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JOURNALISTE : STÉPHANE BORDELEAU
Juin 2002
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TERRORISME OU GUERRE DE LIBÉRATION ?

À l'automne 2001, l'arrivée des forces armées américaines et britanniques en Asie du Sud-Ouest, venues combattre les talibans en Afghanistan, a jeté un éclairage nouveau sur le conflit indo-pakistanais. En effet, après avoir soutenu les milices des talibans d'Afghanistan et les factions armées indépendantistes du Cachemire, des groupes que Washington qualifierait d'emblée de « terroristes », le gouvernement Musharraf se retrouve dans une position particulièrement difficile. Comment en effet soutenir la lutte des musulmans du Cachemire tout en leur coupant les vivres ? Le dilemme demeure entier pour le gouvernement du général Musharraf, qui peine à ne pas perdre la face, tant devant ses ennemis que devant son propre peuple.

Le premier ministre de l'Inde, Atal Behari Vajpayee, parlant d'opérations antiterroristes au Cachemire, et non plus de guerre.

Du côté indien, la croisade américaine contre le terrorisme international est arrivée comme un don du ciel. Après de nombreuses années passées à dénoncer le soutien apporté par le Pakistan aux factions indépendantistes du Cachemire, le gouvernement indien détenait désormais dans la doctrine américaine un argument de taille contre son voisin. L'attaque du parlement indien par des terroristes musulmans, en décembre 2001, a d'ailleurs fourni au gouvernement indien les arguments qui lui manquaient pour incriminer d'avantage le Pakistan comme arrière-base pour les factions terroristes islamistes.

Poussant encore un peu plus la rhétorique antiterroriste américaine, New Delhi pouvait dès lors transformer, aux yeux de l'Occident du moins, tout mouvement indépendantiste au Cachemire en « activité terroriste » qu'il est désormais de bon ton de combattre. Qui aujourd'hui en Occident pourrait reprocher à quiconque de lutter contre le terrorisme ? Un argument d'autant plus utile qu'il fait taire le discours indépendantiste des Cachemiris tout en occultant l'absence de démocratie au Cachemire et les politiques répressives menées contre les musulmans par l'armée indienne.

EN ATTENDANT LA PAIX

Pendant ce temps au Cachemire, sur la ligne de démarcation où des échanges de tirs et des duels d'artillerie ont lieu régulièrement, la situation demeure très tendue. Une situation qui a de quoi déplaire à la communauté internationale, qui craint à tout moment le déclenchement d'une guerre nucléaire entre les deux pays. Ceux-ci massent désormais à leurs frontières quantité de missiles et d'armes à longue et moyenne portée.

Depuis le début de cette guerre larvée, il y a 55 ans, aucun des belligérants engagés au Cachemire n'a réalisé de gains territoriaux ou politiques substantiels. Quant à la population du Cachemire, elle demeure coincée, avec son rêve d'indépendance, entre la doctrine religieuse forte du Pakistan et la répression des autorités indiennes, acceptant de plus en plus difficilement d'être, depuis plus d'un demi-siècle, le butin de guerre de deux nations étrangères.

 


 


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