La société civile

Un des volets du programme de reconstruction de l'Irak vise la démocratisation de la société, entre autres par la mise sur pied de partis politiques et d'organisations de la société civile, et par des projets de gouvernance locale.

Or, l'organisation sociale traditionnelle en Irak est très différente de celle des pays occidentaux. La société irakienne est organisée autour d'un système complexe de tribus divisées en clans et réunies en confédérations. Ces tribus sont des groupes de personnes unies par des liens de parenté et d'appartenance à un lieu géographique, mais pas nécessairement par la religion. Les membres de la tribu sont sous l'autorité d'un chef, le cheikh. Les femmes appartiennent à la tribu de leur père, puis de leur mari.

Les règles tribales sont complexes et se transmettent par tradition orale. Les étrangers qui administrent les programmes de reconstruction de l'Irak ne les comprennent pas toujours, ce qui entraîne des malentendus, voire des conflits.


Saddam Hussein avait confié l'organisation
des mariages aux tribus.

Les puissances qui ont occupé l'Irak au cours de l'histoire, empires ottoman ou britannique, ont cherché à s'allier aux tribus. Même le régime baassiste de Saddam Hussein avait confié aux tribus des fonctions paragouvernementales, comme le règlement de litiges, l'organisation des mariages ou le maintien de la sécurité. Le gouvernement intérimaire actuel comprend d'ailleurs deux chefs de tribus, et le président Ghazi al-Yaouar est le neveu du chef de la plus vaste tribu d'Irak.


Le rituel des mariages est très codifié dans les tribus du désert irakien.

La réorganisation de la société civile irakienne pourra difficilement se faire sans tenir compte du rôle traditionnel des tribus.

Par ailleurs, l'Irak de Saddam Hussein était un État laïc, même si l'ex-dictateur s'appuyait sur la minorité sunnite et réprimait la majorité chiite. Aujourd'hui, le clivage entre sunnites et chiites et l'influence croissante de la religion risquent de modifier le rôle traditionnel des tribus et d'orienter l'organisation de la société civile. (Voir nos dossiers sur Moqtada al-Sadr et l'ayatollah Ali al-Sistani.)

 

Les médias

Une presse libre et indépendante est indispensable à l'instauration d'une véritable démocratie. Sous Saddam Hussein, il n'existait que quatre journaux, contrôlés d'une main de fer par son fils Oudaï. Aujourd'hui, il y en a plus de 200, dont plusieurs sont les organes de partis ou de mouvements politiques. Les journalistes employés par le ministère de l'Information de Saddam Hussein ont été mis au chômage. Mais plusieurs observateurs soulignent qu'il faudra maintenant former des journalistes rigoureux et indépendants.


Logo d'Al-Jazira

Dès le début de l'occupation, la coalition a créé le « Réseau des médias irakiens » (Iraqi Media Network), qui comprend la chaîne de télévision satellitaire Al-Iraqiya, une station de radio FM aussi appelée Al-Iraqiya, et le journal Al-Sabah. Présenté par les États-Unis comme la future BBC irakienne, le réseau est perçu par plusieurs irakiens comme un outil de propagande. Le président al-Yaouar y anime chaque semaine une émission d'une heure, intitulée Rencontre avec le président.

Les médias étrangers, en particulier les médias arabes, ne sont pas toujours libres de travailler à leur guise en Irak. Le premier ministre Iyad Allaoui a fait fermer, en août 2004, pour une période indéterminée, les bureaux du réseau de télévision qatariote Al-Jazira à Bagdad, affirmant que sa façon de couvrir les nombreux enlèvements encourageait les terroristes.

Le Conseil de gouvernement transitoire avait fait de même en décembre 2003 et janvier 2004 avec la station Al-Arabiya, basée aux Émirats arabes unis, accusée d'avoir diffusé une vidéo d'un discours de Saddam Hussein alors qu'il était l'homme le plus recherché d'Irak.

Par ailleurs, des journalistes irakiens et étrangers ont été enlevés ou tués par des terroristes en Irak. Certains médias ont retiré leurs journalistes du pays, craignant pour leur sécurité. Ceux qui restent doivent prendre des précautions extrêmes pour faire leur travail.

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Dernière mise à jour: septembre 2004