Février 2002
Journaliste : Florence Meney

En 1998, on comptait 609 bandes au Canada.

Les pistes de solution

En 1999, une importante enquête médicale effectuée au Québec montrait que près de 80 % des autochtones croient que le retour aux valeurs traditionnelles serait une façon efficace d'améliorer la qualité de vie et la santé dans les communautés.

Le tableau brossé ci-dessus n'est guère rose. Cependant, dans les réserves comme en dehors, les autochtones accomplissent de grands progrès pour améliorer leur sort et celui de leurs enfants. Parfois seuls, parfois épaulés par les gouvernements, des individus et des communautés entières se prennent en main. Dans beaucoup d'endroits, on a levé la loi du silence et on commence à parler ouvertement de la violence et de la drogue, du suicide, un premier pas vers la guérison. Par exemple, les Atikameks de la réserve de Wemontacie ont mis sur pied une série de programmes d'aide qui a eu pour résultat de voir baisser la consommation de drogue et d'alcool de moitié au cours des dix dernières années, selon les responsables du conseil de bande.

« Les jeunes ne sont pas tous désespérés et suicidaires. Plusieurs ont le goût de retourner dans leur nation et d'y travailler. » - Michèle Audette

Quelques données :
(source : gouvernement du Canada)
La proportion d'enfants dans les réserves qui restent à l'école jusqu'en 12e année est passée d'environ 39 % en 1988-1989 à 75 % en 1997-1998. Le nombre d'Indiens inscrits et d'Inuits fréquentant les établissements post-secondaires a presque doublé entre 1988-1989 et 1997-1998, passant de 15 572 à 27 100.



Que font les gouvernements et les organismes subventionnés ?


Quelques initiatives :
Au fédéral : en 1998, le gouvernement du Canada dévoilait sa réponse à la Commission royale sur les peuples autochtones en proposant une approche politique globale et à long terme visant à améliorer la qualité de vie des peuples autochtones et à promouvoir leur autosuffisance. Sous le nom de Rassembler nos forces, cette initiative se veut une réponse aux problèmes des nations qui tombent sous sa juridiction.

 

Au Québec, un organisme a été mis sur pied : la Commission de la santé et des services sociaux des premières nations du Québec et du Labrador, qui a pour mission de promouvoir le mieux-être physique, mental, émotionnel et spirituel des peuples des premières nations par la promotion de programmes de santé et de services sociaux adaptés à la culture amérindienne. Son rôle est celui d'un conseiller technique et d'un défenseur des intérêts des communautés des premières nations et de l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador en matière de santé et de services sociaux.
Par ailleurs, la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord Québécois par la nation des Cris et celle des Inuits a entraîné la formation du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James et de la Régie régionale de la santé du Nunavik. (source : La piste amérindienne).

Dans l'ensemble, on peut dire que les autochtones se plaignent du manque d'initiatives des différents paliers de gouvernement ou de leur incompréhension de la culture autochtone. Les ministères responsables, tant au fédéral qu'au provincial, se renvoient la balle et le manque de concertation ralentit la mise en place des projets et les rend lourds à gérer, dit-on. On reproche aussi aux gouvernements de ne pas inclure suffisamment les communautés dans les initiatives.

Souvent, ce sont les politiques fédérales qui sont mises en cause. Mais pas toujours : en 1999, la Commission de la santé et des services sociaux des premières nations et du Labrador dressait un tableau très sombre de la situation des autochtones du Québec. Ce même rapport indiquait que cette situation était le reflet du peu de ressources et de programmes adaptés à la culture et au mode de vie autochtones. La Commission montrait alors clairement du doigt le gouvernement provincial qui, par sa réforme du système de santé, a « retourné à domicile des patients gravement malades sans services adéquats ».

Dans le domaine de la violence familiale, par exemple, Michèle Audette, présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec et membre du Conseil du statut de la femme, dénonce le manque de ressources accordées aux autochtones au sein des réserves.
Dans un article publié dans La Gazette des femmes (juillet-août 2001), Mme Audette déclare : « En milieu autochtone, les maisons d'hébergement pour femmes battues manquent d'argent. Les Québécoises blanches sont mieux loties : le budget de leurs refuges est de 220 000 dollars pour 9 à 16 places, alors que nos établissements disposent de 144 000 dollars pour plus de 16 places ».

Au-delà des failles des gouvernements, de plus en plus de voix s'élèvent dans les réserves pour une prise en main par la communauté elle-même. En février 2001, lors d'une conférence nationale sur la santé de l'Assemblée des premières nations, certains participants ont déclaré que les membres de la communauté se devaient de donner le bon exemple pour que les choses changent. Pour beaucoup de bandes, l'heure des choix est venue. Face aux problèmes criants de leurs jeunes, et en particulier face à l'épidémie de suicides, les bandes sont acculées au pied du mur. C'est la survie de leur nation qui est en jeu.

 

Quelques projets qui donnent des résultats :

 

Depuis plusieurs années, on voit donc fleurir des initiatives visant à venir en aide à la jeunesse et à enrayer le trafic de drogue dans les réserves. Certaines de ces initiatives sont conjointes avec le gouvernement, d'autres sont le fruit de la communauté elle-même. Mais il est important de souligner que, pour qu'un projet donne des résultats, la communauté concernée doit être impliquée à tous les niveaux. Aussi, les différences culturelles entre les bandes autochtones sont telles qu'une initiative fructueuse pour un groupe ne sera pas forcément adaptée à un autre.

Sur cette question, Éric Gourdeau, auteur et ancien secrétaire général associé au Secrétariat des activités gouvernementales en milieu amérindien et inuit (SAGMAI) sous René Lévesque, se montre pessimiste quant à l'efficacité de toute initiative, tant et aussi longtemps que le vrai pouvoir de décision ne sera pas remis aux responsables de la communauté.

« Pour le moment, on donne aux chefs de l'argent, mais on ne leur donne pas réellement le pouvoir de décider des priorités. Chez les Blancs, il existe des conseils de santé mentale formés de travailleurs sociaux, d'intervenants, etc. Il faudrait un équivalent chez les autochtones. Actuellement, les intervenants sont seuls, ils n'ont pas d'endroit où diriger les jeunes en crise, ils ont peu de moyens et sont débordés. »

Le cas de l'échec des mesures prises pour venir en aide aux enfants de Davis Inlet illustre bien selon lui la difficulté de mettre en place des programmes efficaces. Les travailleurs sociaux qui ont œuvré dans un centre de désintoxication avec ces jeunes ont d'ailleurs dénoncé cet échec et réclamé une enquête. En ce sens, selon Éric Gourdeau, une entente telle que La paix des braves, conclue en octobre 2001 entre le gouvernement du Québec et les Cris (et signée le 7 février 2002) est un pas vers une véritable responsabilisation des communautés et leur émancipation du paternalisme gouvernemental. Selon lui, cette entente est importante parce que Québec y reconnaît que les autochtones sont les mieux placés pour gérer leurs affaires.

Octobre 2001 : le gouvernement du Québec a convenu d'une entente de principe avec les Cris sur l'aménagement de projets hydroélectriques à la Baie-James. L'entente permet l'exploitation des ressources naturelles du territoire de la Baie-James, notamment par la construction de barrages. Il est question de l'aménagement du projet hydroélectrique Eastmain-Rupert, un projet de 3,8 milliards de dollars. Ce projet de 1200 mégawatts permettrait de créer 8000 emplois, dont une partie serait réservée aux communautés cries, durement touchées par le chômage. En retour, les Cris toucheront un minimum de 3,5 milliards de dollars au cours des 50 prochaines années en guise de dédommagement.

Les Cris suspendent aussi tous leurs recours en justice contre le gouvernement, qui totalisent 3 milliards 600 millions.

Québec et les Cris s'entendent pour développer la Baie-James
(23 octobre 2201, site des Nouvelles de Radio-Canada)

Entente avec Hydro : près d'un milliard de plus
(18 janvier 2002, site des Nouvelles de Radio-Canada)

 

Quelques émissions ou pages sur le sujet :

Le reportage de l'émission Enjeux, signé Alain Gravel, Peter Ingles et Marie-Claude Pednault

Éric Gourdeau en entrevue avec Joël Lebigot

Jean Dussault (La tribune du Québec) sur la question des pensionnats
(invités : Père Jacques Gagné, Oblat, membre du Groupe de négociations des églises catholiques sur les pensionnats autochtones; Ruchard Kistabish, ex-chef du Conseil algonquin et vice-président de la Fondation de la guérison des autochtones; Rod McDonald, ancien président de la Commission du droit canadien et professeur de droit à l'Université McGill) - 30 octobre 2001

Jean Dussault (La tribune du Québec) s'entretient avec Ghyslain Picard, chef régional de l'Assemblée des premières nations pour le Québec et le Labrador.
Matthew Coon Come dans le cadre de la Conférence mondiale contre le racisme

Canada's oldest nations
Dossier de CBC

Coon Come
Profil du leader autochtone, en anglais, CBC

 

 

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