Journaliste: Sonia Duguay
Septembre 2005

 

LES CRAINTES

Les banques ont beau se faire rassurantes, leurs projets de fusions n'en soulèvent pas moins de nombreuses craintes. Les associations de consommateurs sont inquiètes, mais également certains membres du milieu des affaires.

 

Les consommateurs

 Charles Tanguay nous dit pourquoi il craint les fusions

Le président de l'Union des consommateurs du Québec, Charles Tanguay, craint une baisse de la concurrence qui pourrait entraîner une hausse du coût des services bancaires. Il ajoute: « Parmi les choses qui nous inquiètent, il y a le fait que les banques vont probablement rationaliser et couper dans leurs coûts après des fusions. Donc, diminution du nombre de succursales et probablement d'emplois pour les travailleurs et travailleuses du secteur bancaire, et, peut-être, diminution des services bancaires offerts aux consommateurs ».

Les banques rétorquent qu'à long terme, il y aura création nette d'emplois puisqu'en étant plus fortes, une fois fusionnées, elles pourront créer davantage d'emplois au pays.

M. Tanguay n'y croit pas: « Les expériences de fusions, en général, semblent démontrer qu'il n'y pas de création d'emplois, et dans le secteur bancaire, il y a eu, à ce qu'on sache, des pertes d'emplois. On a vu les heures d'ouverture des succursales bancaires être réduites. On nous a amenés vers les transactions électroniques, donc on pousse beaucoup sur les guichets automatiques et les transactions par Internet. Tout ça aurait dû, à notre sens, se traduire, pour les consommateurs, par des économies. Or, les banques continuent, d'année en année, à fracasser des records de profits. Par contre, les frais de service, eux, semblent toujours aussi élevés, sinon de plus en plus élevés. »

 

Le milieu des affaires

Du reste, il n'y pas que les associations de consommateurs qui s'inquiètent de l'impact des fusions. Dans le milieu des affaires, il y a également des sceptiques. Les PME se demandent notamment si ces regroupements bancaires ne contribueront pas à réduire leur accessibilité aux capitaux.

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a réalisé une enquête auprès de ses membres qui a montré une augmentation marquée du taux de refus de demandes de prêt. De 1997 à 2000, 10,5 % des petites entreprises disaient s'être fait refuser une demande de prêt par une banque, alors qu'entre 2000 et 2003, ce pourcentage est passé à 16 %.


Richard Fahey

Le vice-président pour le Québec de la FCEI, Richard Fahey, déplorait la situation en 2003: « Cette volonté des banques d'améliorer les profits et leur situation financière fait en sorte qu'elles sont beaucoup plus critiques et qu'on utilise des logiciels, sans nécessairement prendre en considération la réalité propre à l'entrepreneur ». M. Fahey craint que les fusions ne réduisent davantage l'accessibilité des petites entreprises aux capitaux. (1)

Même Douglas Peters, ancien économiste en chef et vice-président de la Banque Toronto Dominion, s'est prononcé récemment contre les fusions bancaires. Au mois d'août 2005, M. Peters, qui a été secrétaire d'État aux finances de 1993 à 1997 au sein du gouvernement Chrétien, a déclaré sans ambages que les fusions bancaires ne serviront que les intérêts des banques et de leurs dirigeants.

Dans une lettre publiée dans le quotidien The Globe and Mail, Douglas Peters, écrit: « Les fusions bancaires réduiront la concurrence ainsi que les services aux consommateurs. Elles entraîneront une hausse du coût des services et enrichiront les dirigeants des institutions bancaires [grâce aux primes qu'ils toucheront lors de la conclusion de la transaction]. Rien de cela n'est dans l'intérêt du public canadien. »

 

Les profits nets des banques explosent

Les associations de consommateurs ne manquent pas de souligner que les banques n'ont pas eu besoin de fusionner pour améliorer leur rentabilité.

Ensemble, les six plus grandes banques à charte canadiennes ont, en effet, réalisé des profits nets records de plus de 13 milliards de dollars en 2004. Il s'agit d'une hausse de 20 % par rapport à l'année précédente, elle-même une année record avec des bénéfices de plus de 11 milliards de dollars.

Les banques canadiennes sont également les institutions financières qui ont présenté les meilleures performances boursières du monde au cours des cinq dernières années, selon une étude réalisée par la firme-conseil Boston Consulting Group.

Entre 2000 et 2004, les banques canadiennes ont affiché un rendement moyen de l'avoir des actionnaires de 23,3 %, ce qui est plus de deux fois supérieur aux banques américaines. Celles-ci ont donné à leurs actionnaires un rendement moyen de 9,2 % pour la même période.

 

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