Journaliste: Sonia Duguay
Septembre 2005

Le dossier controversé des fusions bancaires connaîtra-t-il bientôt son dénouement?

Lors de la rentrée parlementaire en septembre 2005, le ministre des Finances du Canada, Ralph Goodale, a, de nouveau, reporté la présentation des nouvelles règles sur les fusions bancaires.


Ralph Goodale

M. Goodale a affirmé qu'il n'était « pas approprié » de discuter de la question, car son gouvernement (minoritaire) n'a pas réussi à obtenir de consensus auprès des autres partis politiques sur le sujet.

M. Goodale a déclaré que le dossier des fusions bancaires sera donc reporté après les prochaines élections fédérales. Des élections que le premier ministre, Paul Martin, a promis de déclencher dès le dépôt du rapport de la commission Gomery sur le scandale des commandites, prévu pour février prochain.

Cette décision n'a surpris personne. Plusieurs observateurs de la scène politique fédérale s'attendaient à ce que le gouvernement minoritaire de Paul Martin évite d'aborder cette question très controversée à la veille d'une élection qui risque d'être serrée.

Cela dit, le dossier des fusions bancaires ne date pas d'hier. Le gouvernement libéral est aux prises avec cette patate chaude depuis 1998. Cette année-là, la Banque Royale et la Banque de Montréal ont annoncé, sans prévenir le ministre des Finances d'alors, Paul Martin, qu'elles allaient unir leurs destinées. Ce fut ensuite au tour de la CIBC et de la Banque Toronto Dominion d'annoncer leurs fiançailles. Paul Martin, placé devant ce qui semblait être un fait accompli, a rapidement coupé court aux intentions des futurs mariés.

Après avoir rejeté les projets de fusion, le ministre Martin a fait adopter, en 2001, le projet de loi C-8, qui exige que les banques obtiennent dorénavant le feu vert du bureau de la concurrence, du surintendant des institutions financières et du gouvernement avant de fusionner. Cette loi stipule également qu'une fusion bancaire doit se faire dans l'intérêt du public.

Les banques ont rapidement demandé des précisions sur ce que le gouvernement entendait par « intérêt du public ». Deux comités ont été mis sur pied pour étudier la question. En 2002 et 2003, les comités du Sénat et de la Chambre des communes se sont dits favorables aux fusions, mais à certaines conditions. Les députés ont notamment exigé que les services aux consommateurs soient équivalents ou améliorés après une fusion bancaire.

Depuis, on attend que le ministre des Finances fasse connaître sa position.

Mais au-delà des considérations politiques, quels sont les véritables enjeux dans ce dossier?

Les banques canadiennes veulent se regrouper pour être mieux positionnées sur le marché international face à des concurrents, américains et mondiaux, qui sont de plus en plus gros.

Sur le marché national, elles veulent réduire leurs coûts. Il est évident que deux banques qui fusionnent ne conserveront pas deux sièges sociaux. Elles voudront également mettre en commun certains services, ce qui entraînera forcément des mises à pied. Par contre, les banques croient qu'à plus long terme, les fusions les renforceront et qu'elles leur permettront, ainsi, de créer davantage d'emplois au pays.

Les intérêts des banques sont-ils conciliables avec ceux des consommateurs canadiens, qui craignent une réduction de la concurrence, une baisse de services et des pertes d'emplois? Le gouvernement pourrait-il accepter les fusions bancaires tout en les assortissant de règles supplémentaires qui garantiraient la protection du public?

C'est avec ces questions que jongle le gouvernement depuis maintenant sept ans.

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