Journaliste: Sonia Duguay
Septembre 2005

LES ARGUMENTS DES BANQUES

Les banques canadiennes font du lobbying depuis plusieurs années auprès du gouvernement pour faciliter les fusions bancaires. Mais pourquoi les banques veulent-elles fusionner leurs activités? Pour deux raisons, principalement. Premièrement, les institutions bancaires veulent être plus fortes sur le marché international. Deuxièmement, sur le marché national, elles veulent réduire leurs coûts.

 Pourquoi les banques veulent-elles fusionner?
Les explications de Jean Roy, professeur à l’École des hautes études commerciales de Montréal.

 

Marché international: concurrencer les titans

Les banques estiment qu'en se regroupant, elles pourront mieux concurrencer leurs compétiteurs étrangers devenus de véritables géants après s'être, eux-mêmes, regroupés.

Depuis plusieurs années, on observe un vaste mouvement de consolidation à l'échelle mondiale dans le secteur bancaire. Si bien qu'aux côtés des colosses américains que sont devenus Citigroup et JP Morgan Chase, les banques canadiennes sont devenues de petits joueurs. À preuve, la plus importante banque canadienne, la Banque Royale, qui était au 23e rang à l'échelle mondiale en 1975, a glissé au 48e rang au chapitre de l'actif en 2003. Les banques canadiennes refusent donc de rester les bras croisés pendant que leurs adversaires grossissent en leur ravissant des parts de marché.


Gordon M. Nixon

Le président et chef de la direction de la Banque Royale, Gordon M. Nixon, a déclaré dans son allocution devant le comité des finances des Communes en février 2003 que les fusions bancaires « améliorent les possibilités de créer des champions nationaux capables de rivaliser sur un marché mondial. [ ... ] Nous devons nous demander s'il est plus avantageux pour les Canadiens de contrôler moins de banques, mais des banques plus fortes qui ont une échelle de grandeur, l'efficacité et le capital nécessaire pour maintenir la compétitivité du Canada sur les marchés financiers mondiaux ».

En 2002, l'agence de notation Moody's constatait que, faute d'avoir la taille et les capitaux suffisants, les banques canadiennes étaient de plus en plus exclues du secteur des prêts syndiqués. Ces prêts qui regroupent un syndicat bancaire (un groupe de banques) servent à fournir du financement lors d'importantes transactions financières.

Jean Roy, professeur à l'École des hautes études commerciales de Montréal, ajoute que la petite taille des banques canadiennes les freine dans leur stratégie de croissance: « En disposant de plus de capital, ça leur permettrait de considérer des stratégies d'expansion et d'acquisitions plus agressives [ ... ] autrement dit, deux banques fusionnées peuvent considérer faire des achats plus gros que chacune des deux banques avant la fusion ».

 

David Dodge vante les avantages des fusions

En 2005, le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge, est venu ajouter de l’eau au moulin des banques. Il a déclaré que le succès des fusions dans le secteur de l’assurance-vie au pays pouvait servir de modèle au gouvernement canadien dans le dossier des fusions bancaires.


David Dodge
Devant le Comité permanent des finances aux Communes, M. Dodge a souligné que les fusions de compagnies d’assurance-vie ont été bénéfiques pour l’économie canadienne : « Cela signifie de très bons emplois dans les sièges sociaux, ici au Canada, ainsi qu’une contribution réelle au PIB canadien [ … ] Nous avons, dans l’assurance-vie, un secteur qui jouit d’une reconnaissance à l’échelle mondiale, et il s’agit d’un secteur où il y a eu consolidation (fusions) et où les institutions ont pu franchir de grands pas à l’étranger pour accroître leurs parts de marché ».

Le lendemain, David Dodge renchérit, cette fois devant le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce. Il déclare que les études, partout dans le monde, confirment que les fusions permettent une efficacité accrue, ce qui est bénéfique pour l’économie dans son ensemble. « Il s’agit de recherches économiques, et il y a lieu de croire que la consolidation a produit des effets bénéfiques à la fois pour les consommateurs ainsi que pour les émetteurs [ d’actions, c’est à dire les banques ] ».

 

Marché national : abaisser les coûts

Sur le marché canadien, les banques espèrent qu’elles pourront réduire leurs coûts en fusionnant entre elles.

Le chef de la direction de la Banque Royale, Gordon M. Nixon, a d’ailleurs expliqué devant le comité sénatorial sur les banques, en février 2003, que « les économies d’échelle et de gamme [découlant des fusions] permettent une augmentation de l‘efficacité et une réduction des coûts unitaires. De nombreuses études universitaires abondent dans ce sens en démontrant clairement que les banques canadiennes réaliseraient des économies de coûts si elles pouvaient croître par des rapprochements d’entreprises ».

Or, qui dit rationalisation (ou réduction de coûts) dit pertes d’emplois à la clé. Jean Roy confirme que « la recherche d’économies d’échelle [ … ] va permettre une certaine rationalisation autant au niveau des sièges sociaux que des réseaux de succursales».

En d’autres mots, il faudra s’attendre à des fermetures ou à des ventes de succursales et à l’abolition de sièges sociaux. Il est, en effet, difficile d’imaginer que deux banques conservent deux sièges sociaux alors qu’elles ne forment plus qu’une seule entreprise.

C’est précisément là que le bât blesse aux yeux des associations de consommateurs qui redoutent une vague de mises à pied.

 

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