Entete: Iran

 

RÉFORMATEURS CONTRE CONSERVATEURS

En Iran, la vie politique s'articule entre deux pôles dominants, soit les conservateurs, détenteurs du pouvoir exécutif et gardiens de l'héritage révolutionnaire, et les réformateurs, partisans de la modernité et d'un assouplissement du régime.

Ces deux forces politiques antagonistes, toutes deux issues de la révolution, sont en lutte constante dans le pays depuis une décennie en ce qui a trait à la liberté des individus, à l'ouverture économique et culturelle du pays, à la laïcisation des institutions et des pratiques politiques, etc. Bref, dans tous les domaines où l'absolutisme et le dogmatisme des mollahs entrent en conflit avec des idéaux de liberté et d'émancipation que porte la jeunesse iranienne, pour qui la révolution est définitivement chose du passé.

Les conservateurs

L'ayatollah Seyyed Ali Khameini, actuel guide suprême de l'Iran

Ceux qu'on appelle les conservateurs, en Iran, sont en quelque sorte les héritiers de la révolution islamique de 1979. Détenteurs exclusifs des principaux pouvoirs et de l'exécutif, les conservateurs perpétuent la doctrine théocratique de l'ayatollah Khomeiny, père de la révolution et guide suprême de la nation jusqu'en 1989. Dignitaire religieux admiré et charismatique, Khomeiny a instauré en Iran, au lendemain de la révolution, une république islamique fondée sur des dogmes religieux rigoristes qu'il gouverna pendant 10 ans. Un pouvoir absolu qu'il ne partagera qu'avec une élite religieuse radicale, dont les membres les plus influents occupaient les plus hautes fonctions de l'État.

Pour les conservateurs iraniens, la direction de l'État doit appartenir au clergé, à qui incombe non seulement la tâche de dicter la politique du pays, mais également celle de veiller sur la morale et la prédominance des dogmes islamiques dans tous les aspects de la vie en Iran.

Or, depuis la révolution de 1979, toutes les institutions politiques du pays sont subordonnées à la volonté du guide de la révolution. Bien que l'Iran soit doté d'institutions politiques et d'un président élu au suffrage universel, tous les pouvoirs importants (police, armée, pouvoir judiciaire, pouvoir exécutif) demeurent la chasse gardée de l'élite cléricale conservatrice qui dirige le pays. À sa tête, le guide suprême détient un veto et un droit de regard sur toutes les lois et décisions des institutions du pays. Son autorité est, pour ainsi dire, absolue.

Face à une volonté populaire de changement qui s'amplifie depuis les années 90, les conservateurs se sont retranchés dans les fondements de la révolution en rejetant une à une les politiques du gouvernement réformateur du président Khatami, pourtant élu à deux reprises par de fortes majorités. Niant les aspirations des Iraniens pour le changement et sourds aux appels des réformateurs, les conservateurs gardent bien en main les rênes du pouvoir. Cette position de force, les mollahs la défendent bec et ongles contre les forces du changement, au moyen de la répression des milices religieuses à leur service.

 

Les réformateurs

Mohammad Khatami, ex-président réformateur et adversaire notoire des conservateurs

Portés par la soif d'ouverture sur le monde de la jeunesse et le désir grandissant des Iraniens de vivre dans une société économiquement et politiquement plus ouverte, les politiciens réformateurs ont longtemps représenté les forces du changement en Iran.

Tout comme leurs adversaires conservateurs, les réformateurs sont issus de l'élite cléricale qui gouvernait jadis aux côtés de l'ayatollah Khomeiny. Convaincus à cette époque du bien-fondé de la démarche de Khomeiny, ces clercs se sont démarqués, avec le temps, de la doctrine conservatrice. Pour ces religieux modérés, qui ont acquis des idéaux plus démocratiques et libéraux au contact de l'enseignement des sciences sociales dans certaines universités iraniennes, le despotisme des conservateurs à la tête de l'État iranien est aujourd'hui incompatible avec les idéaux de la révolution, qui visait justement à libérer le pays de la tyrannie du chah. Bien que de nombreux députés réformateurs composent le Parlement iranien, le président Mohammed Khatami demeurait la figure de proue des réformateurs en Iran.

Le programme qu'il propose vise à susciter, en Iran, l'émergence d'une société civile laïque où la religion serait séparée du pouvoir politique.

>> Histoire de l'Iran

 

Journaliste: | Infographie: Luc Lavigne | Intégration: Caroline Bélair
© Radio-Canada.ca 2005