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— Journalistes :
Jean-Philippe
Cipriani et Stéphane
Bordeleau
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LA DÉFENSE, UNE QUESTION D'ARGENT
Lors de l'exercice financier 2005-2006, le gouvernement
du Canada a consacré 14,7 milliards de dollars canadiens
à la Défense nationale. Il s'agissait d'une
hausse marquée des dépenses pour ce ministère,
dans le cadre d'une augmentation de 12,8 milliards sur cinq
ans décrétée par le gouvernement libéral
de Paul Martin.
Le nouveau gouvernement conservateur a promis d'ajouter
à cette hausse 5,3 milliards supplémentaires
sur cinq ans, notamment pour augmenter de 13 000 membres
les forces régulières et de 10 000 autres
les forces de réserve. Ainsi, le budget de la Défense
nationale devrait dépasser les 15 milliards.
En comparaison, les États-Unis consacrent près
de 20 % de leur budget national aux dépenses
militaires, soit quelque 480 milliards de dollars canadiens
en 2005. Du côté européen, la France
a consacré plus de 47,8 milliards à la Défense,
la Grande-Bretagne, 59,2 milliards, et la Russie, 70,1 milliards.
Malgré cet écart important, Ottawa engage
régulièrement ses troupes dans d'importantes
opérations humanitaires et militaires dans le monde,
aux côtés de nations puissantes et influentes.
Récemment, en Afghanistan, la mission humanitaire
s'est transformée en mission de combat, ce qui a
provoqué des remous au pays, peu habitué à
ce genre d'engagement.
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Importance de
la Défense dans les finances du Canada
- 2004-2005
(dépenses totales: 210 milliards
de dollars)
- Assurance-emploi et pensions
de vieillesse : 42,6 milliards
- Paiements de transfert
aux provinces : 41,9 milliards
- Service de la dette :
34,5 milliards
- Défense :
14,3 milliards
- Sociétés
d'État : 8,9 milliards
- Santé : 1,9 milliard
- Affaires étrangères et Commerce
international: 1,6 milliard
- Environnement : 1,3 milliard
Source :
Receveur général du Canada
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Le paradoxe du financement
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Hélicoptère
Sea King, MDN
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Comme dans toutes les armées du monde, c'est surtout
le financement qu'accorde l'État à son armée
qui détermine la quantité et la qualité
du matériel mis à sa disposition. Or, au Canada,
l'absence de menace directe et la nature profondément
pacifique des citoyens ont fait de la Défense un
secteur sensible.
En revanche, lorsqu'une crise locale ou internationale
survient, les Canadiens sont toujours heureux de pouvoir
compter sur une armée bien entraînée
et bien équipée. De même, l'appui des
Canadiens aux missions de paix se conjugue avec la volonté
d'investir dans l'aide internationale.
Au début des années 90, l'armée canadienne
a été mise à contribution dans la lutte
contre le déficit et l'assainissement des finances
publiques. Entre 1993 et 1999, le budget de la Défense
est passé de 12 à 9,38 milliards de dollars
par an. Au cours de cette période, les effectifs
militaires ont fondu, passant de 78 000 à 60 500,
une réduction de presque 18 000 soldats.
Ottawa a aussi reporté, voire abandonné,
nombre d'achats et renouvellements d'équipements.
À son arrivée au pouvoir, en 1993, le gouvernement
Chrétien a notamment annulé le contrat d'achat
d'hélicoptères EH-101, censés remplacer
la flotte de Sea King vieillissants de la marine canadienne.
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Frégate canadienne
de classe Halifax Photo MDN
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En dépit de ces compressions budgétaires,
Ottawa a toujours maintenu une participation active aux
missions internationales de maintien de la paix et aux opérations
militaires multilatérales comme en Somalie, dans
le golfe Persique et en ex-Yougoslavie. Ce déséquilibre
entre les ressources consacrées à la Défense
et le nombre croissant de missions a entraîné
un épuisement important des troupes et une détérioration
accélérée du matériel et du
parc de véhicules.
Résultat: les Forces canadiennes sont désormais
confrontées à de coûteux renouvellements
d'équipements et à une carence d'effectifs
aggravée par un faible taux de recrutement de nouveaux
soldats.
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Budgets militaires
dans le monde
(en milliards de dollars américains 2005)
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- États-Unis : 420
- Chine : 62,5
- Russie : 61,9
- Grande-Bretagne : 51,1
- Japon : 44,7
- France : 41,6
- Allemagne : 30,2
- Inde : 22
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- Arabie saoudite : 21,3
- Corée du Sud : 20,7
- Italie : 17,2
- Australie : 13,2
- Brésil : 13,1
- Canada : 10,9
- Turquie : 9,8
- Israël : 9,7
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Source : Center
for Arms Control and Non-Proliferation
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L'électrochoc du 11 septembre 2001
Les attentats du 11 septembre 2001, aux États-Unis,
ont toutefois forcé le Canada à revoir en
catastrophe le rôle et le financement de sa défense.
Accusé par les États-Unis de négliger
la sécurité de son territoire et de sous-équiper
son armée, le gouvernement fédéral
a dû réagir rapidement et injecter des milliards
pour uniquement remettre ses forces militaires à
jour.
Au moins 18 milliards de dollars auront été
ajoutés entre 2001 et 2010, peut-être plus
si les conservateurs respectent leur engagement. Et ce,
sans compter les 7,7 milliards sur cinq ans dévolus
au renforcement de la sécurité intérieure
et les services de renseignements.
Cela est-il suffisant pour rattraper 10 ans de compressions
dans un pays pacifique, pratiquement sans ennemis, où
le développement militaire n'a jamais vraiment constitué
une grande priorité pour les contribuables?
Selon diverses analyses, le Canada devrait investir au
moins 4 à 5 milliards de dollars de plus par an dans
son armée uniquement pour la moderniser et assurer
ses besoins actuels. Le Canadian Defense and Foreign Affairs
Institute estime aussi que, s'il veut poursuivre le rythme
de ses missions, Ottawa doit augmenter de 60 000 à
80 000 le nombre de soldats canadiens pour assurer
une bonne rotation des troupes à l'étranger
et le renouvellement des effectifs vieillissants.
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