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LES FUSIONS SONT-ELLES NÉCESSAIRES ?
Compte
tenu de l’excellente performance des banques canadiennes
au chapitre de leur rentabilité et de leur performance
boursière, n’ont-elles pas fait la preuve
qu’elles n’ont pas besoin de fusionner pour
améliorer leur efficacité?
Quant à l’argument des banques voulant
qu’elles doivent fusionner pour mieux concurrencer
les géants bancaires et croître à
l’échelle internationale, on peut se demander
si les banques n’ont pas montré depuis
quelques années qu’elles n’ont pas
besoin de fusionner pour se développer à
l’échelle mondiale.
La Banque Scotia a, en effet, beaucoup développé
ses activités à l'étranger. La
plus internationale des banques canadiennes est maintenant
très présente au Mexique, en Amérique
latine et dans les Antilles. En 2004, ses activités
à l'extérieur du pays ont même généré
près de la moitié de ses profits nets.
La Banque Royale (avec ses filiales américaines
Centura et Dain Rauscher) ainsi que la Banque de Montréal
(avec sa filiale américaine Harris Bank, acquise
en 1994) ont toutes deux d'importantes activités
aux États-Unis.
La Banque Royale a réalisé 37 %
de ses revenus à l'extérieur du pays (aux
États-Unis, principalement) en 2004. Quant à
la Banque de Montréal, 31 % de ses revenus
provenaient de l'étranger en 2004.
Jean Roy, professeur à l'École des hautes
études commerciales de Montréal, croit
que les banques canadiennes ont une taille suffisante
pour avoir une stratégie internationale. Selon
lui, « la question qui demeure non résolue
tant que l'expérience ne sera pas tentée,
c'est: Est-ce que, ensemble, elles ne pourraient pas
faire plus? Ce n'est pas qu'elles ne peuvent pas avoir
de la croissance internationale, ça c'est clair.
Mais les dirigeants des banques sont persuadés
que s'ils regroupaient leurs activités, ils pourraient
encore accélérer cette croissance et cette
présence sur le marché international ».
Cela dit, les fusions pourraient-elles être acceptables
aux yeux des consommateurs si le gouvernement mettait
en place des balises très strictes pour s'assurer
que l'intérêt public sera protégé?
« Tout dépend
de la nature de ces balises », répond
Charles Tanguay de l'Union des consommateurs. Il faudrait
« des conditions qui
garantissent le maintien d'une saine concurrence dans
le secteur et aussi des normes de services ainsi que
des balises sur le coût des services, de façon
à s'assurer que l'ensemble des Canadiens dans
toutes les régions, quelle que soit leur condition
économique, puissent avoir accès à
un éventail de services bancaires de base qui
se tient et qui est abordable ».
Un choix de société
Jean Roy croit que le gouvernement et la population
canadienne ont « des choix sociaux »
à faire. « C'est sûr que, s'il
y a des regroupements bancaires, ça va créer
une certaine concentration sur le marché national
qui implique certains inconvénients pour les
consommateurs. D'autre part, il ne faut pas seulement
se mettre le chapeau de consommateur. On a, comme citoyen,
plusieurs chapeaux: celui de travailleur, de fournisseur,
d'investisseur. Il y a des pays, comme la Suisse et
les Pays-Bas, qui ont accepté la concentration
sur leur marché national pour créer des
géants internationaux et exporter leur expertise
de services financiers. Leur pays en retire beaucoup
de bénéfices et les citoyens en général. »
M. Roy rappelle que les Pays-Bas ont réussi
a créer trois géants à l'échelle
internationale : ING, Rabo Bank et ABM Amro.
Jean Roy conclut: « On
a à choisir notre modèle. Moi, je pense
qu'on a deux modèles potentiels: les Pays-Bas,
qui ont fait ce choix [les fusions bancaires], ou l'Australie,
qui est dans une conjoncture différente. Elle
a permis une certaine consolidation de son secteur financier
et a dit maintenant: c'est assez. Et donc, même
si ça ne permet pas à ses institutions
d'être vraiment présentes à l'échelle
internationale, l'Australie a donné la priorité
à la protection du marché national. »
- La Presse, Les PME craignent les fusions bancaires, 8 octobre 2003, p. A-4.
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