LA PRÉSIDENTIELLE DE 2004

 

 

Abdelaziz Bouteflika

Le 8 avril 2004, au terme d'une campagne électorale sans coup d'éclat, le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, a été réélu pour un second mandat, par une écrasante majorité. Très loin devant ses adversaires avec presque 85 % des voix, il n'aura fallu à Bouteflika qu'un seul tour de scrutin pour assurer sa réélection et entreprendre un nouveau passage de cinq ans à la tête du pays.

 

Bien que l'armée eût assuré aux Algériens qu'elle serait tout à fait neutre dans le processus électoral cette année, plusieurs adversaires du nouveau président, surpris d'un nombre aussi élevé de voix en sa faveur, émettent de sérieuses réserves quant à la légalité de ce scrutin. Une élection néanmoins validée dès le lendemain par le Conseil constitutionnel et le ministère de l'Intérieur, en dépit des hauts cris de l'opposition, qui allègue une fraude électorale généralisée.

 

 

Résultat de l'élection présidentielle de 2004
(en pourcentage de voix remportées)

  • Abdelaziz Bouteflika : 84,99 %
    (président sortant)

  • Ali Benflis : 6,42 %
    (Front de libération nationale FLN)

  • Abdallah Djaballah : 4,84 %
    (Al Islah)

  • Saïd Sadi : 1,93 %
    (Rassemblement pour la culture et la démocratie)

  • Louisa Hanoune : 1 %
    (Parti des travailleurs)

  • Ali Fawzi Rebaine : 0,63 %
    (Parti nationaliste)

 

 

Les enjeux de la nouvelle présidence

 

Lors de sa campagne électorale, Abdelaziz Bouteflika a mis un accent important sur les réalisations de son gouvernement, comme la diminution des actes terroristes, la croissance économique (entre autres grâce aux revenus pétroliers), la bonne performance du secteur de l'agriculture et l'image redorée de l'Algérie auprès de la communauté internationale.


Mais en dépit de ce bilan positif, l'Algérie reste aux prises avec de sérieux problèmes structuraux, comme une importante crise du logement, des coupures fréquentes d'eau et d'électricité ainsi qu'un système de santé et d'éducation à réformer en profondeur.

 

Cette détérioration des infrastructures, combinée au souvenir de la sanglante guerre civile des années 90, rend l'investissement privé et étranger relativement difficile dans le pays. Ce qui engendre beaucoup de chômage, de pauvreté ainsi qu'une corruption quasi endémique des services gouvernementaux. En un mot, Abdelaziz Bouteflika aura encore fort à faire pour rétablir la confiance des investisseurs étrangers, mais également celle de son propre peuple, désabusé par 30 années d'un régime militaire, qu'on sent toujours présent en dépit de l'ouverture démocratique du pays depuis le début des années 90.

 

Présidentielle 2004 : quelques chiffres

Électeurs inscrits : 18 millions

Taux de participation : 58,07 %

Plaintes pour fraudes et irrégularités : 192

Tours de scrutin : un seul, puisque Abdelaziz Bouteflika a récolté plus de 50 % des voix au premier tour. Autrement, un deuxième tour aurait été nécessaire.

 

 

Le contexte politique

 

Ali Benflis, candidat du FLN

Cette élection présidentielle s'est déroulée sur fond de division au sein du Front de libération nationale (FLN). Unique formation politique tolérée en Algérie pendant de nombreuses années, le FLN est bien implanté sur le terrain et dispose de puissantes assises électorales.

 

Mais l'émergence de deux candidats forts au FLN a profondément divisé le parti. D'un côté, les loyalistes, majoritaires, appuyaient Ali Benflis, secrétaire général du FLN; de l'autre, les dissidents, partisans du président Bouteflika, désavoué par la base de son parti au profit de Benflis. Depuis des mois, une véritable saga politico-juridique s'est jouée entre les deux clans. Parmi les épisodes marquants de cette lutte intestine, il y a eu, notamment, le limogeage du premier ministre Benflis et le gel des avoirs du FLN.

 

Abdallah Djaballah, chef du El Islah

Autre fait saillant de cette campagne : la « neutralité » de l'armée, annoncée publiquement à plusieurs reprises. À l'élection de 1999, les généraux, considérés comme les « faiseurs de roi », avaient fait d'Abdelaziz Bouteflika leur candidat, à un point tel que les autres candidats s'étaient tous désistés avant la tenue du scrutin. Or, certains observateurs de la scène politique affirment que, dans l'ensemble, la haute hiérarchie militaire ne le soutiendrait plus.

 

Enfin, la situation reste très tendue en Kabylie, en proie à des émeutes depuis 2001. Les conseils de tribus de cette région autonomiste ont d'ailleurs décidé de boycotter le scrutin.

 

Un scrutin transparent et démocratique?

Le fait qu'Abdelaziz Bouteflika ait obtenu pratiquement 85 % des voix au premier tour de cette élection présidentielle a soulevé beaucoup de questions au sein de l'opposition qui doute d'un tel appui populaire à l'ancien chef du FLN. Certains parlent de fraude généralisée. Toujours selon l'opposition, des magistrats auraient subi des pressions pour rendre des décisions judiciaires en faveur du camp Bouteflika. Le musellement et la mise à l'amende des médias indépendants par le gouvernement Bouteflika lors de sa campagne auraient également contribué à faire taire ces allégations de manoeuvres électorales.

L'égalité des chances et des moyens

De plus, Bouteflika aurait bénéficié d'une importante couverture de sa campagne par la télévision d'État, un avantage dont ne bénéficiaient curieusement pas ses adversaires sur les chaînes publiques.

 

Le Conseil constitutionnel, quant à lui, aurait rejeté certaines candidatures importantes, comme celle du populaire Ahmed Taleb Ibrahimi, ancien ministre des Affaires étrangères et chef du parti Wafa (non agréé), sans que les motifs de son exclusion n'aient été clairement exprimés. En tout, 192 plaintes pour fraude ou irrégularité ont été déposées devant les instances électorales du pays à la suite du scrutin présidentiel du 8 avril 2004.

 

 

Les candidats

 

Abdelaziz Bouteflika :
Président sortant, Abdelaziz Bouteflika a été élu en 1999, au terme d'une course où l'ensemble des candidats s'étaient désistés. Excellent orateur, il a également la réputation d'être très autoritaire. Il est devenu député à l'indépendance du pays avant de devenir, à 25 ans, le plus jeune ministre de l'histoire algérienne. Il a par la suite occupé le portefeuille des Affaires étrangères. Il a également participé au coup d'État orchestré par le colonel Houari Boumediène à l'endroit de Ahmed ben Bella, en 1965. À la mort de Boumediène, il a été contraint à l'exil jusqu'en 1987. Il est né en 1937.

Ali Benflis :
Ancien bras droit d'Abdelaziz Bouteflika au FLN, il est devenu son principal rival aux présidentielles. Il dit vouloir apporter à l'Algérie modernité, séparation des pouvoirs et bon fonctionnement des institutions. Il est secrétaire général du FLN, la première force politique du pays, depuis septembre 2001. Avocat réputé pour son intégrité, il a participé à la création de la Ligue algérienne des droits de l'homme, en 1987. À partir de l'année suivante, il a occupé divers ministères avant de démissionner, en 1991, pour protester contre la création de camps d'internement administratif. Directeur de campagne d'Abdelaziz Bouteflika en 1999, il a été son premier ministre d'août 2000 à mai 2003, date à laquelle il a été limogé. Issu d'une famille de militants nationalistes modeste, il est né en 1944.

Abdallah Djaballah :
Islamiste, il se dit proche du Front islamique du salut (FIS), un parti interdit et dissous. Après avoir fondé le parti Ennahda, en 1989, dont il a perdu le contrôle neuf ans plus tard, il a fondé le Mouvement de la réforme nationale (El-Islah). Cette formation est la troisième force politique du pays. Né en 1956, il a commencé très jeune à militer dans les mosquées.

Saïd Sadi :
Ce psychiatre, originaire de Kabylie, a fondé le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) en 1989. La répression des émeutes de Kabylie, en 2001, a motivé son parti à quitter le gouvernement. Il a connu l'emprisonnement, principalement au cours des années 80, en raison de son militantisme à l'époque où le FLN était le seul parti autorisé. Il a notamment été une des figures de proue du « Printemps berbère », le mouvement de revendication de la langue et de la culture berbères qui a suivi une dure répression dans les années 80. Il est né en 1947 dans un milieu pauvre.

Louisa Hanoune :
Reconnue pour son franc-parler, cette militante féministe à la tête d'une petite formation trotskiste est la première femme à se présenter à une élection présidentielle en Algérie. En 1980, elle s'est jointe à l'Organisation socialiste des travailleurs (OST), un mouvement alors clandestin. Elle a été incarcérée de 1983 à 1984. Elle était présidente de l'OST lorsque celui-ci est devenu le Parti des travailleurs. Elle a été élue députée en 1997. Elle est née en Kabylie, en 1954.

Ali Faouzi Rebaïane :
Inconnu de la population et du milieu politique, cet opticien était le candidat surprise. Il a été emprisonné dans les années 80 pour atteinte à la sécurité de l'État, puis a été libéré en 1987, avant la fin de sa peine, à la suite d'une grâce présidentielle. Après sa sortie de prison, il a présidé le Comité national contre la torture et les disparus. En 1991, il a créé le parti Ahd 54 (le Serment), un petit parti nationaliste. Il est né en 1955.



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