HISTORIQUE
Dès 1996, le gouvernement fédéral
se penche sur la question des fusions bancaires dans
le cadre de son vaste projet de réforme sur les
services financiers au pays. Pour étudier la
question, il met sur pied un groupe de travail présidé
par l'avocat saskatchewanais Harold H. MacKay.
En 1998, avant même qu'un rapport soit déposé,
quatre banques court-circuitent le processus en annonçant
publiquement leurs projets de fusion, qui sont aussitôt
bloqués par le ministre des Finances, Paul Martin.
Le projet de loi C-8
Harold H. MacKay |
En septembre de la même année, M. MacKay
dépose son rapport sur la réforme des
services financiers. Ce sont les recommandations de
ce rapport qui mèneront à l'adoption du
projet de loi C-8 (Loi constituant l'Agence de la consommation
en matière financière du Canada et modifiant
certaines lois relatives aux institutions financières).
Cette loi, adoptée en 2001 par la Chambre des
communes, stipule que « les
nouveaux projets [de fusions] devront démontrer
qu'ils ne concentrent pas indûment le pouvoir
économique, qu'ils ne réduisent pas sensiblement
la concurrence ». (1)
La loi définit un certain nombre de règles
encadrant les projets de regroupements bancaires. Avant
qu'un projet soit accepté, il doit être
examiné par plusieurs instances. Ce processus
d'examen comprend les étapes suivantes :
- tenue d'audiences publiques;
- étude du projet par le Bureau de la concurrence;
- examen par le Bureau du surintendant des institutions
financières;
- étude du projet par le Comité permanent
des finances de la Chambre des communes;
- examen par le Comité permanent du Sénat
sur les banques et le commerce.
Le gouvernement inclut également dans cette
loi des mesures pour mieux protéger les consommateurs
à faible revenu, car il estime « qu'un
nombre important de Canadiens n'ont pas accès
à des services financiers de base ».
(2)
La loi de 2001 oblige donc les banques:
- à offrir des comptes sans dépôt
minimum à tout consommateur qui en fait la
demande, qu'il ait ou non un emploi;
- à offrir des comptes comportant des frais
de service minimaux.
Le gouvernement a également créé
un poste d'ombudsman pour s'assurer que les plaintes
de la clientèle et du public soient étudiées
par un organisme indépendant.
De plus, la loi a ordonné la création
de l'Agence de la consommation en matière financière,
dont le rôle est d'assurer l'application des lois
sur la protection des consommateurs.
Enfin, le gouvernement exige que les banques présentent
un plan détaillé de l'impact d'une fusion
sur « l'intérêt
public » et « qu'elles proposent des
solutions aux répercussions négatives
comme les pertes d'emplois et les fermetures de succursales. »
(3)
Les banques veulent des précisions
Les institutions bancaires demandent alors au gouvernement
des précisions sur ce qu'il entend par « l'intérêt
public » et lui demandent de fournir des
critères précis d'évaluation de
l'intérêt du public.

John Manley (archives) |
Pour calmer le jeu, le successeur de Paul Martin aux
Finances, John Manley, mandate deux comités parlementaires
(un du Sénat et l'autre de la Chambre des communes)
pour étudier le cadre réglementaire sur
les fusions bancaires en ce qui a trait à l'intérêt
public.
Entre-temps, les banques continuent de faire monter la pression. Le quotidien torontois The Globe and Mail affirme, en octobre 2002, que le bureau du premier ministre Jean Chrétien a bloqué un nouveau projet de fusion, cette fois entre la Banque de Montréal et la Banque Scotia.
Recommandations du Comité du Sénat
Leo Kolber |
Deux mois plus tard, le Comité du Sénat
dépose son rapport. Présidé par
Leo Kolber, ancien administrateur de la Banque Toronto
Dominion, le Comité se prononce résolument
en faveur des fusions bancaires au pays.
Les sénateurs concluent que « les
fusions bancaires sont une stratégie commerciale
valable, et qu'elles contribueront à la croissance
et à la prospérité de l'économie
canadienne ».
Pour ce qui est de la notion « d'intérêt
public », le comité s'en remet à
l'analyse du Bureau de la concurrence pour s'assurer
que les fusions bancaires se feront dans l'intérêt
des consommateurs. Il ajoute: « Pour
déterminer les éléments participant
à l'intérêt public dans l'analyse
d'une fusion entre grandes banques, le comité
est convaincu que la considération primordiale
doit être la prospérité et la compétitivité
de l'économie canadienne. »
(4)
Rapport du Comité des Communes: oui
mais...

Chambre des communes (archives) |
Le rapport des députés de la Chambre des communes est cependant beaucoup plus nuancé et, surtout, plus contraignant pour les banques.
À l'opposé des sénateurs, qui
ne sont pas élus, les députés sont
redevables à leurs électeurs. Dans un
dossier aussi controversé que celui des fusions
bancaires, les députés marchent sur des
oeufs. Aucun d'entre eux n'aimerait voir des pertes
d'emplois résultant des fusions bancaires dans
sa circonscription.
Le Comité des Communes a donc placé
la barre plus haute. Il a donné son aval aux
fusions des banques, mais à des conditions précises.
Il exige notamment que les institutions bancaires:
- minimisent les pertes d'emplois;
- offrent des services à la clientèle
au moins équivalents à ce qu'ils étaient
avant une fusion à des prix semblables ou inférieurs;
- améliorent l'accès des petites et
moyennes entreprises aux capitaux;
- desservent les communautés éloignées.
- Résumé des principales mesures
législatives du projet de loi C-8, ministère
des Finances du Canada, 2001, p. 3
- Idem, p. 6
- Résumé législatif de la loi C-8, gouvernement du Canada, p. 26
- Rapport du Comité sénatorial permanent des banques et du commerce, p. 5
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