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LES CRAINTES
Les banques ont beau se faire rassurantes, leurs projets
de fusions n'en soulèvent pas moins de nombreuses
craintes. Les associations de consommateurs sont inquiètes,
mais également certains membres du milieu des
affaires.
Les consommateurs
Charles Tanguay nous dit pourquoi il craint les fusions
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Le président de l'Union des consommateurs du
Québec, Charles Tanguay, craint une baisse de
la concurrence qui pourrait entraîner une hausse
du coût des services bancaires. Il ajoute: « Parmi
les choses qui nous inquiètent, il y a le fait
que les banques vont probablement rationaliser et couper
dans leurs coûts après des fusions. Donc,
diminution du nombre de succursales et probablement
d'emplois pour les travailleurs et travailleuses du
secteur bancaire, et, peut-être, diminution des
services bancaires offerts aux consommateurs ».
Les banques rétorquent qu'à long terme,
il y aura création nette d'emplois puisqu'en
étant plus fortes, une fois fusionnées,
elles pourront créer davantage d'emplois au pays.
M. Tanguay n'y croit pas: « Les
expériences de fusions, en général,
semblent démontrer qu'il n'y pas de création
d'emplois, et dans le secteur bancaire, il y a eu, à
ce qu'on sache, des pertes d'emplois. On a vu les heures
d'ouverture des succursales bancaires être réduites.
On nous a amenés vers les transactions électroniques,
donc on pousse beaucoup sur les guichets automatiques
et les transactions par Internet. Tout ça aurait
dû, à notre sens, se traduire, pour les
consommateurs, par des économies. Or, les banques
continuent, d'année en année, à
fracasser des records de profits. Par contre, les frais
de service, eux, semblent toujours aussi élevés,
sinon de plus en plus élevés. »
Le milieu des affaires
Du reste, il n'y pas que les associations de consommateurs
qui s'inquiètent de l'impact des fusions. Dans
le milieu des affaires, il y a également des
sceptiques. Les PME se demandent notamment si ces regroupements
bancaires ne contribueront pas à réduire
leur accessibilité aux capitaux.
La Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante (FCEI) a réalisé une
enquête auprès de ses membres qui a montré
une augmentation marquée du taux de refus de
demandes de prêt. De 1997 à 2000, 10,5 %
des petites entreprises disaient s'être fait refuser
une demande de prêt par une banque, alors qu'entre
2000 et 2003, ce pourcentage est passé à
16 %.

Richard Fahey |
Le vice-président pour le Québec de la
FCEI, Richard Fahey, déplorait la situation en
2003: « Cette volonté
des banques d'améliorer les profits et leur situation
financière fait en sorte qu'elles sont beaucoup
plus critiques et qu'on utilise des logiciels, sans
nécessairement prendre en considération
la réalité propre à l'entrepreneur ».
M. Fahey craint que les fusions ne réduisent
davantage l'accessibilité des petites entreprises
aux capitaux. (1)
Même Douglas Peters, ancien économiste
en chef et vice-président de la Banque Toronto
Dominion, s'est prononcé récemment contre
les fusions bancaires. Au mois d'août 2005, M. Peters,
qui a été secrétaire d'État
aux finances de 1993 à 1997 au sein du gouvernement
Chrétien, a déclaré sans ambages
que les fusions bancaires ne serviront que les intérêts
des banques et de leurs dirigeants.
Dans une lettre publiée dans le quotidien The
Globe and Mail, Douglas Peters, écrit: « Les
fusions bancaires réduiront la concurrence ainsi
que les services aux consommateurs. Elles entraîneront
une hausse du coût des services et enrichiront
les dirigeants des institutions bancaires [grâce
aux primes qu'ils toucheront lors de la conclusion de
la transaction]. Rien de cela n'est dans l'intérêt
du public canadien. »
Les profits nets des banques explosent
Les associations de consommateurs ne manquent pas de
souligner que les banques n'ont pas eu besoin de fusionner
pour améliorer leur rentabilité.
Ensemble, les six plus grandes banques à charte
canadiennes ont, en effet, réalisé des
profits nets records de plus de 13 milliards de
dollars en 2004. Il s'agit d'une hausse de 20 %
par rapport à l'année précédente,
elle-même une année record avec des bénéfices
de plus de 11 milliards de dollars.
Les banques canadiennes sont également les
institutions financières qui ont présenté
les meilleures performances boursières du monde
au cours des cinq dernières années, selon
une étude réalisée par la firme-conseil
Boston Consulting Group.
Entre 2000 et 2004, les banques canadiennes ont affiché
un rendement moyen de l'avoir des actionnaires de 23,3 %,
ce qui est plus de deux fois supérieur aux banques
américaines. Celles-ci ont donné à
leurs actionnaires un rendement moyen de 9,2 %
pour la même période.
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