem. Aujourd'hui premier ministre, l’ancien président du Parlement autonome palestinien, devrait succéder officiellement par intérim à Yasser Arafat. Économiste, il a abandonné sa carrière de banquier pour se joindre au Fatah en 1968, peu après la guerre de Six Jours. Il a notamment été responsable des finances au sein de l'OLP. Il a été l'un des principaux négociateurs palestiniens lors des accords d'Oslo de 1993, et il continue de chercher une solution pacifique au conflit israélo-palestinien avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Peres. Représentant de la vieille garde, il est âgé de 66 ans et éprouve des problèmes de santé.

Abdel Sattar Qassem
Dissident politique, il est décrit comme un solitaire rebelle qui ne bénéficierait d'aucun soutien local. Reconnu pour sa sympathie envers les groupes islamiques et pour son soutien dans les attentats-suicides contre des civils israéliens, il n'est cependant affilié à aucune organisation politique. À 53 ans, il enseigne les sciences politiques à l'université al-Najah, un des bastions du Hamas. Il refuse de reconnaître Israël et s'oppose aux accords de paix d'Oslo. Il a déjà été emprisonné par Israël, mais aussi par l'Autorité palestinienne, qu'il décrit comme « le plus corrompu des pays arabes ».


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De 1897 à 2000 :
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