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Journaliste: Henri Gaucher
Il ne viendrait à l'idée de personne,
à Montréal, de passer la soirée avec des amis
sur un terre-plein, au milieu d'un rond-point ou entre les voies
d'une large avenue. À Ho Chi Minh-Ville, c'est dans ces endroits
que les jeunes couples ou les groupes d'amis se retrouvent la nuit
tombée. C'est bruyant, pollué et évidemment
peu confortable, mais c'est très vivant. C'est justement
ce que recherchent les habitants de Ho Chi Minh-Ville en général,
les jeunes en particulier. Les habitants de la mégalopole
du Sud, comme les journaux appellent Ho Chi Minh-Ville, aiment se
trouver au centre de l'action. L’espace public, ici, ce n'est
pas, comme à Montréal ou dans les grandes villes canadiennes,
un simple lieu de passage. C'est un lieu de vie, presque 24 heures
sur 24.

Jeunes ou vieux, les Vietnamiens jouent à la version
locale du aki: un volant de badminton monté sur un
ressort.
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Le trottoir est un véritable centre commercial à
ciel ouvert: vêtements, souliers, mais aussi rétroviseurs,
jouets ou même animaux... Vous pouvez tout y trouver. Évidemment,
ces étals sont aussi improvisés qu'illégaux.
De temps en temps, les vendeurs ramassent promptement leur marchandise
et détalent comme des lapins, à l'approche de la police.
Plus étonnant encore, le salon de coiffure en plein air.
Un miroir accroché à un mur d'enceinte ou simplement
suspendu à un grillage, et le tour est joué: vous
pouvez vous faire couper les cheveux aussi naturellement que dans
un véritable salon. Évidemment, il s'agit d’un
salon pour hommes, car il serait difficile d'installer le casque
pour les mises en plis au milieu du trottoir!
Lieu de vente, le trottoir est aussi un lieu de restauration.
Dès le matin, les Saigonais mangent une soupe de nouilles
(pho) assis sur une chaise
minuscule, au milieu du trottoir. À trois mètres de
la rue où défilent sans cesse des motocyclistes qui
vont au travail. Ces restaurants improvisés, que je baptise
restos-trottoirs, sont omniprésents à Ho Chi Minh-Ville.
Après dîner ou en soirée, on peut aussi siroter
une bière fraîche ou un thé glacé à
un café-trottoir, encore plus répandu que le resto-trottoir.
On les trouve partout. Le long des larges avenues ou des ruelles
les plus étroites, et même dans l'enceinte des pagodes
(temples bouddhistes). Les touristes se méfient de ces endroits.
Il est vrai que les normes sanitaires n'y sont sans doute pas des
plus rigoureuses. Mais pour celui qui veut sentir la vie au Vietnam,
c'est un incontournable.

Dès 5 h 30, les habitants de Ho Chi Minh-Ville
envahissent les parcs pour faire de la marche.
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S'il vous reste quelques réticences, il y a d'autres endroits
moins « risqués », mais tout aussi
vietnamiens, comme cette petite terrasse où une amie m'a
un jour invité. Quelques semaines plus tard, j'ai proposé
à un collègue d'y boire un café après
le dîner. Quelle ne fut pas ma surprise en constatant que
ma terrasse joliment aménagée était en réalité
un parc public que s'approprie, en fin d'après-midi, le café
voisin.
Naturellement, dans une ville comme Ho Chi Minh-Ville, où
les maisons avec jardin sont rares, le trottoir est aussi le terrain
de jeux des enfants. Filles et garçons jouent ensemble aux
billes ou à la balle dans une totale indifférence
aux motos ou aux voitures qui, souvent, dans les rues étroites,
passent à moins d'un mètre d'eux. Les trottoirs plus
vastes sont transformés en terrain de football, où
les joueurs ne craignent pas d'envoyer le ballon hors des limites
du terrain, c'est-à-dire sur la chaussée!
Évidemment, beaucoup préfèrent la sécurité
d'un parc public pour faire du sport. Dès 5 h 30,
les parcs sont envahis par des marcheurs, des joggeurs ou autres
joueurs de badminton, sans oublier les adeptes du tai-chi. De même,
après le bureau, vers 17 h, on se retrouve pour faire
un peu d'exercice, souvent en famille. Loin d'être un lieu
paisible, le parc, à ces moments-là, est une ruche
très animée où l'on doit se frayer un chemin.
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Rendez-vous amoureux au rond-point
La nuit venue, comme il est impossible, au Vietnam,
de recevoir sa blonde ou son chum chez ses parents, les jeunes
couples se rencontrent en ville, le long des avenues ou au milieu
d'un rond-point. On peut en voir des dizaines, juchés sur
une moto, qui s'échangent des mots doux, ignorant totalement
le chaos de la circulation. Ou peut-être appréciant
ce chaos. Car la circulation frénétique, loin d'être
vue comme un fléau, est considérée par les
jeunes comme un divertissement. Et il n'est d'ailleurs pas rare
que, le samedi soir, on se retrouve entre amis, tout simplement
pour faire un tour de la ville à moto.
Si les jeunes sortent, les parents qui restent à
la maison ont également besoin de sentir cette activité
extérieure. La porte d'entrée, qui donne en général
sur le salon, est toujours grande ouverte. Car tout en regardant
la télévision, on aime bien observer ce qui se passe
à l'extérieur. C'est peut-être parce que les
gens de Ho Chi Minh-Ville ont toujours l'impression de partager
chaque instant de leur vie avec les autres que les relations entre
eux sont si familiales et sans artifice.
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