Février 2002
Journaliste : Florence Meney

En 1998, on comptait 609 bandes au Canada.

Ce mal qui ronge les jeunes autochtones du Québec

Dépendance à l'alcool et aux drogues

Poème Haïku
Sniffant l'essence
les gosses de la réserve s'envolent soleil couchant
Les gosses s'envolent la bouteille d'essence est vide soleil couchant
Du rêve en bouteille la réserve se meurt bientôt la nuit
(Source : La piste amérindienne).

Les abus d'intoxicants sont fréquents, voire épidémiques dans les collectivités autochtones. Les médias rapportent souvent les événements les plus dramatiques liés à la consommation de stupéfiants, mais, pour utiliser le bon vieux cliché, de l'extérieur, nous ne faisons qu'apercevoir la minuscule partie émergée d'un gigantesque iceberg. Bon nombre de jeunes autochtones sont aux prises avec un problème aigu de dépendance, et les substances utilisées sont variées : alcool, cocaïne, héroïne, marijuana, tranquillisants, vapeurs d'essence...

La consommation excessive d'alcool est au moins aussi répandue que celle de stupéfiants et elle transcende les générations, tandis que la drogue est plus courante chez les jeunes. Une enquête nationale menée il a une dizaine d'années montre que 86 % des communautés autochtones jugeaient que la consommation excessive d'alcool était un problème grave dans leur sein.

Moins grave, mais tout de même très dommageable pour la santé, la dépendance à la cigarette. En 1999, le chef de l'Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, brandissait un sondage montrant que 60 % des autochtones fument et que chez les 20-24 ans, 72 % s'adonnent au tabagisme.

NB : Il est difficile de mesurer l'ampleur du phénomène de dépendance chez les autochtones qui vivent en dehors des réserves, car il existe peu de données pour ces personnes, qui ne font qu'alimenter les statistiques concernant la population générale des toxicomanes.

 

Un syndrome particulièrement inquiétant : l'inhalation de vapeurs d'essence, de colle ou autres solvants. L'abus de solvants est un problème criant chez les peuples autochtones, et particulièrement chez les jeunes de 12 à 19 ans. « L'inhalation de vapeurs d'essence est à un stade épidémique chez les jeunes », écrivait en décembre 2000 le chef innu Peter Penashue. Une étude canadienne sur l'abus de solvants chez les enfants et les jeunes autochtones (2850 participants), effectuée dans 25 communautés autochtones du Manitoba et 70 écoles algonquines du Québec, donne une idée de l'ampleur du problème : 20 % des jeunes autochtones manitobains et 15 % des jeunes autochtones québécois ont indiqué qu'ils avaient essayé d'inhaler des solvants. Au Québec, 9 % avouaient être allés bien au-delà de l'expérimentation et faire un usage habituel de ces substances.

Selon une autre enquête, menée en milieu urbain cette fois, près de la moitié des usagers de solvants ont commencé à inhaler alors qu'ils avaient entre quatre et onze ans.
Or, inhaler de l'essence peut avoir des conséquences désastreuses sur l'organisme : parmi les effets relevés, des troubles respiratoires, des dérèglements du foie, des reins, du métabolisme et des électrolytes, des anomalies sanguines, des dommages au système nerveux central et périphérique. L'atrophie du cerveau et du cervelet peut être irréversible. Faut-il le préciser, cette pratique peut être mortelle.

Germain Hervieux, Maten (Montagnais) :
« J'prenais de la PCP comme je prends aujourd'hui... de la coke à 13 ans ».

Samuel Pinette, (Montagnais) :
« C'est le party icitte... on est pogné icitte pis on n'a pas d'activité... on a juste ça à faire, boire et consommer de la drogue ».

 

Certains membres des communautés autochtones en viennent aussi à critiquer des chefs de bandes et autres responsables qui eux-mêmes succombent à la dépendance tout en la dénonçant chez les plus jeunes. Le chef Matthew Coon Come s'est exprimé à ce sujet en mars 2001. « Nous devons nous reprendre en main », a-t-il déclaré. Ses propos lui ont valu la réprobation de certains chefs de l'Atlantique, qui les jugeaient sans fondement.

 

Le cas de Davis Inlet : Les Innus sont environ 1600 personnes qui vivent au centre du Labrador et sur la Côte-Nord du Québec, principalement dans deux collectivités, Davis Inlet et Sheshatshiu.

 

Des dizaines d'enfants de Davis Inlet ont recommencé à inhaler des vapeurs d'essence pendant le temps des fêtes (décembre 2001). Les jeunes, qui avaient été envoyés en cure de désintoxication à Saint-Jean pendant dix mois, sont retournés dans leur village avant Noël et ils ont repris leurs habitudes. Un psychologue accuse le gouvernement fédéral de ne pas avoir accordé suffisamment d'aide aux enfants et à leurs parents. Le chef, quant à lui, réclame l'ouverture d'un centre de désintoxication. Cette communauté de 600 personnes est ravagée par un grave problème d'alcoolisme et de toxicomanie. Pourtant, la communauté a tenté à maintes reprises d'obtenir une aide réellement efficace du fédéral. Par ailleurs, en 1998, le village avait tenté de bannir l'alcool et l'inhalation de vapeurs d'essence de son territoire.

- Les engagements de Santé Canada pour aider les jeunes de Davis Inlet.

- Les neuf recommandations de la communauté de Davis Inlet au premier ministre du Canada.
(en anglais)

- Jean Dussault, animateur de l'émission La tribune du Québec (Radio-Canada), s'entretient avec Danielle Descent, psychologue dans la réserve de Maliotenam, près de Sept-Îles.

 

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Violence, problèmes sociaux