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YASSER
ARAFAT
LE COMBATTANT SOLITAIRE
Journaliste: Sophie-Hélène
Lebeuf
Mise à jour le 10 novembre 2005
« Je finirai
peut-être en martyr, mais, c'est sûr, l'un ou
l'autre de nos garçons ou de nos filles brandira
le drapeau de la Palestine sur les murs de Jérusalem,
sur les minarets de Jérusalem et sur les églises
de Jérusalem. [
] Nous marchons par Jérusalem,
des martyrs par millions. »
- propos rapportés dans Courrier
international, en avril 2002
Militant, dirigeant militaire, « combattant de la liberté »
pour les uns et terroriste pour les autres, homme politique,
symbole: l'homme au keffieh a porté bien des chapeaux.
Plus que quiconque, il a éveillé le monde à
la cause palestinienne, qu'il a porté à bout de bras
pendant plus de 40 ans.
Dans
les derniers moments de sa vie, « le Vieux Lion »
a vu les obstacles se multiplier. Isolé, discrédité
par une partie des siens, il s'est buté aux pressions
d'Israël et de Washington, qui réclamaient son
départ.
Comme un chat aux neuf vies, Yasser
Arafat retombait toujours sur ses pattes. Survivant
de nombreux accidents de la route, d'un écrasement
d’avion et de dizaines de tentatives d'assassinat,
il a été vaincu par la maladie, alors
qu'il avait 75 ans.
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat s'est
éteint, sans avoir vu son rêve se réaliser: créer
un État palestinien indépendant, avec lui à
sa tête.
« Chacun
a son ben Laden,
[
] le nôtre s'appelle Yasser Arafat. »
- Ariel Sharon, premier ministre israélien,
au lendemain des attentats survenus aux États-Unis
le 11 septembre 2001
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Le lieu de naissance de Yasser Arafat
est contesté. Lui affirme être né
à Jérusalem. Mais, selon plusieurs sources,
sa naissance est répertoriée au Caire,
en Égypte.
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Sixième de sept enfants, Yasser Arafat
naît au sein d'une famille de notables originaire de
Jérusalem et il grandit en Égypte. Il s'engage
très jeune dans la lutte nationaliste, dès le
premier affrontement armé avec Israël. Il distribue
des tracts et participe à des actions anti-israéliennes.
Il revient poursuivre des études de génie civil
au Caire.
Arrêté à plusieurs reprises
pour les activités politiques qu'il mène en
Égypte, il est invité à quitter le pays
et part pour le Koweït, où il fonde le Fatah au
milieu des années 1960. Ce sera le noyau de la résistance,
la première organisation politique palestinienne et
la principale composante de l'Organisation de libération
de la Palestine, qui regroupe alors tous les groupes de guérilla
palestiniens.
Il exerce une influence déterminante sur
la Charte de l'OLP, qui nie à Israël le droit
d'exister. Il deviendra ensuite le principal dirigeant de
l'organisation, qu'il fera croître grâce aux fonds
fournis par les États arabes, producteurs de pétrole
en tête.
Les années radicales
| L'OLP revendique son premier attentat le
30 décembre 1964, à minuit. Celui qui parcourt
les rues de Beyrouth, la capitale libanaise, pour déposer
le communiqué aux journaux, n'est nul autre que
Yasser Arafat. |
Abu
Ammar c'est son nom de guerre est un dirigeant
militaire courageux qui voit l'action armée
comme le principal moyen de combattre. Aux
yeux d'Arafat, la lutte doit avant tout être prise en
charge par les Palestiniens eux-mêmes plutôt que
par les régimes arabes.
À l'aube des années 1970, sous
sa direction, l'OLP recourt à la violence dans sa lutte
contre Israël. Ses militants, radicaux, n'hésitent
pas à détourner des avions, à prendre
des otages, à commettre des actes terroristes, opérations
qu'Arafat dirige et planifie.
Déjà, il ne fait pas l'unanimité
au sein de la communauté arabe. Les groupes palestiniens
rivaux l'accusent notamment d'opportunisme et de complaisance
envers les gouvernements arabes de droite, tandis que les
gouvernements de certains pays « amis »
lui reprochent de ne pas contrôler les éléments
les plus extrémistes. D'autres pays combattront, au
cours des années, cet homme qui gère une organisation
assez efficace pour constituer un quasi-État dans leur
propre État.
Condamné pendant des décennies
à l'errance, il est chassé d'Amman, en Jordanie,
en 1970, lors de Septembre noir [voir encadré],
puis de Beyrouth, en 1982, lors du siège israélien
dans la capitale libanaise, puis de Tripoli, au Liban, en
1983. Il s'installe par la suite à Tunis. Le retour
au bercail sera long; en tout, il aura mené une vie
de nomade et d'exilé pendant trente ans.
SEPTEMBRE NOIR
Au terme de la guerre de 1967, Israël s'empare de
la Cisjordanie, que la Jordanie avait annexée en
1949. Le noyau de la résistance palestinienne se
situe alors en Cisjordanie, où les combattants
contrôlent une partie du territoire. Les actions
palestiniennes ont pour conséquence de multiplier
les incidents à la frontière israélo-jordanienne.
Cela accentue les frictions entre les dirigeants jordaniens
et les Palestiniens. Cette tension culminera lors des
sanglants événements de septembre 1970.
Les troupes du roi Hussein s'opposeront aux organisations
palestiniennes. Elles exécuteront près de
3500 Palestiniens à Amman, la capitale jordanienne.
En un an, tout foyer de résistance palestinien
sera éliminé du territoire. |
Le combattant change d'armes

Une poignée de main historique, celle
que s'échangent Itzhak Rabin et Yasser Arafat, en 1993.
Sous son influence, l'OLP adopte progressivement,
à partir des années 1970, une ligne plus modérée.
Le chef s'oppose notamment aux actes de terrorisme perpétrés
contre des intérêts étrangers et aux détournements
d'avion. Yasser Arafat se comporte en chef d'État,
participant aux Sommets arabes, obtenant la reconnaissance
de plusieurs États, visitant les capitales arabes et
entretenant des contacts réguliers avec des dirigeants
politiques. Devant l'Assemblée générale
de l'ONU, en 1974, il livre un vibrant plaidoyer en faveur
d'une solution pacifique au conflit. Reconnaissant le droit
des Juifs de vivre en Israël, il rencontre à de
nombreuses reprises des politiciens israéliens modérés.
Progressivement, il récolte l'appui de la communauté
internationale.
Discours
de Yasser Arafat devant l'ONU, le 13 novembre 1974
(en anglais)
Une autre de ses décisions
aura plutôt l'effet inverse. Lors de l'invasion du Koweït
par l'Irak, en 1990, Arafat se range derrière Saddam
Hussein, contrairement aux États-Unis et aux riches
pays arabes producteurs de pétrole du Golfe. Sa décision
mènera à la faillite de l'OLP, puisque plusieurs
États, comme l'Arabie saoudite et le Koweït, lui
retirent alors leur soutien financier. Puis, dans les
années 1990, les discussions secrètes entre
Israël et l'Autorité palestinienne mèneront
notamment aux accords d'Oslo, conclus en 1993.
« L'OLP
reconnaît le droit de l'État d'Israël
à vivre en paix et dans la sécurité.
[
] Ainsi, l'OLP renonce à recourir au terrorisme
et à tout autre acte de violence. »
-extrait de la lettre de
Yasser Arafat adressée à Itzhak Rabin (9 septembre
1993)
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L'un des cinq jurés du comité
Nobel démissionna pour protester contre l'attribution
du prix à Yasser Arafat.
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Ceux-ci lui vaudront, ainsi qu'au premier ministre
israélien, Itzhak Rabin, et au ministre israélien
des Affaires étrangères, Shimon Peres, le prix
Nobel de la paix. Dans la foulée de cette entente,
l'ancien réfugié revient à Gaza, où
il est accueilli en véritable héros. Il met
alors sur pied l'Autorité palestinienne, dont il assume
la présidence. Les Palestiniens le confirment dans
cette fonction lors de la première élection
tenue dans les Territoires occupés. Tous les espoirs
sont permis : la création d'un État palestinien
semble possible, tout comme la paix entre Israéliens
et Palestiniens.
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UN HOMME DE POIDS
Yasser Arafat est à la fois
le dirigeant du parti politique Fatah, le président
de l'OLP (un rassemblement de plusieurs factions politiques)
et le président de l'Autorité palestinienne.
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À la croisée des chemins
Une
image qui ne manque pas d'ironie, celle d'un ancien combattant
terroriste, disent les Israéliens qui
donne du sang pour venir en aide aux blessés victimes
des attentats perpétrés aux États-Unis,
le 11 septembre 2001. Depuis cette date, la lutte antiterroriste
entreprise par Washington se répercute sur la question
israélo-palestinienne. Les Palestiniens accusent Israël
de profiter du choc produit par les actes terroristes commis
aux États-Unis pour durcir la répression contre l'Intifada.
Pour sa part, Israël accuse certaines organisations palestiniennes,
comme le Fatah de Yasser Arafat, d'avoir participé à l'organisation
des attentats.
Alors que le destin du dirigeant palestinien et l'issue d'un
processus de paix de plus en plus incertaine se retrouvent
liés depuis longtemps, Yasser Arafat voit son avenir
politique de plus en plus remis en question. Celui qui a officiellement
laissé tomber les armes pour la négociation,
il y a plusieurs années, est contesté par l'État
hébreu.
Les Israéliens le tiennent responsable
des attentats-suicides et de la violence, sans cesse en escalade
depuis le déclenchement de la deuxième Intifada,
en septembre 2000. À leurs yeux, le président
de l'Autorité palestinienne n'est plus un interlocuteur
valable. Un credo partagé par Washington, qui fait
de son départ une condition préalable à
la création d'un État palestinien indépendant.
Devant la vague d'attentats-suicides qui
déferle sur Israël, le gouvernement israélien
décide, au début du mois de décembre
2001, de confiner le dirigeant de l'Autorité palestinienne
à la Mouqataa, son quartier général de
Ramallah, en Cisjordanie. Cinq mois plus tard, l'armée
israélienne lèvera le siège du quartier
général, mais Yasser Arafat ne récupérera
pas pour autant sa liberté de mouvement.
« Regardez-les.
Je les vois d'ici,
leurs fusils pointés sur moi. »
- propos rapportés dans Libération,
le 26 janvier 2002
(faisant référence aux tireurs d'élite
israéliens qui surveillaient son bureau)
Mais d'autres croient que
Yasser Arafat n'a pas le pouvoir de faire arrêter les
actes terroristes, et que ses appels pour que cessent les
opérations-suicides continueront de se heurter à un mur tant
que se poursuivront les opérations militaires israéliennes.
« Pour
négocier et pour éradiquer le terrorisme comme pour construire
la paix, Israël a besoin du partenaire qu'est l'Autorité
palestinienne et son président élu, Yasser Arafat. »
- énoncé de l'Union
européenne du 28 janvier 2002
En vertu des réformes exigées par Israël et son allié américain, Yasser Arafat doit toutefois se résigner, en février 2003, à déléguer une partie de son pouvoir à un premier ministre.
Pratiquement dès l’arrivée
de Mahmoud Abbas au poste de premier ministre, commence une
lutte de pouvoir dont Yasser Arafat sortira victorieux, entraînant
la démission fracassante, en septembre de la même
année, de Mahmoud Abbas.
C’est aussi en 2003 que des membres du
gouvernement Sharon vont jusqu'à proposer publiquement
de « l'éliminer ». La très
forte réaction de la communauté internationale
force le gouvernement Sharon à se rétracter.
Même parmi les siens, Yasser Arafat est
loin de faire l'unanimité. Leader autoritaire, il a
la réputation de ne pas partager le pouvoir. Certains
vont jusqu'à le traiter d'égocentrique et de
paranoïaque. Depuis le début du processus de paix,
certains disent de lui qu'il craint qu'un négociateur
ait du succès, puisqu'il constituerait ainsi une menace
à son leadership. Les extrémistes palestiniens
contestent son approche, croyant obtenir par la force ce qu'ils
n'ont pas pu obtenir par la négociation, ou encore
ils s'opposent carrément à l'existence d'Israël.
Mais, ne serait-ce que pour ne pas plier devant Israël
et le diktat américain, le peuple palestinien se soude
derrière celui qui incarne, malgré eux, leur
combat, lorsqu'on conteste sa légitimité et
qu'on le menace.
Son dernier combat
Israël veut qu'il s'exile, mais le «
Vieux Lion » résiste. La maladie l'y contraint
toutefois, en octobre 2004, alors qu'il se plaint de douleurs
à l'estomac et de vomissements. Après avoir
subi, le 25 octobre, une première intervention chirurgicale
dans son quartier général de Ramallah, il voit
sa santé se dégrader.
Quatre jours plus tard, les autorités
israéliennes permettent le transfert de Yasser Arafat
à l'hôpital militaire Percy, en banlieue parisienne.
Le chef palestinien meurt dans la nuit du 10 au 11 novembre.
Devant le refus israélien de permettre
l'enterrement de Yasser Arafat à Jérusalem,
les funérailles se déroulent au Caire, en Égypte.
L'inhumation du corps a lieu à Ramallah, en présence
de milliers de Palestiniens, venus rendre un dernier hommage
à celui qui a incarné leur combat pendant des
décennies.
Et que restera-t-il, en rétrospective, des efforts
acharnés de Yasser Arafat pour voir naître un
véritable État palestinien ? « Le vent
ne peut pas déraciner la montagne », se plaisait
à répéter le dirigeant.
Reste à voir, maintenant,
si un drapeau palestinien trouvera, dans l'après-Arafat,
sa place au sommet de cette montagne.

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