LES CAUSES
Pour expliquer la direction que prend notre
devise sur le marché des changes, il faut
d’abord regarder au sud de la frontière,
aux États-Unis.
Affaiblissement du billet vert
La
valeur d’une monnaie se détermine toujours
en corrélation avec les autres devises négociées
sur le marché des changes. Ainsi, notre huard
peut s’apprécier par rapport au dollar
américain et, le même jour, se déprécier
vis-à-vis de l’euro.
Cela dit, la valeur de référence au Canada
demeure le dollar américain, puisque les États-Unis
sont notre plus important partenaire commercial.
Lorsque l’on examine les principales causes de
l’appréciation du huard vis-à-vis
du billet vert depuis 2002, on constate que l’élément
déclencheur a été l’affaiblissement
du dollar américain sur le marché des
changes.
Pourquoi cette valeur refuge pour les investisseurs
s’est-elle soudainement dépréciée?
En raison, notamment, du double déficit (budgétaire
et commercial) aux États-Unis.
Une des façons de réduire l’imposant
déficit commercial américain est d’avoir
une monnaie qui s’affaiblit. Un dollar américain
plus faible stimule les exportations et contribue ainsi à atténuer
le déficit de la balance commerciale (les exportations
moins les importations).
Les opérateurs sur les marchés ont donc
délaissé peu à peu le dollar américain
au profit d’autres monnaies, comme le huard qui,
du coup, s’est apprécié.
François Dupuis, chef économiste adjoint
et stratège chez Desjardins, explique que le
dollar américain était également
surévalué : «
Il fallait qu’il y ait une correction. Le dollar
américain était nettement surévalué
sur les marchés. Il s’était apprécié
de 40 % durant l’euphorie boursière, car
les investisseurs se ruaient sur les actions américaines,
qui étaient devenues un nouvel eldorado. Et,
en achetant des titres d’entreprises américaines,
ils achetaient en dollars américains, ce qui
faisait monter le billet vert. »
M. Dupuis ajoute que durant cette même période,
le dollar canadien, lui, était sous-évalué par
rapport au billet vert compte tenu de la solide croissance économique
et du surplus budgétaire et commercial qu’affichait
le Canada.
Hausse de taux
La croissance économique soutenue et surtout
les hausses de taux d’intérêt annoncées à compter
de 2002 par la Banque du Canada ont aidé notre
huard à prendre son envol.
Selon
Stéfane Marion, économiste en chef adjoint
de la Financière Banque Nationale, «
cela a donné encore plus de carburant au dollar
canadien puisque l’écart de taux était
devenu positif pour le Canada, c’est-à-dire
que les taux d’intérêt étaient
plus élevés au Canada qu’aux États-Unis
».
Stéfane
Marion nous parle des causes de l'appréciation
du dollar canadien.
Or, des taux d’intérêt élevés
dans un pays attirent les investisseurs qui essaient
d’obtenir le meilleur rendement possible sur
leurs placements. En achetant des actifs libellés
en dollars canadiens, ces investisseurs contribuent à l’appréciation
de notre devise.
Il faut toutefois souligner qu’au début
de 2005, l’écart de taux s’est inversé entre
le Canada et les États-Unis. La Réserve
fédérale américaine a haussé son
taux directeur à plusieurs reprises pendant
que la Banque du Canada marquait une pause dans le
resserrement de sa politique monétaire. Si bien
que les taux sont devenus plus élevés
aux États-Unis qu’au Canada, ce qui, théoriquement,
aurait dû favoriser le dollar américain
au détriment de la devise canadienne.
Étonnamment, notre huard a continué de
bien se porter sur le marché des changes. Pourquoi?
Cela s’explique par la forte hausse de la demande
et des prix des matières premières comme
le pétrole, le nickel et le cuivre.
La flambée des prix des ressources
naturelles
Le
Canada est un exportateur net de pétrole et
de métaux de base et notre devise profite du
cycle haussier des prix. La forte augmentation de la
demande et des prix payés pour les matières
premières du Canada crée une demande
accrue pour notre dollar, ce qui contribue à son
appréciation.
Comme on le voit sur ce graphique, il y a une corrélation
directe entre la valeur du dollar canadien et le prix
des matières premières. Lorsque le prix
des métaux s’apprécie, le dollar
suit la même tendance haussière.
.

La flambée des prix des matières premières
est alimentée par la croissance fulgurante de
l’économie chinoise. La Chine, qui a connu
une croissance dépassant les 9 % en 2004 et
2005 (un rythme effréné qu’elle
maintiendra en 2006), a un appétit quasi insatiable
pour les ressources naturelles.
À
elle seule, la Chine représentait 30 % de la
croissance de la consommation mondiale de pétrole
en 2004. L’empire du Milieu consomme également
beaucoup de métaux, dont le nickel qui entre
dans la fabrication de l’acier inoxydable. La
Chine fabrique de nombreux produits de consommation
courante avec l’acier inoxydable, des produits
qui sont ensuite exportés sur les marchés étrangers.
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