L'Extrémisme au Canada

Au Canada, le droit à la liberté d'expression existe mais, contrairement à celui de nos voisins américains, il n'est pas sacro-saint et a ses limites.

 
   

De l'avis des observateurs, les groupes qui évoluent dans la mouvance d'extrême droite sont peu nombreux et surtout peu actifs au Canada depuis plusieurs années. Ceci ne signifie évidemment pas que le racisme ou l'intolérance ont disparu de notre société, mais au moins que leur expression violente ne pose pas un gros défi aux pouvoirs publics.

Pour avoir une idée de ce que les plus connus de ces groupes prônent, il suffit de se promener un peu sur le Web. On y retrouve les grands noms traditionnels de la mouvance néonazie révisionniste tels que l'Heritage Front. On y constate aussi que, chez ces groupes, les thèmes centraux sont le racisme, la peur des minorités et la crainte d'un gouvernement jugé trop interventionniste, comme dans l'extrémisme américain. Ces groupes se posent en victimes, se disent la cible de censure et d'attaques de la part des autorités (des services de renseignements en particulier), et aussi de groupes antiracistes.

 
         
  La Ligue des droits et libertés du Québec, ses objectifs :


La défense des libertés fondamentales en luttant contre toute atteinte aux libertés d'expression et d'information.

La protection des droits individuels quant à l'intégrité physique et à la vie privée.
 

La Ligue des droits et libertés du Québec fait partie des organismes qui se penchent sur le problème des groupes haineux. Son porte-parole, André Paradis, confirme qu'au Québec, l'activité d'éventuels groupes racistes ou homophobes est de faible ampleur de nos jours.

Cela n'a pas toujours été le cas : au cours des années 80 et 90, plusieurs groupes étaient très actifs en Ontario et ailleurs au pays. On observait une éclosion de mouvements inspirés des skinheads racistes d'outre-mer, éclosion favorisée sans doute par le contexte de crise économique de l'époque. La présence des extrémistes se fait alors plus publique, on note une recrudescence d'attaques contre des membres des minorités et des homosexuels.

Par la suite, l'activité haineuse a été combattue au Québec et ailleurs au pays par les organisations antiracistes (au Québec, la Ligue antifasciste mondiale par exemple) et par le biais d'une série d'interventions publiques. La conséquence de ces mesures : de moins en moins de jeunes ont été recrutés dans ces mouvements vers la fin des années 90. Ces groupes se sont trouvés plus isolés. De plus, des mesures ont été mises en place au plan judiciaire pour sanctionner certains actes. Plusieurs extrémistes ont reçu des condamnations avec facteur aggravant dans le cas de motivations racistes ou haineuses.

Au Québec, s'il existe toujours, le mouvement extrémiste est affaibli et difficile à cerner. La Ligue des droits et libertés indique que ces individus ne sont plus aussi menaçants que dans les années 90, bien que l'on entende parfois parler de gestes isolés de violence contre des membres de minorités.

 

En Ontario et ailleurs au Canada anglais, précise M. Paradis, il existe encore un ensemble de groupuscules animés par de vieux néonazis comme Ernst Zundel, qui fut à une époque le plus grand diffuseur de propagande révisionniste et qui n'a jamais réellement cessé ses activités. Ces groupes trouvent leurs racines dans des mouvances nazies ou fascistes issues de l'Europe de l'Est. Ils ont aussi des liens avec des extrémistes américains, comme ceux du groupe de la Nation aryenne.

André Paradis se demande cependant si la situation actuelle, si les tensions découlant des événements de septembre 2001 et de la guerre en Afghanistan, ne risquent pas d'ouvrir la porte à une résurgence des tendances extrémistes. Mais pour l'instant, cela rester à prouver.



Le cas Zundel : toujours là, mais tapi dans l'ombre

  « Pour contourner la loi canadienne sur la propagande haineuse, il utilise de nos jours un serveur américain pour ses sites Internet. »  

Ernst Zundel, le révisionniste le plus connu du pays, a eu des démêlés avec la justice au cours des années 90. Zundel a aidé à rédiger et à publier une brochure de 32 pages qui pose la question suivante : « Y a-t-il vraiment eu six millions de morts ? »

La brochure conclut que l'Holocauste est un mythe perpétué par une vaste conspiration juive mondiale. Zundel est alors accusé de propager de fausses nouvelles en vertu de « l'article 181 » du Code criminel et il est condamné. Il porte son accusation en appel et affirme que l'article 181 enfreint la liberté d'expression garantie par l'article 2b de la Charte canadienne des droits et libertés. Sa condamnation sera annulée. Il fera l'objet d'autres poursuites, mais il sévit encore.


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Journaliste : Florence Meney
Intégration : Martin Rancourt