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Les assises fiscales de la fédération
En entrevue avec Radio-Canada, Yvon Cyrenne, fiscaliste
associé de la firme Raymond Chabot Grant Thornton,
explique les principes de base gouvernant les transferts d'Ottawa
aux provinces, et pourquoi le déséquilibre fiscal
est bel et bien réel. |
Radio-Canada : Comment l'argent d'Ottawa est-il redistribué
aux provinces ?
Yvon
Cyrenne : Le transfert aux provinces se fait principalement
par un système de péréquation pour rééquilibrer
les champs fiscaux entre les provinces riches et les autres. Les
provinces riches sont essentiellement l'Ontario, l'Alberta et la
Colombie-Britannique. On choisit 36 champs d'impôt tels
que la taxe sur le tabac, les impôts sur le revenu, la taxe
sur l'essence, et on regarde la capacité de chaque province
de percevoir ces taxes ou ces impôts avec la population qu'elle
a et autres données de ce type; après une analyse
de ces 36 champs d'impôt, on fait un rééquilibrage,
on transfère aux provinces plus pauvres des sommes d'argent
très importantes.
Ce système fonctionnait assez bien
jusqu'à 1994, époque à laquelle le gouvernement
fédéral a décidé de s'attaquer au déficit.
À partir de ce moment-là, il a décidé
de réduire substantiellement les transferts, surtout dans
le secteur de la santé, où on avait besoin d'argent,
et dans le secteur de l'éducation. Donc, après avoir
fait ce travail avec la péréquation, il y a, en deuxième
lieu, ce qu'on appelle les transferts sociaux, et c'est dans ces
transferts que le gouvernement fédéral a beaucoup
coupé. Le résultat de ces coupures a été
que toutes les provinces ont connu des difficultés financières
parce qu'elles n'anticipaient pas de réductions aussi substantielles
des transferts fédéraux.
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Aperçu du contentieux
fiscal
Québec-Ottawa
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Cette année, le Québec recevra 9 milliards
de dollars d'Ottawa, l'essentiel provenant de deux programmes.
Le premier, c'est le transfert canadien en matière
de santé et d'aide sociale. Il rapporte 2,96 milliards
au Québec. Le montant est déterminé
par Ottawa. À son arrivée au pouvoir,
le gouvernement Chrétien a sabré dans
ces programmes.
Le deuxième programme est la péréquation.
Cette année, le Québec recevra 300 millions
de moins. Il recevra tout de même 5 milliards
de dollars.
Le reste provient de différents programmes de
transfert.
En 1983-1984, les transferts fédéraux
représentaient 28 % des revenus du gouvernement
du Québec. En
2000-2001, ils ne représentaient plus que 16 %
des revenus de la province.
(source : Le Point) |
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R-C : Le Québec est-il particulièrement touché
par ces baisses dans les transferts ?
Y.C. : De façon générale,
toutes les provinces et peut-être le Québec
un peu plus , ont été affectées.
C'est un peu la raison pour laquelle aujourd'hui on voit, en ce
qui a trait aux transferts sociaux (santé et éducation)
que les provinces sont pas mal unies contre le gouvernement fédéral;
tout le monde demande plus d'argent et c'est très raisonnable.
Il faut se rappeler que, à Ottawa, on n'invente pas l'argent :
c'est notre argent qui s'en va là et qui est redistribué.
R-C : Le fédéral a-t-il raison de parler
de mythe, en évoquant le déséquilibre fiscal ?
Y.C. : Non. Le fédéral
encaisse un peu plus que 50 % des impôts. On estime de
30 à 34 milliards de dollars les sommes que les Québécois
envoient au fédéral. Et on ne reçoit pas ça
en retour. Suivant à qui vous vous adressez, on vous dira
qu'il y a un manque à gagner de 5 à 8 milliards. On
aborde la troisième sorte de transfert, selon moi, et c'est
là où le gouvernement fédéral va choisir
ses priorités, dans quel secteur il veut investir. Par exemple,
Ottawa a choisi de construire un pont à l'île du Prince-Édouard
et cela a coûté un milliard de dollars. Il a aidé
à Hibernia et à la recherche de gisements, et il a
fait toutes sortes d'autres dépenses à travers le
Canada; cela aussi constitue une forme de transfert car, suivant
où le gouvernement fédéral met son argent au
Canada, cela affecte beaucoup la richesse de la province.
De ce point de vue, nous, au Québec,
nous nous sentons très lésés parce qu'en grande
partie, cet argent n'a pas été dépensé
dans la province depuis 1994. Je suis toujours surpris de voir que
les Québécois acceptent ça et que ça
ne semble pas les affecter tellement. Dans le même secteur
aussi, il y a des priorités qui ont été données
aux usines d'assemblage automobile. On en avait une et on n'en a
plus (GM) alors qu'en Ontario, il y en a plus d'une dizaine. Pour
voir l'ampleur et puis l'impact de cette politique appuyée
par Ottawa, imaginez-vous Montréal aujourd'hui, avec onze
usines GM, cela vous donnera une idée de ce que l'économie
du Québec et de Montréal aurait l'air. On a beaucoup
souffert des ces choix et on va continuer à en souffrir car,
à la base du succès de l'économie de l'Ontario,
qui est beaucoup plus riche et plus performante, il y a les usines
d'assemblage, tout comme en Alberta, où la richesse vient
essentiellement du pétrole, ce qu'on n'a pas.
Un autre exemple de l'iniquité du
système actuel : le Québec a accepté de
percevoir, pour le gouvernement fédéral, la taxe sur
les produits et services (TPS) avec la TVQ, et a accepté
de la gérer. Il a reçu des sommes minimes alors que
le Nouveau-Brunswick, qui perçoit beaucoup moins que nous,
a eu un milliard en un seul paiement, ce qui est beaucoup plus que
ce que le Québec a reçu. Encore un exemple dont le
résultat est un déséquilibre fiscal :
avant, les banques canadiennes étaient généralement
assez bien distribuées dans le Canada, avec le Québec
et l'Ontario, ce qui faisait que la Banque de Montréal et
la Banque royale étaient ici. Ce sont des organismes encadrés
par le gouvernement fédéral, et celui-ci pourrait
dicter aux banques où leur siège social doit être
installé, ce qu'il n'a pas fait. Pour ces deux grandes banques,
la majorité des opérations se font de Toronto.
R-C : Mais existe-t-il une autre forme de déséquilibre
fiscal que celui qui oppose Québec à Ottawa, selon
vous ?
Y.C. :
Il ne faut pas oublier que les municipalités du Québec
se plaignent d'un déséquilibre entre elles et le gouvernement
provincial, surtout la région de Montréal, qui a des
besoins énormes et qui, principalement depuis la fusion,
sera incapable de remplir ses obligations. Le gouvernement provincial
a un choix : aider les grandes villes ou, s'il n'en est pas
capable, mettre en tutelle certaines de ces villes. Tout ceci peut
très bien sortir lors du Forum. Ce forum a été
organisé autour de la querelle Québec-Ottawa, mais
ça ne restera pas cantonné à ce débat.
Je le sens, les villes veulent avoir leur part du gâteau et
vont se faire entendre.
 
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