Journaliste: Sonia Duguay
9 mai 2006

 

 

 

LES CAUSES

Pour expliquer la direction que prend notre devise sur le marché des changes, il faut d’abord regarder au sud de la frontière, aux États-Unis.

Affaiblissement du billet vert

La valeur d’une monnaie se détermine toujours en corrélation avec les autres devises négociées sur le marché des changes. Ainsi, notre huard peut s’apprécier par rapport au dollar américain et, le même jour, se déprécier vis-à-vis de l’euro.

Cela dit, la valeur de référence au Canada demeure le dollar américain, puisque les États-Unis sont notre plus important partenaire commercial.

Lorsque l’on examine les principales causes de l’appréciation du huard vis-à-vis du billet vert depuis 2002, on constate que l’élément déclencheur a été l’affaiblissement du dollar américain sur le marché des changes.

Pourquoi cette valeur refuge pour les investisseurs s’est-elle soudainement dépréciée? En raison, notamment, du double déficit (budgétaire et commercial) aux États-Unis.

Une des façons de réduire l’imposant déficit commercial américain est d’avoir une monnaie qui s’affaiblit. Un dollar américain plus faible stimule les exportations et contribue ainsi à atténuer le déficit de la balance commerciale (les exportations moins les importations).

Les opérateurs sur les marchés ont donc délaissé peu à peu le dollar américain au profit d’autres monnaies, comme le huard qui, du coup, s’est apprécié.

François Dupuis, chef économiste adjoint et stratège chez Desjardins, explique que le dollar américain était également surévalué : « Il fallait qu’il y ait une correction. Le dollar américain était nettement surévalué sur les marchés. Il s’était apprécié de 40 % durant l’euphorie boursière, car les investisseurs se ruaient sur les actions américaines, qui étaient devenues un nouvel eldorado. Et, en achetant des titres d’entreprises américaines, ils achetaient en dollars américains, ce qui faisait monter le billet vert. »

M. Dupuis ajoute que durant cette même période, le dollar canadien, lui, était sous-évalué par rapport au billet vert compte tenu de la solide croissance économique et du surplus budgétaire et commercial qu’affichait le Canada.

Hausse de taux

La croissance économique soutenue et surtout les hausses de taux d’intérêt annoncées à compter de 2002 par la Banque du Canada ont aidé notre huard à prendre son envol.

Selon Stéfane Marion, économiste en chef adjoint de la Financière Banque Nationale, « cela a donné encore plus de carburant au dollar canadien puisque l’écart de taux était devenu positif pour le Canada, c’est-à-dire que les taux d’intérêt étaient plus élevés au Canada qu’aux États-Unis ».

Stéfane Marion nous parle des causes de l'appréciation du dollar canadien.

Or, des taux d’intérêt élevés dans un pays attirent les investisseurs qui essaient d’obtenir le meilleur rendement possible sur leurs placements. En achetant des actifs libellés en dollars canadiens, ces investisseurs contribuent à l’appréciation de notre devise.

Il faut toutefois souligner qu’au début de 2005, l’écart de taux s’est inversé entre le Canada et les États-Unis. La Réserve fédérale américaine a haussé son taux directeur à plusieurs reprises pendant que la Banque du Canada marquait une pause dans le resserrement de sa politique monétaire. Si bien que les taux sont devenus plus élevés aux États-Unis qu’au Canada, ce qui, théoriquement, aurait dû favoriser le dollar américain au détriment de la devise canadienne.

Étonnamment, notre huard a continué de bien se porter sur le marché des changes. Pourquoi? Cela s’explique par la forte hausse de la demande et des prix des matières premières comme le pétrole, le nickel et le cuivre.

La flambée des prix des ressources naturelles

Le Canada est un exportateur net de pétrole et de métaux de base et notre devise profite du cycle haussier des prix. La forte augmentation de la demande et des prix payés pour les matières premières du Canada crée une demande accrue pour notre dollar, ce qui contribue à son appréciation.

Comme on le voit sur ce graphique, il y a une corrélation directe entre la valeur du dollar canadien et le prix des matières premières. Lorsque le prix des métaux s’apprécie, le dollar suit la même tendance haussière.
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La flambée des prix des matières premières est alimentée par la croissance fulgurante de l’économie chinoise. La Chine, qui a connu une croissance dépassant les 9 % en 2004 et 2005 (un rythme effréné qu’elle maintiendra en 2006), a un appétit quasi insatiable pour les ressources naturelles.

À elle seule, la Chine représentait 30 % de la croissance de la consommation mondiale de pétrole en 2004. L’empire du Milieu consomme également beaucoup de métaux, dont le nickel qui entre dans la fabrication de l’acier inoxydable. La Chine fabrique de nombreux produits de consommation courante avec l’acier inoxydable, des produits qui sont ensuite exportés sur les marchés étrangers.