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PLAN COLOMBIE OU PLAN POUR LA GUERRE ?

À son arrivée
à la présidence colombienne, en juin 1998, Andrès
Pastrana décida de transformer son pays en proie à
plus d'un demi-siècle de guerre civile et de troubles intérieurs.
Son premier geste concret fût de rouvrir le dialogue avec
les FARC et leur accorder une zone démilitarisée au
sud de Bogota. Idéaliste, Andrès Pastrana souhaite
engager un plan de développement économique qui sortira
la Colombie du joug de la violence et du narcotrafic.
| LE PLAN EN
QUELQUES LIGNES |
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- Renforcement des infrastructures
judiciaires colombiennes
- Aide aux paysans et encouragement
aux cultures de substitution
- Développement et protection
des droits de la personne
- Aide aux réfugiés
- Équipement militaire
et entraînement des soldats et policiers engagés
dans la lutte contre la drogue et les FARC
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Pour
ce faire, il compte mettre en valeur les exportations légales
du pays, comme les fleurs, le textile et d'autres produits que les
nations plus riches taxent abondamment. L'idée était
en fait très simple : valoriser les entreprises et les produits
légaux colombiens en les rendant plus accessibles sur les
marchés étrangers afin d'inciter paysans et travailleurs
à prospérer dans d'autres secteurs que la culture
et la transformation de la drogue.
Mais la réalité
allait hélas dans une toute autre direction : réclamant
aux États-Unis l'aide nécessaire à la réalisation
de son plan de développement, Pastrana ne reçut de
Washington que des stocks d'armes et du matériel militaire.
C'est finalement un plan passablement différent que le président
Pastrana a présenté à son pays, le tout sans
avoir consulté une seule fois le peuple et les représentants
du Congrès colombien
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Les Gringos (Américains)
fournissent les armes, la Colombie fournit
les morts.
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Un plan saveur Washington
Une fois
revu et corrigé par le Congrès américain, le
plan de Pastrana était devenu le « Plan pour
la paix, la prospérité et le renforcement de l'État
». D'une valeur estimée à 7,5 milliards de dollars,
dont la moitié provient de l'aide extérieure, ce nouveau
Plan Colombie n'avait en fait plus rien à voir avec la mission
originale que s'était donnée Andrès Pastrana.
Sur le milliard
de dollars octroyé au Plan par le Congrès des États-Unis,
seuls 860 millions se sont réellement rendus en Colombie.
De cette somme, les trois quarts ont été consacrés
à l'achat d'équipement militaire américain
et à l'entraînement de soldats et de policiers. Après
que certains politiciens colombiens eurent financé leur campagne
électorale et que des officiers colombiens eurent détourné
plusieurs millions à des fins personnelles, il ne resta de
ce milliard de dollars américains que 67 millions (moins
de 8 %) pour venir en aide aux paysans colombiens et les inciter
à migrer vers d'autres cultures que la coca.
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Courrier international,
# 605, juin 2002
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Ce
plan, dont l'essentiel ne consiste en bout de ligne qu'à
renforcer l'armée colombienne et à asseoir davantage
les positions américaines en Colombie, a vite fait de jeter
par terre les fragiles pourparlers de paix engagés avec les
guérillas marxistes et les FARC. Le 23 février 2002,
les pourparlers de paix sont officiellement rompus entre la guérilla
et le gouvernement Pastrana. Le lendemain, l'armée colombienne
réoccupait la zone démilitarisée, la guerre
avec les FARC reprenant de plus belle. En 2002, le Congrès
américain a octroyé 625 millions de dollars supplémentaires
au Plan Colombie, rebaptisé pour l'occasion « Initiative
andine antidrogue ».
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