Ali Al-Sistani,
chef spirituel ou politique?

C'est grâce à la médiation de l'ayatollah Ali Al-Sistani qu'a pu cesser, le 26 août 2004, l'occupation du mausolée d'Ali, à Nadjaf, dans le sud de l'Irak. Depuis le 5 août, l'armée du Mehdi, qui regroupe les miliciens fidèles à Moqtada Al-Sadr, affrontait dans cette ville les soldats américains et la force irakienne.

   

 

Le vieil ayatollah Sistani, âgé de 74 ans, et le jeune Moqtada Al-Sadr, un membre de niveau intermédiaire du clergé chiite, sont tous deux partisans de l'instauration d'un État islamique, mais ils sont en désaccord sur le rôle que le clergé chiite devrait y jouer.

Un homme d'influence


Ali Al-Sistani, lors de la signature de la Constitution intérimaire

 

Contrairement à Moqtada Al-Sadr et aux ayatollahs iraniens, Ali Al-Sistani croit que les membres du clergé chiite ne devraient pas occuper des postes de direction au niveau politique. Leur rôle devrait se limiter à la sphère religieuse et à ses lois.

Ce point de vue n'empêche pas l'ayatollah d'user de son influence dans les affaires de l'État.

Il a demandé à plusieurs reprises à ses fidèles de ne pas se rebeller contre les forces d'occupation. Par contre, il a toujours refusé de rencontrer le proconsul américain Paul Bremer ou d'autres représentants des forces d'occupation.

Mais cette neutralité n'était qu'apparente. Il s'est vigoureusement opposé à l'instauration d'un gouvernement de transition non élu, et des milliers de ses fidèles sont descendus dans la rue pour revendiquer la tenue d'un scrutin dès le transfert de la souveraineté à l'Irak. Le gouvernement de transition n'a pu être nommé que lorsque Sistani en a accepté le principe.

Il a également critiqué la Constitution intérimaire, qui accordera un droit de veto à la minorité kurde lors de l'adoption de la Constitution permanente, même si la majorité chiite l'adoptait.

 

Qui est Ali Al-Sistani?


Né en Iran et d'origine persane, l'ayatollah Ali Al-Sistani est le chef spirituel chiite le plus respecté en Irak. Les quelque 15 millions de chiites irakiens lui sont fidèles, mais aussi les communautés chiites de l'Inde, du Pakistan, du Yémen, de Bahrein, de l'Arabie saoudite et du Liban.

Il est un des grands érudits de l'islam chiite et a publié de nombreux livres et articles sur la loi islamique et son application. Ses pairs lui ont accordé le titre de marja', le niveau le plus élevé que peut atteindre un membre du clergé. Il est une source d'inspiration pour les fidèles, qui doivent suivre ses préceptes.

Sous le régime de Saddam Hussein, l'ayatollah Sistani a été emprisonné et assigné à résidence. Mais ses adversaires lui ont reproché de s'être abstenu de participer activement à la vie politique.

 

Le chiisme


Le mausolée d'Ali à Nadjaf

Dans le monde musulman, à majorité sunnite, le chiisme est une branche minoritaire. En Irak, par contre, les chiites représentent 60 % de la population.

Sunnites et chiites s'entendent sur l'existence d'un Dieu unique et sur le message du prophète Mohamed. La séparation entre les deux courants est intervenue sur la question de la succession de Mohamed. Les chiites considèrent que ce sont les membres de la lignée d'Ali, le cousin et gendre de Mohamed, qui sont les successeurs du prophète. Le mausolée d'Ali, dans la ville sainte de Nadjaf, est donc un lieu saint de première importance pour eux.

Au cours de l'histoire, le chiisme a beaucoup évolué. Il existe plusieurs tendances au sein de ce courant; les divergences ont trait à la définition de la lignée d'Ali et au rôle attribué à ses successeurs.

En Irak, deux partis politiques sont d'obédience chiite : le Conseil suprême pour la révolution islamique et le parti Dawa.


© Radio-Canada.ca

 


Journaliste :
Isabelle Montpetit

 Dossiers sur l'Irak