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Les origines du conflit
Le
conflit armé particulièrement sanglant qu'a connu
l'Algérie au cours des années 90 est en fait le résultat
de la détérioration d'une série de conditions
socioéconomiques et d'une conjoncture politique qui, pendant
des années, ont exaspéré l'opinion publique
algérienne et engendré la naissance d'un puissant
mouvement d'opposition dans la société civile.
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Mouloud Hamrouche
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Le gouvernement du premier ministre Mouloud Hamrouche
aura bien tenté des réformes démocratiques
au début des années 90, mais les résistances
au sein du système, la radicalisation du mouvement islamiste
et l'éparpillement des forces démocratiques ont rapidement
mis un terme à cette tentative. La grogne populaire aidant,
les islamistes étaient déjà en marche vers
le pouvoir.
Absence de démocratie et exaspération
généralisée
Les
trente années pendant lesquelles les militaires ont gouverné
le pays par l'entremise du FLN ont largement contribué à
la détérioration du climat social. En effet, depuis
son indépendance, en 1962, l'Algérie n'avait jamais
connu d'élections libres ni d'autres partis que le Front
de libération national (FLN). Cette absence de démocratie
et l'étouffement, pendant plus de trente ans, de toute forme
d'opposition politique au régime militaire en place semble
avoir poussé à son extrême limite la patience
des Algériens, épris de changement et de liberté.
Bref, le gouvernement du FLN est devenu pour eux la cause de tous
les maux de l'Algérie.
En
octobre 1988, excédés par des conditions sociales
et économiques difficiles et l'absence de démocratie,
les Algériens descendent massivement dans les rues. Le pays
s'embrase littéralement. Sous la pression, Alger annonce
la tenue d'élections libres et multipartites. Mais ces réformes
arrivent trop tard, et poussée à bout par des années
de chômage et de marasme économique, la population
se range massivement du côté des partis d'opposition,
désormais autorisés à participer aux élections.
C'est ici que les partis radicaux islamistes entrent en jeu.
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Reportage de l'émission
Le Point du 28 janvier 1991, sur la libéralisation
des médias algériens après les réformes
démocratiques de 1989 ainsi que leurs rapports avec
les islamistes. 
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Résistance du régime à
la démocratie
Lorsque vint le temps de réformer les institutions
et les pratiques politiques, après la promesse d'élections
libres et multipartites par le président Bendjedid, beaucoup
de militaires, de politiciens et de dignitaires, désormais
exposés aux critiques de l'opposition et aux questions de
la presse libre, constatent qu'en démocratie, ils auront
des comptes à rendre aux Algériens. Habitués
à gouverner seuls depuis des décennies, beaucoup de
dirigeants, soudainement inquiétés de perdre leurs
privilèges et leur influence, font littéralement obstruction
à la démocratie.
Montée en puissance de l'islamisme
Tirant
profit de la rancur des Algériens contre le pouvoir
militaire et des sérieux problèmes socioéconomiques
qui accablent la société algérienne, les islamistes,
le *FIS en tête, gagnent la
faveur d'une partie importante de l'électorat. En servant
aux Algériens un discours radical, revendicateur et populiste
qui séduit les masses avides de changement, les islamistes
assoient du même coup l'hégémonie de leur discours.
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Emblème du FIS
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Interprétant les écrits du Coran à
leur avantage, les islamistes s'érigent en réformateurs
et prônent la résolution de tous les problèmes
de l'Algérie par l'établissement d'un gouvernement
religieux, guidé par les préceptes de l'islam (la
charia). La doctrine coranique exprimant pour ces gens l'ultime
volonté de Dieu, ils entendent également, s'ils remportent
le pouvoir, ériger un régime théocratique semblable
à celui des Iraniens, niant toute démocratie ou laïcité
de l'État. Dès lors, un vote pour le FIS devient carrément
un vote pour l'abolition de la république algérienne.
Mais pour de nombreux Algériens, un vote pour le FIS, mouvement
d'opposition le plus radical, constitue aussi un vote sanction contre
le FLN et le pouvoir en général.
*(FIS : Front islamique du salut)
Quand la menace succède
aux promesses
Après avoir recueilli une majorité
importante de voix aux élections municipales de 1990, les
islamistes du FIS comprennent qu'ils ont toutes les chances de remporter
le pouvoir aux élections législatives de 1992. Une
véritable vague d'islamisme déferle alors sur le pays.
Rapidement, les arguments manquent, et c'est par la menace que les
islamistes entendent imposer leur doctrine. Partout, les préceptes
de l'islam radical sont imposés brutalement par les militants
du FIS, exaltés. Ceux qui questionnent trop ou qui résistent
sont malmenés, voire carrément éliminés.
Le désordre social s'installe dans le pays. Dans certains
endroits, on va même jusqu'à tuer ou violer les femmes
qui refusent de porter le voile.
Bien
que cette campagne de peur coûte plus d'un million de votes
aux islamistes, ils demeurent en avance, canalisant en leurs rangs
des décennies de colère et de dégoût
à l'endroit des gouvernements passés. Craignant l'arrivée
d'un gouvernement confessionnel à l'iranienne, l'armée
algérienne intervient, en janvier 1992, annulant les élections
et en déclarant littéralement la guerre aux islamistes.
« Durant toutes les années
de la guerre, les hommes politiques algériens se sont querellés
au sujet de l'attitude qu'il convenait d'adopter après la
victoire électorale promise au FIS au lendemain du premier
tour des élections législatives, en décembre
1991. Fallait-il laisser se poursuivre le vote et laisser le FIS
former un gouvernement, sachant que le véritable pouvoir
était encore détenu par un président de la
république non islamiste, ou fallait-il tout stopper et dissoudre
le FIS, comme cela s'est produit? »
Ihsane El-Kadi, Algéira
Interface, 1988-2002 : chronique d'une guerre sans fin.
Chômage, crise du logement et pauvreté
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Le président
Bendjedid lors des législatives de 1990.
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Bien que la tenue d'élections libres au début
des années 90 ait constitué une occasion importante
pour les Algériens d'exprimer leur mécontentement
face à la domination d'un gouvernement monolithique et corrompu,
on comprend mal comment des millions d'Algériens ont pu cautionner
une doctrine aussi radicale et dictatoriale que celle des islamistes
du FIS.
Pour mieux comprendre, il convient de se pencher
avant tout sur le contexte économique et social qui prévalait
dans le pays au moment de l'arrivée du FIS sur la scène
politique algérienne. À cette époque, et encore
aujourd'hui, la détérioration importante du climat
économique et social en Algérie constitue un terreau
particulièrement fertile au développement d'une pensée
radicale. Les classes moyennes étant littéralement
laminées, le chômage atteint des proportions endémiques
(25 %), les jeunes constituant la grande majorité des
chômeurs. Les pauvres sont encore plus pauvres, et une sévère
crise du logement met le moral des Algériens à rude
épreuve.
En
dépit des promesses de changement, le gouvernement du FLN
n'a jamais atteint ses objectifs et n'a jamais réussi à
faire progresser suffisamment la situation économique et
sociale dans le pays. Désillusionnés et en colère,
les Algériens tournent carrément le dos à leur
gouvernement. Non seulement une partie importante des Algériens
connaît la précarité, mais une grande partie
d'entre eux tient également le gouvernement du FLN comme
principal responsable de cette misère. Profitant des erreurs
du pouvoir et des crises économiques à répétition
qui affaiblissaient le pays, les islamistes ouvrent des marchés
alimentaires, des écoles religieuses, investissent les mosquées
et prodiguent à moindre prix services, nourriture et conseils
aux Algériens. Tout particulièrement aux jeunes, premières
victimes du chômage et du décrochage scolaire, en proie
au désespoir. Ainsi, lorsque les premières élections
libres sont arrivées, en 1989, la mouvance islamiste avait
déjà amassé un formidable capital politique
dans ce pays.
Qui sont les islamistes?
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