Journaliste: Sonia Duguay
Septembre 2005

 

LES FUSIONS SONT-ELLES NÉCESSAIRES ?

Compte tenu de l’excellente performance des banques canadiennes au chapitre de leur rentabilité et de leur performance boursière, n’ont-elles pas fait la preuve qu’elles n’ont pas besoin de fusionner pour améliorer leur efficacité?

Quant à l’argument des banques voulant qu’elles doivent fusionner pour mieux concurrencer les géants bancaires et croître à l’échelle internationale, on peut se demander si les banques n’ont pas montré depuis quelques années qu’elles n’ont pas besoin de fusionner pour se développer à l’échelle mondiale.

La Banque Scotia a, en effet, beaucoup développé ses activités à l'étranger. La plus internationale des banques canadiennes est maintenant très présente au Mexique, en Amérique latine et dans les Antilles. En 2004, ses activités à l'extérieur du pays ont même généré près de la moitié de ses profits nets.

La Banque Royale (avec ses filiales américaines Centura et Dain Rauscher) ainsi que la Banque de Montréal (avec sa filiale américaine Harris Bank, acquise en 1994) ont toutes deux d'importantes activités aux États-Unis.

La Banque Royale a réalisé 37 % de ses revenus à l'extérieur du pays (aux États-Unis, principalement) en 2004. Quant à la Banque de Montréal, 31 % de ses revenus provenaient de l'étranger en 2004.

Jean Roy, professeur à l'École des hautes études commerciales de Montréal, croit que les banques canadiennes ont une taille suffisante pour avoir une stratégie internationale. Selon lui, « la question qui demeure non résolue tant que l'expérience ne sera pas tentée, c'est: Est-ce que, ensemble, elles ne pourraient pas faire plus? Ce n'est pas qu'elles ne peuvent pas avoir de la croissance internationale, ça c'est clair. Mais les dirigeants des banques sont persuadés que s'ils regroupaient leurs activités, ils pourraient encore accélérer cette croissance et cette présence sur le marché international ». 

Cela dit, les fusions pourraient-elles être acceptables aux yeux des consommateurs si le gouvernement mettait en place des balises très strictes pour s'assurer que l'intérêt public sera protégé? « Tout dépend de la nature de ces balises », répond Charles Tanguay de l'Union des consommateurs. Il faudrait « des conditions qui garantissent le maintien d'une saine concurrence dans le secteur et aussi des normes de services ainsi que des balises sur le coût des services, de façon à s'assurer que l'ensemble des Canadiens dans toutes les régions, quelle que soit leur condition économique, puissent avoir accès à un éventail de services bancaires de base qui se tient et qui est abordable ».

 

Un choix de société

Jean Roy croit que le gouvernement et la population canadienne ont « des choix sociaux » à faire. « C'est sûr que, s'il y a des regroupements bancaires, ça va créer une certaine concentration sur le marché national qui implique certains inconvénients pour les consommateurs. D'autre part, il ne faut pas seulement se mettre le chapeau de consommateur. On a, comme citoyen, plusieurs chapeaux: celui de travailleur, de fournisseur, d'investisseur. Il y a des pays, comme la Suisse et les Pays-Bas, qui ont accepté la concentration sur leur marché national pour créer des géants internationaux et exporter leur expertise de services financiers. Leur pays en retire beaucoup de bénéfices et les citoyens en général. » M. Roy rappelle que les Pays-Bas ont réussi a créer trois géants à l'échelle internationale : ING, Rabo Bank et ABM Amro.

Jean Roy conclut: « On a à choisir notre modèle. Moi, je pense qu'on a deux modèles potentiels: les Pays-Bas, qui ont fait ce choix [les fusions bancaires], ou l'Australie, qui est dans une conjoncture différente. Elle a permis une certaine consolidation de son secteur financier et a dit maintenant: c'est assez. Et donc, même si ça ne permet pas à ses institutions d'être vraiment présentes à l'échelle internationale, l'Australie a donné la priorité à la protection du marché national. »

 

  1. La Presse, Les PME craignent les fusions bancaires, 8 octobre 2003, p. A-4.

 

 LE DÉBAT POLITIQUE >>