DES « NARCO-ÉTATS » AUX PORTES DE L'AMÉRIQUE

L'utilisation de substances comme les drogues ou l'alcool par une nation contre une autre nation est une tactique de déstabilisation bien connue et souvent utilisée dans l'histoire de l'humanité. Des guerres de l'opium entre la Grande-Bretagne et la Chine à l'alcool distribué aux populations indiennes d'Amérique, ces substances peuvent devenir des armes dévastatrices lorsque utilisées sur une grande échelle.

30 ans de lutte contre la drogue

1971 : Le président Nixon déclare la drogue « ennemie numéro un des États-Unis ».

1973 : Création de la Drug Enforcement Administration (DEA).

1979 : Les Bahamas deviennent un lieu de transit pour la drogue entre la Colombie et les États-Unis.

1981-1982 : Ratification du traité d'extradition entre les États-Unis et la Colombie. Émergence du cartel de Medellin. Accord entre Pablo Escobar et le général Manuel Noriega autorisant le transit de la cocaïne par le Panama. Élection de Pablo Escobar au Congrès colombien.

1984-1985 : La DEA et la police colombienne découvrent Tranquilanda, la base du cartel de Medellin. La route de la drogue est déviée vers le Mexique.

1984-1988 : Les cartels colombiens terrorisent et assassinent des dizaines de membres de la classe politique du pays.

1986 : Début des opérations américaines antidrogue au Pérou, en Équateur et en Bolivie.

1987 : Capture de C. Ledher et J. Ochoa à Medellin. La Colombie annule son traité d'extradition vers les États-Unis.

1989 : Arrestation du chef du cartel de Tijuana, à Mexico. Assassinat par le cartel de Medellin de L.C. Garlan, candidat à la présidence de Colombie. Washington renforce ses actions dans le nord de l'Amérique du Sud. Les États-Unis envahissent le Panama et capturent le général Manuel Noriega.

1990 : Le président George Bush augmente de 50 % le budget militaire consacré à la lutte contre la drogue.

1991 : Les trois frères Ochoa (cartel de Medellin) se rendent à la police.

1993 : Pablo Escobar est abattu par les forces de sécurité colombiennes à Medellin.

1995 : Les 5 chefs du cartel de Cali sont arrêtés.

1998 : Opération Casablanca, une enquête sur le blanchiment d'argent menée par les États-Unis. Octroi aux FARC d'une zone démilitarisée dans le Caguan.

1999 : Opération Millenium. Arrestation par les États-Unis de 31 trafiquants de drogue au Mexique, en Colombie et en Équateur.

2000 : Application du Plan Colombie.

2002 : Rupture du processus de paix entre les FARC et l'État colombien. Intensification du Plan Colombie.

Source : « Les sales guerres de la coca », Courrier International, # 605, 2002

Au début des années 80, la puissance acquise par les grands cartels colombiens commence à inquiéter les autorités américaines, qui voient d'un très mauvais œil le déséquilibre géopolitique engendré par le trafic de drogue dans des pays aussi près de leurs frontières. Sans compter la hausse importante de la criminalité et de la violence générée par le trafic de grandes quantités de drogue dans les rues des villes américaines. En fait, les grands cartels, la criminalité et les coûts sociaux de la drogue commencent à menacer le mode de vie même des Américains.

Des narcotrafiquants plus puissants que l'État

Déclarant systématiquement la guerre au gouvernement colombien et allant même jusqu'à proposer publiquement de régler la dette nationale de la Colombie en échange de l'impunité, le cartel de Medellin était en voie de s'accaparer le contrôle des institutions politiques et une partie importante du territoire colombien. Infiltrant un à un, par la force ou la corruption, les pouvoirs publics, terrorisant la classe politique du pays en multipliant violences et assassinats, les grands narcotrafiquants ne visaient rien de moins que le contrôle total de la Colombie.

Combattre la drogue comme on va en guerre


Alertés par une telle montée en puissance des cartels colombiens et de leur influence grandissante sur leur propre territoire national, les Américains réagirent comme ils ont l'habitude de le faire : en lançant une guerre. On imagine facilement les cauchemars de l'administration américaine d'alors qui anticipant l'apparition, pratiquement à ses portes, d'États dirigés par des trafiquants de drogue armés jusqu'au dents.

Un scénario inquiétant qui, s'il n'était pas enrayé, menaçait de s'étendre aux pays voisins de la Colombie et de gagner, en Amérique centrale, des pays comme le Panama, par exemple. Rappelons qu'au début des années 80, Pablo Escobar, alors chef du cartel de Medellin et fraîchement élu au Congrès colombien, négociait activement des accords avec des dictateurs d'Amérique centrale tels que le général Manuel Noriega, du Panama, pour que les cargaisons de drogues colombiennes transitent vers les États-Unis en toute quiétude via le territoire national panaméen, par exemple.

Une guerre longue et coûteuse


Mais la lutte contre la drogue sera longue et très onéreuse. C'est en moyenne plus de 70 milliards de dollars par année que consacrera le gouvernement américain à la DEA (Drug Enforcement Agency) et à l'armée pour intervenir contre les narcotrafiquants en Colombie, en Bolivie et au Pérou. De plus, les moyens militaires et technologiques dont disposaient les gouvernements locaux étaient nettement insuffisants pour venir à bout des narcotrafiquants. Ces derniers étaient en effet équipés d'armes modernes et de technologies carrément inaccessibles aux gouvernements de ces pays en voie de développement.

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