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Certains économistes croient que
le Canada devrait adopter le dollar américain
en raison des liens d'affaires avec les États-Unis,
le principal partenaire économique du pays. Des
politiciens pensent, eux, qu'il est plutôt souhaitable
que le Canada maintienne son dollar afin de s'assurer
une plus grande autonomie par rapport aux économies
étrangères.
Si le Canada choisit d'adopter le dollar
américain, le pays devra se plier aux décisions
sur la politique monétaire provenant de la Réserve
fédérale à Washington. Advenant
une crise, la Banque du Canada n'aura pas la liberté
d'intervenir parce que le poids de l'économie
canadienne est faible en comparaison de la puissante
économie américaine.
L'économie des États-Unis,
la plus importante du monde, influence directement l'économie
du Canada. En période de crise et d'incertitude
économique, le dollar américain est une
valeur refuge, ce qui le rend plus fort face aux autres
monnaies. La valeur du dollar canadien est décidée
par les lois du marché. Même si la Banque
du Canada intervient sur les marchés en achetant
des milliards de dollars pour soutenir la monnaie canadienne,
celle-ci perd du terrain par rapport au billet vert.
Depuis 1995, la politique monétaire de la Banque
du Canada est de maintenir l'inflation entre 1 et 3 %.
Pour y arriver, la Banque dispose de mécanismes
pour influencer l'économie. Elle peut baisser
les taux d'intérêt pour assouplir le coût
de l'argent et faire contrepoids à la faiblesse
de la demande.
Le débat n'est pas seulement économique, il est aussi politique. Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, rejette l'idée d'adopter le dollar américain comme monnaie nationale. M. Chrétien a déjà déclaré qu'une telle idée était condamnée d'avance puisque, selon lui, le Canada a besoin de la flexibilité que lui procure le dollar canadien.
Le député libéral et ancien économiste en chef de la Banque Royale du Canada, John McCallum, est contre la dollarisation en raison de la perte de la souveraineté et des effets sur l'économie du Canada. « C'est à un coût considérable que le Canada a réussi à établir une discipline et une crédibilité monétaires et financières au cours de la dernière décennie. Par comparaison avec les États-Unis, nos surplus gouvernementaux sont plus importants, notre inflation est plus faible et nos taux d'intérêt sont plus ou moins les mêmes. À condition de demeurer crédibles, le taux de change fluctuant nous assure une liberté précieuse. »
Bernard
Élie, professeur au Département des sciences
économiques à l'Université du Québec
à Montréal, croit que le Canada doit abandonner
le dollar canadien. « Les Européens
ont adopté une nouvelle unité de compte,
l'euro. Finis franc, mark, schilling, couronne, peseta,
lire, escudo et florin. D'un coup, la plus grande partie
de leurs transactions internationales sera à
l'abri de toute fluctuation des taux de change (80 %
des opérations internationales des membres de
l'Europe monétaire se font entre eux). Les exportations
du Canada sont dirigées essentiellement vers
les États-Unis (à 81 %), et nos importations
proviennent principalement de chez nos voisins (à
76 %). Notre intégration, surtout depuis
le traité de libre-échange de 1987, est
de plus en plus forte. En attendant une unité
monétaire mondiale, le Canada devra se lier complètement
à la monnaie américaine en adoptant son
dollar comme unité de compte. Oublions la relative
autonomie de nos politiques monétaires. »
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« C'est à un coût considérable que le Canada a réussi à établir une discipline et une crédibilité monétaires et financières au cours de la dernière décennie. »
John McCallum |
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