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— Journalistes :
Jean-Philippe
Cipriani et Stéphane
Bordeleau
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UNE ARMÉE EN CRISE
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Départ
douloureux d'un marin en mission dans le
golfe Persique.
Photo : SRC |
Privées de près du quart de leurs effectifs
par des compressions budgétaires, sous-équipées
et sous-financées, les Forces canadiennes sont aussi
aux prises avec de graves problèmes reliés
à l'exercice de leur métier. Dépression,
épuisement, alcoolisme, suicide et violence familiale
sont le lot d'un nombre croissant de soldats au Canada.
La multiplication de problèmes psychologiques et
professionnels tire son origine de plusieurs sources. D'abord,
les missions de paix confiées aux Casques bleus de
l'ONU sont de plus en plus complexes et dangereuses. Les
soldats de la paix sont confrontés régulièrement
à des tirs hostiles ou à des embuscades. Si
bien que ces hommes et femmes doivent souvent imposer la
paix avant de la défendre, ce qui augmente considérablement
la tension nerveuse des soldats, soumis pendant de longues
périodes à des niveaux élevés
de stress.
Le fait d'avoir aussi été témoins
de génocides ou de tentatives d'épuration
ethnique, sans avoir le mandat d'intervenir, a aussi entamé
le moral et les valeurs de nombreux soldats.
Trop de missions et pas assez de soldats
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En 1999,
le Canada était impliqué dans 22 missions
internationales, un record. Photo : SRC |
L'épuisement professionnel et la détérioration
des conditions de travail occupent aussi une place importante
dans les problèmes qui touchent les militaires canadiens.
Malgré le manque de matériel et de personnel,
Ottawa a maintenu, voire augmenté la participation
des soldats à diverses missions (Somalie, ex-Yougoslavie,
Afghanistan, Haïti).
En mars 2006, le Canada était engagé dans
17 missions à l'étranger, mobilisant 2757
militaires. C'est tout de même moins que les 4500
militaires impliqués dans 22 missions en 1999, un
record depuis la guerre de Corée.
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Les larmes et les
adieux sont fréquents pour les militaires. Photo
: SRC |
Avec cette cadence élevée, les périodes
de repos entre les missions ont été considérablement
restreintes au cours des dernières années,
faute d'une réserve de soldats suffisante pour assurer
la relève des troupes déployées dans
le monde. Résultat: les militaires passent de moins
en moins de temps en repos ou avec leur famille avant de
repartir plusieurs mois loin des leurs.
Ce rythme de déploiement accru, dans des zones de
guerre parfois très hostiles, a conduit beaucoup
de soldats au point de rupture. De plus, à peine
rentrés chez eux, ils sont appelés ailleurs
dans le monde. Parfois, moins de 12 mois séparent
leurs missions, qui durent en général six
mois à l'étranger. Ajoutons à chaque
mission trois mois d'entraînement, qui se font généralement
loin de leur famille, et les militaires ne sont chez eux
que quelques mois à peine. Souvent, certains reviennent
de ces missions traumatisés ou fortement éprouvés,
ce qui n'améliore en rien le climat familial.
Syndrome de stress post-traumatique
Le manque de soutien psychologique est aussi dénoncé.
Chaque année, l'ombudsman de l'armée, André
Marin, a accusé les Forces canadiennes de négliger
le syndrome de stress post-traumatique, qui afflige de 15
% à 20 % des militaires au retour d'une mission.
Cauchemars, angoisses, dépressions, accès
de panique, malaises physiques: certains soldats deviennent
complètement inaptes. Même si elle reconnaît
le problème, l'armée reste mal préparée
à faire face à la détresse psychologique.
Elle ne considère d'ailleurs pas les victimes de
stress post-traumatique comme des blessés.
Selon M. Martin, l'armée fait l'erreur de rayer
les militaires souffrant de ce syndrome des listes du contingent
pour les renvoyer à la vie civile, plutôt que
de leur offrir des traitements adéquats.
Détérioration des équipements
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Hercules C-130, Photo
MDN |
À l'automne 1999, appelées à intervenir
au Timor oriental dans une mission de maintien de la paix,
les Forces aériennes canadiennes ont dû tenter
à quatre reprises d'acheminer des troupes sur le
théâtre des opérations à bord
d'avions Hercules C-130 désuets et défectueux.
L'un de ces avions est même resté cloué
aux îles Fidji pendant 11 jours en raison de problèmes
techniques.
Et que dire des nombreux accidents concernant les hélicoptères
Sea King? Ces appareils, qui ont plus de 35 ans, seront
remplacés en 2008 par des Cyclone. Entre-temps, ils
nécessitent près de 40 heures d'entretien
au sol par heure de vol.
Ce genre de situation illustre les difficultés d'assurer
les missions avec des équipements dépassés.
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État
du matériel
En mer
Des 30 navires de guerre canadiens, 6 des
plus gros devront être envoyés
à la ferraille d'ici 2012, sans qu'on
n'ait encore envisagé de les remplacer.
Les hélicoptères Sea King
embarqués sur les bâtiments
canadiens sont également à
remplacer. D'ici 3 à 5 ans, la marine
canadienne pourrait se voir rétrogradée
du rang de force mondiale à celui
de marine de défense côtière
en raison de la détérioration
de sa flotte.
Sur terre
En 2004, entre 40 % et 50 % des armes
et du parc de véhicules de l'Armée
de terre pourraient ne pas être opérationnels
parce que l'achat de pièces de rechange
et de nouveaux équipements n'a été
ni constant ni adéquat.
Dans les airs
Notre force aérienne a été
grandement réduite au fil des années
90. Le nombre d'avions opérationnels
des Forces aériennes est passé
de 700 à un peu plus de 300. À
cela s'ajoutent le vieillissement et l'usure
de plusieurs appareils comme les Hercules
et les chasseurs F-18, que la Défense
a lentement commencé à moderniser.
Source :
Dominique Fournier, 5 sur 5, Radio-Canada,
2002-11-05
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Des uniformes aux véhicules, beaucoup
reste à faire
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Un des nouveaux véhicules
Coyote récemment acquis par la Défense
canadienne. Photo SRC |
Du côté des Forces terrestres, la situation
n'est guère meilleure. En 2002, déployée
aux côtés des forces américaines en
Afghanistan pour une mission de combat contre les talibans,
l'infanterie légère canadienne a dû
combattre dans ces contrées désertiques vêtue
d'uniformes vert forêt, faute de tenues de combat
adéquates dans les magasins de l'armée canadienne.
Des histoires comme celles-ci, les archives des Forces
canadiennes en regorgent; ce n'est pas d'hier que l'armée
connaît des problèmes lors de ses déploiements
en raison du mauvais état ou de la désuétude
de son équipement. Bien que plusieurs groupes disposent
d'équipements ultrasophistiqués qui font l'envie
de plusieurs armées étrangères, d'un
point de vue général, l'armée canadienne
demeure sous-équipée et en manque d'effectifs
pour assurer non seulement la défense des 10 millions
de kilomètres carrés du territoire canadien,
mais également ses déploiements à l'étranger.
La relève se fait rare
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Il faut en moyenne
deux ans avant qu'une recrue devienne un soldat fonctionnel.
Photo : SRC |
Autre secteur où la Défense canadienne devra
concentrer ses efforts au cours des prochaines années:
le recrutement de nouveaux soldats. Après avoir réduit
leurs effectifs de près de 15 000 soldats au
cours des années 90, les Forces canadiennes ont aujourd'hui
un urgent besoin de relève dans plusieurs secteurs
d'activité.
Dans son budget 2005-2006, le gouvernement libéral
promettait l'embauche de 5000 soldats des forces régulières
et de 3000 réservistes supplémentaires. Au
cours de la campagne électorale, les conservateurs
ont promis de porter cette augmentation à 13 000
nouveaux membres pour les forces régulières
et à 10 000 autres pour les forces de réserve.
Néanmoins, les jeunes Canadiens ne se bousculent
pas au portillon pour faire partie des Forces canadiennes.
Les perspectives d'emploi étant favorables depuis
plusieurs années dans la société civile,
de moins en moins de jeunes sont attirés par une
carrière de militaire. De plus, les fréquents
déboires de l'armée canadienne montés
en épingle dans les médias, les problèmes
d'épuisement professionnel des militaires ainsi que
les salaires peu concurrentiels contribuent au faible engouement
des jeunes Canadiens pour le service militaire.
Depuis, les Forces canadiennes ont entrepris d'accentuer
les campagnes de publicité et de moderniser leur
image pour tenter de recruter davantage de candidats.
Aperçu de l'enrôlement de recrues
(Force régulière)
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| Source :
Rapport annuel du CEMD - 2002-2003, ministère
de la Défense du Canada |
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