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Ce mal qui ronge les jeunes autochtones
du Québec
Nous
avons vu que la population autochtone est majoritairement
composée de jeunes gens. Ceux qui devraient être
l'avenir de leur peuple, porteurs d'espoir, sont dans
bien des cas en proie à de graves problèmes.
En fait, par la souffrance de leurs enfants, des communautés
autochtones entières sont en péril.
Beaucoup d'enfants autochtones vivent et
grandissent dans des conditions qui ont et continueront
d'avoir de fâcheuses conséquences pour
leur santé. On estime que la moitié d'entre
eux (que ce soit dans les réserves ou hors réserve)
subsistent plutôt qu'ils ne vivent, immergés
dans la pauvreté. Ainsi,
ces jeunes sont plus susceptibles de connaître
des problèmes de santé chronique ou des
troubles mentaux et affectifs. Lorsque l'on consulte
les études effectuées sur la question,
on constate que cette condition débute dès
la petite enfance et ne fait que se perpétuer
au fil des ans. Objectivement, davantage d'enfants autochtones
que d'enfants non autochtones sont victimes de violence
physique et sexuelle, se heurtent à des obstacles
lorsqu'ils tentent d'atteindre un niveau de scolarité
adéquat, sombrent dans la toxicomanie ou se suicident.
Des
données :
Source : gouvernement du Canada
- Espérance de vie : L'espérance
de vie des membres des premières
nations est inférieure de six ans
à la moyenne canadienne.
- Suicide : Le taux de suicide chez les
jeunes autochtones est de cinq à
huit fois supérieur à la
moyenne nationale.
- Mortalité infantile : Le taux
de mortalité infantile de la population
autochtone est presque le double de la
moyenne canadienne. (Le taux de mortalité
infantile chez les nourrissons des premières
nations est de 14 pour mille naissances
vivantes, alors qu'il est de 7 pour mille
chez les non-autochtones (1996).
- Les enfants et les adolescents autochtones
présentent des taux plus élevés
de blessures et de décès
accidentels.
- Pauvreté : La majorité
des autochtones atteignent à peine
le seuil de pauvreté ou vivent
en dessous.
- Chômage : Le taux de chômage
des Canadiens autochtones est le double
de celui des Canadiens non autochtones.
Dans les réserves, le taux de chômage
frôle les 29 %, soit presque
le triple de la moyenne canadienne.
- Les taux d'échecs scolaires et
de dépendance à l'égard
de l'aide sociale sont plus élevés
dans les collectivités des premières
nations.
- Taux d'incarcération : Chez les
autochtones, ce taux est de cinq à
six fois supérieur à la
moyenne nationale.
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Suicide
Extrait d'une chanson du groupe Maten :
Nuitsheuakanana (notre ami).
Notre ami, on s'en ennuie...
Notre ami, on le sent loin...
On perçoit notre ami dans nos rêves...
On évoque son image...
Et on le sentirait heureux...
On serait comblé de joie, s'il était parmi
nous...
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Suicide chez les autochtones,
rapport de la
Commission royale sur les peuples autochtones :
Un extrait :
Bien que le taux réel
de suicide soit sans doute plus élevé
que ne l'indiquent les chiffres disponibles,
la commission estime que le taux de suicide
chez les autochtones, pour tous les groupes
d'âge, est environ trois fois plus
élevé que dans la population
non autochtone. Elle fixe le taux de suicide
chez les Indiens inscrits et chez les Inuits
à respectivement 3,3 fois et 3,9
fois la moyenne nationale. Ce sont chez
les adolescents et les jeunes adultes que
les risques sont les plus élevés.
Les cas de suicide chez les jeunes autochtones
de 10 à 19 ans sont cinq à
six fois plus nombreux que chez les non-autochtones
du même âge; c'est toutefois
entre 20 et 29 ans que l'on constate le
taux le plus élevé de suicide
chez les autochtones et les non-autochtones.
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Le suicide se mesure en chiffres froids
et objectifs, qui ne révèlent rien de
la souffrance de ceux qui deviennent des statistiques
compilées par des gouvernements : au niveau
national, les autochtones se suicident, suivant les
chiffres que l'on consulte, de trois à huit fois
plus souvent que les autres. Chez les jeunes, c'est
encore pire. Dans certaines communautés, les
adolescents et jeunes adultes se tuent près de
20 fois plus que les autres Canadiens. À cela
s'ajoute le problème de l'automutilation.
Alexandre
Coocoo
(réserve Atikamek de Wemontacie) :
« Je ne me sentais pas bien... j'ai fait
une tentative, ça n'a pas marché. La corde
a pété... on ne voulait pas de moi en
haut ».
Jean-Yves Assiniwi, négociateur fédéral,
qui a perdu un fils :
« On se dit, chez les jeunes, ça
ne vaut pas la peine, il n'y en a pas d'avenir ».
Cependant, toutes les communautés autochtones
ne connaissent pas ce fléau; certaines en sont
carrément exemptes, tandis que d'autres vivent
une épidémie de suicide qui dure depuis
des décennies. En fait, dans certaines communautés,
comme par exemple chez les Cris du Québec, le
taux de suicide est équivalent, voire inférieur,
à la moyenne nationale. Réellement, au
Québec, ce sont les Inuits, ainsi que les Innus,
qui sont décimés par le suicide. Une étude
effectuée par l'Association médicale canadienne
(en l'an 2000), montre bien l'ampleur du désastre
pour la communauté inuite, dont le taux de suicide
est littéralement le plus élevé
au monde :

Taux de suicide pour 100 000 personnes :
Québec : 9,2
Canada : 14
Cris du Nord du Québec : 12
Inuits du Nunavik : 211
(Chiffres pour l'an
2000)
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Le docteur Pierre Gagné, directeur
du Département de psychiatrie de l'Université
de Sherbrooke et spécialiste de la question du
suicide des jeunes, confirme que la situation est réellement
catastrophique chez les Inuits du Québec. Dans
les 15 principaux villages de la communauté,
le suicide a augmenté de 6 à 7 %
entre 1987 et 1991. Les candidats au suicide sont généralement
de sexe masculin et beaucoup d'entre eux sont jeunes
(entre 15 et 24 ans). Les jeunes gens sont ainsi fauchés
dans la force de l'âge et ces décès
en série laissent des cicatrices très
profondes dans la communauté.
Pourquoi les jeunes Inuits se suicident-ils
ainsi en si grand nombre ? Selon le docteur Gagné,
cette communauté vit plus durement que d'autres
le déracinement culturel et l'aliénation
des jeunes générations par rapport aux
précédentes.
Les
Inuits du Nunavik
Page de l'émission Zone
libre (Radio-Canada)
« Chez
les Cris de la Baie-James, explique le docteur Gagné, on
a pu se forger un sens de la communauté, né
du besoin de se serrer les coudes dans les négociations
avec le gouvernement. Le sens de la communauté
est plus marqué. Ainsi, comme dans beaucoup
de communautés rurales, là où
le sens de la communauté est plus élevé,
cela va mieux pour les jeunes. Chez les Inuits, ce
n'est pas même chose. La situation est plus
difficile. »
Le spécialiste ajoute que la détection
des candidats au suicide semble ne pas être vraiment
efficace chez les nations autochtones. « Contrairement
à d'autres cultures, chez les autochtones, les
facteurs de malaise entourant un suicide sont difficiles
à déterminer, flous, ou du moins ils ne
sont pas exprimés auprès des intervenants. »
Le psychiatre constate ainsi l'échec de beaucoup
d'interventions, peut-être aussi en raison du
fossé culturel entre intervenants et jeunes autochtones.
Le docteur Gagné constate donc que
beaucoup de programmes destinés à prévenir
le suicide échouent. Selon lui, ces programmes
cherchent en général à simplifier
les paramètres pouvant être reliés
aux tentatives de suicide pour les réduire à
un facteur unique tel que la dépendance, la pauvreté
ou la violence. Or, selon lui, ce qui pousse un jeune
autochtone à s'enlever la vie est le résultat
d'une équation complexe que l'on pourrait, par
exemple, écrire comme suit :
vulnérabilité préexistante
de l'individu + problème de dépendance
+ pauvreté + environnement difficile (froid,
noirceur) + dépression + événement
précipitant.
Pour le psychiatre, une aide efficace passe
nécessairement par l'intégration de tous
ces éléments.
Se méfier des chiffres
Par ailleurs, certains observateurs de la situation
des peuples autochtones au Québec estiment que
les statistiques liées au suicide sont trompeuses.
Éric Gourdeau a un long passé aux Affaires
autochtones du Québec. Il a en particulier servi
comme secrétaire général associé
au Secrétariat des activités gouvernementales
en milieu amérindien et inuit (SAGMAI), sous
René Lévesque, et il est l'auteur du livre
La santé mentale et les autochtones du
Québec. Il ne nie pas que le suicide
soit un problème majeur chez les autochtones,
mais il estime seulement que, vu le faible nombre de
personnes concernées, les chiffres peuvent induire
en erreur : « Si sur une communauté
de 100 personnes un individu s'enlève la
vie, en extrapolant, on arrive à un chiffre de
1000 morts pour 100 000 personnes, ce qui bien
entendu ne correspond pas à la réalité ».
D'autre part, comme le Dr Gagné, M. Gourdeau
juge que les causes du suicide chez les autochtones
sont complexes et mal comprises, et que la résolution
du problème ne peut se faire qu'à l'intérieur
de la communauté, par des membres de la communauté.
suite :
Dépendance
à l'alcool et aux drogues
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