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Itinéraire d'un dictateur
Tout comme Salvador Allende, Augusto Pinochet Ugarde a
vu le jour à Valparaíso, cité portuaire située
à 100 km à l'ouest de Santiago, le 25 novembre
1915, dans une famille d'origine française. Il ne peut terminer
ses études au séminaire San Rafael, d'où il
est renvoyé pour indiscipline. Il est ensuite inscrit au
collège religieux du Sacré-Cur.
Entré
à l'école militaire en 1932, il devient sous-lieutenant
six ans plus tard. En 1940, il épouse Lucia Hiriart, qui
lui donnera trois filles et deux garçons.
Pinochet est promu général en 1969. Il prend le commandement
de l'armée chilienne le 22 août 1973, le général
Carlos Prats ayant été forcé de démissionner
par le haut commandement pour avoir fait échouer la première
tentative de coup d'État contre le président socialiste
Salvador Allende le 29 juin de la même année.
SON ACCESSION AU POUVOIR PAR LA FORCE
Le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet conduit un coup d'État
qui déloge Salvador Allende, démocratiquement élu,
de la présidence du Chili. Jusqu'en 1990, il dirige une dictature
répressive au Chili. On estime à près de 3000
le nombre de personnes qui disparaîtront ou seront tuées
au cours de cette période.
À la tête de la junte militaire, Augusto Pinochet
dissout le Parlement, abolit la Constitution, interdit les partis
politiques et les syndicats. Il soumet la presse à la censure
et ordonne l'arrestation de dirigeants de gauche, et plusieurs centaines
d'entre eux seront fusillés dans les premiers mois du régime.
Bien
installé au pouvoir, Pinochet s'impose comme « chef
suprême de la nation » et se proclame, en décembre
1974, président de la république du Chili, à
la suite d'un référendum populaire qui lui accorde
la confiance de 70 % des électeurs. En matière
de gouvernance, il impose des politiques d'austérité
économique.
SON RÉGIME CONDAMNÉ
La Commission des droits de la personne de l'Organisation des Nations
unies condamne son régime en 1977 pour avoir pratiqué
la torture sur des détenus. Deux ans plus tard, les États-Unis
suspendent leur aide financière et leur vente d'armes au
Chili, accusant le régime de violer les droits de l'homme.
En avril 1978, Augusto Pinochet promulgue une loi d'amnistie concernant
tous les auteurs de crimes et délits depuis le 11 septembre
1973. L'amnistie concerne un grand nombre de policiers, de militaires
et d'agents de sécurité.
En décembre de la même année, Pinochet court
le risque d'une guerre avec l'Argentine, mais le Pape Jean Paul
II accepte de s'interposer entre les deux pays. Le conflit aboutira
à la reconnaissance de la souveraineté chilienne sur
les îles du canal du Beagle, à l'extrême sud
du continent sud-américain.
UNE NOUVELLE CONSTITUTION
En 1980, Augusto Pinochet est maintenu au pouvoir pour un mandat
de huit ans en récoltant 67 % des suffrages lors d'un
référendum qui consacre l'adoption d'une Constitution
abolissant le marxisme.
Isolé
de la communauté internationale en raison des violations
des droits de l'homme dont son régime est régulièrement
accusé, il échappe à une tentative d'assassinat
en 1986, au cours de laquelle cinq membres de son escorte sont tués.
Il durcit alors la répression contre les opposants à
son régime.
En 1987, les manifestations de rue se multiplient en faveur d'une
restauration de la démocratie, après quatre années
d'une sévère détérioration de l'économie
nationale. L'année suivante, Augusto Pinochet perd le référendum
qui lui aurait procuré un autre mandat de huit ans. Mais
il ne quitte le pouvoir que le 11 mars 1990, plusieurs mois après
les élections démocratiques du 14 décembre
1989, qui portent Patricio Aylwin à la tête du pays.
Le Parlement reprend ses activités, après 16 ans d'interruption.
Augusto Pinochet conserve toutefois le poste de commandant en chef
de l'armée jusqu'en mars 1998, lorsqu'il transfert le pouvoir
au général Ricardo Izurieta. Le lendemain, il est
nommé sénateur à vie.
PINOCHET DEVANT LES TRIBUNAUX
Le 16 octobre de la même année, Pinochet est arrêté à Londres à la suite d'une demande d'extradition déposée par le juge espagnol Balthazar Garzon. Le magistrat profite en effet du séjour de l’ancien dictateur dans un hôpital londonien, où ce dernier devait subir une intervention chirurgicale pour une hernie, pour lui mettre la main au collet.
Le juge Garzon obtient un mandat d’arrêt international contre Augusto Pinochet pour génocide et torture sous son régime.
Après 503 jours de détention, le gouvernement britannique ordonne la libération de Pinochet en évoquant des motifs humanitaires. Les avocats et les médecins de l’ancien dictateur convainquent en effet la justice britannique que leur client est gravement malade.
De retour au Chili en mars 2000, il est accueilli triomphalement par l’armée chilienne. Le 8 août, il est officiellement informé par la Cour suprême de Santiago de la levée de son immunité parlementaire et doit faire face à une centaine de plaintes déposées contre lui par les familles des victimes torturées ou « disparues » sous son régime.
Le juge Juan Guzman Tapia, qui a obtenu la levée de l’immunité, l'inculpe pour sa responsabilité dans les enlèvements et assassinats de 75 prisonniers politiques par la « Caravane de la mort », un commando militaire qui avait sillonné le Chili en octobre 1973 à la recherche de membres de l'ancien régime du gouvernement Allende.
Il démissionne de son siège de sénateur à vie le 8 juillet 2002, trois jours après la décision de la Cour suprême de clore définitivement la procédure judiciaire engagée contre lui, en raison de son état de « démence » l'empêchant de se défendre correctement.
Le 10 décembre 2006, celui qui fut le symbole des dictatures sud-américaines meurt, à 91 ans, des suites d’un infarctus du myocarde et d'un oedème pulmonaire dans un hôpital de Santiago. Cloîtré dans sa maison des quartiers chics de la capitale, il a donc, finalement, échappé à la justice de son pays et à la justice internationale.

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