La réforme du système judiciaire

La prévalence de la règle du droit est une condition essentielle à l'existence d'une société démocratique. Pour cela, le système judiciaire doit pouvoir fonctionner de façon transparente, équitable et indépendante des pressions politiques.

La coalition occupante en Irak a entrepris une vaste réforme du système judiciaire du pays. Elle a notamment éliminé les juges qui avaient des liens avec le régime baassiste de Saddam Hussein et supprimé les tribunaux politiques. Les juges relèvent désormais d'un Conseil des juges indépendant du pouvoir politique, plutôt que du ministre de la Justice.

Par contre, l'omniprésence de la violence continue de miner l'indépendance des juges, dont la sécurité ne peut être assurée. Plusieurs juges ont été assassinés, et certains refusent d'entendre certaines causes, craignant pour leur sécurité. Les témoins aussi sont souvent victimes d'intimidation. Selon le General Accounting Office des États-Unis, la formation des juges n'est toujours pas adéquate, notamment sur les droits de la personne, et il n'est pas encore possible de garantir la séparation entre le système judiciaire et le pouvoir exécutif.

Selon l'organisme indépendant Transparency International, basé en Allemagne, l'Irak occupait, en 2003, le 16e rang sur 130 des pays les plus corrompus.

La question du traitement des milliers des personnes détenues dans les prisons irakiennes reste également en suspens. Les sévices infligés aux détenus de la prison d'Abou Ghraïb par des militaires américains ont cruellement illustré la distance entre les discours sur la restauration des droits de la personne et la réalité.

 

Le procès de Saddam Hussein

Le sort de Saddam Hussein et celui de ses proches collaborateurs repose entre les mains d'une instance judiciaire particulière : le Tribunal spécial irakien, mis sur pied par la coalition occupante quelques jours avant la capture de Saddam Hussein, le 13 décembre 2003 (voir notre section spéciale Saddam capturé). Ce tribunal doit juger les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et les crimes de génocide. En principe, les juges sont irakiens, mais le gouvernement peut aussi y nommer des juges étrangers.


Saddam Hussein à son procès

Depuis le transfert de souveraineté, en juin 2004, Saddam Hussein n'est plus considéré comme un prisonnier de guerre et ne bénéficie donc plus de la protection que lui conférait ce statut. Il est sous le contrôle du gouvernement intérimaire irakien, mais sous la garde des forces de la coalition.

L'ancien dictateur et 11 de ses collaborateurs ont comparu pour la première fois devant le Tribunal spécial le 1er juillet 2004. Parmi eux, l'ancien vice-premier ministre Tarek Aziz, l'ancien vice-président Taha Yassine Ramadan, l'ancien secrétaire du président Abed Hamid Mahmoud, et le cousin de Saddam Hussein et ancien conseiller présidentiel, Ali Hassan al-Majid, dit « Ali le Chimique ».

La liste des accusations comprend des crimes de guerre, comme l'invasion du Koweït, et des crimes contre l'humanité, comme le gazage des populations kurdes et la répression de l'insurrection chiite à la suite de la guerre du Golfe. Le Tribunal se penchera également sur des plaintes de personnes contre l'ancien président. Les accusés sont passibles de la peine de mort.

Saddam Hussein et ses avocats ont l'intention de contester la légitimité du Tribunal spécial irakien, en invoquant notamment les motifs suivants :

- il n'existe pas d'Assemblée nationale en Irak qui aurait pu mandater un tel tribunal;
- les juges ont été nommés par la coalition occupante et n'ont donc pas l'impartialité ni l'indépendance nécessaires pour s'acquitter correctement de leur tâche;
- les accusations contre Saddam Hussein sont faites en vertu d'une loi qui a été créée expressément pour l'inculper.

Lors de sa comparution, Saddam Hussein a d'ailleurs nié toute légitimité au tribunal. Il s'est présenté comme le président de l'Irak et a refusé de signer l'acte d'accusation en l'absence de son avocat.


Saddam Hussein à son procès

Amnistie internationale a d'ailleurs déploré l'absence d'avocats de la défense et la censure des médias lors de cette première comparution. Les images d'une partie du témoignage de Saddam Hussein ont été diffusées sans qu'on puisse entendre sa voix (voir notre reportage).

Par ailleurs, Saddam Hussein et ses coaccusés ne peuvent pas être jugés par la Cour pénale internationale, car l'Irak n'a pas signé le traité de Rome, qui reconnaît la compétence de cette cour, et parce que plusieurs des crimes qui leur sont reprochés ont été commis avant la ratification de ce traité (voir notre dossier sur la Cour pénale internationale).

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Dernière mise à jour: septembre 2004