La
Tchétchénie, terre de résistance

Les
objectifs potentiels de la Russie
Maintenir
l'ordre social et lutter contre le terrorisme
C'est
l'enjeu officiel de ce conflit. Aux yeux de sa population, la Russie
légitime ainsi son intervention musclée en Tchétchénie. Malgré l'absence
de preuves, le Kremlin attribue très vite aux « terroristes »
tchétchènes les attentats meurtriers qui secouent Moscou à l'été
1999. Mais certains, comme le général russe Alexandre Lebed, soupçonnent
le Kremlin d'avoir orchestré les attentats. Le 23 septembre,
la police trouve des explosifs déposés par les services secrets
russes dans un immeuble, à Riazan. Le chef du FSB (ex-KGB) se défend
en parlant « d'exercices pour tester la préparation des
forces de l'ordre ». Le président intérimaire, Vladimir
Poutine, soutient également qu'il entend restaurer l'ordre
constitutionnel en Tchétchénie, en proie à des enlèvements et à
des trafics de toutes sortes depuis l'effondrement de l'URSS. La
mafia de Moscou n'a pourtant rien à envier à celle
de Groznyï.
L'enjeu
pétrolier
Les
visées de l'Iran et de la Turquie sur le transport de l'or noir
et les investissements américains dans la construction d'oléoducs
menacent de plus en plus l'hégémonie de Moscou sur le transport
des hydrocarbures de la mer Caspienne vers les marchés étrangers.
Jusqu'en juin 1999, une partie importante du pétrole d'Azerbaïdjan
passait par un corridor traversant l'Azerbaïdjan, la Tchétchénie
et la Russie, mais la portion située dans la capitale tchétchène
faisait l'objet de sabotages fréquents et de prélèvements illégaux.
La Russie fait alors transiter le pétrole par train par le Daguestan,
et projette même d'y construire un oléoduc. Mais l'insurrection
islamiste dans cette petite république, en août 1999, contrecarre
les plans de Moscou.
Souder le peuple russe et faire oublier
les problèmes internes
Le
conflit en Tchétchénie a détourné l'attention de divers problèmes
internes. D'une part, les Russes vivent moins bien maintenant que
sous le régime communiste. En dix ans, leur niveau de vie
s'est effondré de moitié, tandis qu'un groupe proche du pouvoir
a réussi à s'enrichir. Puis, la guerre est déclenchée
au moment où Boris
Eltsine, soupçonné de corruption, était aux prises avec un scandale
financier. Avant le déclenchement des hostilités, sa cote de
popularité était en chute libre.
Mettre
en échec l'influence musulmane dans la région
Les
intégristes musulmans exercent un pouvoir grandissant dans le Caucase.
L'invasion du Daguestan par les wahhabites, qui appellent à la guerre
sainte, aurait pu élargir leur sphère d'influence. Par son
intervention rapide, Moscou entend continuer d'exercer son contrôle
sur la région, mais la politique du Kremlin risque plutôt de favoriser
l'essor du fondamentalisme.
Dissuader
les autres républiques qui voudraient se séparer
Si,
lors de l'effondrement de l'empire soviétique, les 15 républiques
fédérées obtiennent leur indépendance,
ce n'est pas le cas des républiques dites autonomes au sein
de ces républiques. Plusieurs parmi celles-ci sont maintenant
confrontées au désir sécessionniste d'une partie
de leur population. C'est le cas des républiques russes d'Ingouchie
et du Tatarstan. Moscou rejette toute négociation avec les Tchétchènes,
de crainte que leur indépendance ne serve d'exemple.
Les
bombardements comme arme électorale
À
l'été, la coalition qui unit le maire de Moscou, Iouri Loujkov,
et l'ancien premier ministre, Evgueni Primakov, est en tête des
sondages. Mais la campagne de Tchétchénie permet au dauphin de Boris
Eltsine, Vladimir
Poutine, de devenir, en quelques mois, l'homme politique le
plus populaire du pays, lui qui était presque inconnu. Le
peuple russe se rallie derrière son nouveau leader, qui redonne
aux Russes la perspective d'une armée puissante. Poutine, qui s'affirme
face aux Américains, profite également du courant occidental suscité
par le krach économique d'août 1998 et les bombardements
de l'OTAN en Yougoslavie. Quoique timides, les réprimandes des pays
occidentaux face à la campagne militaire de Moscou ne font qu'alimenter
le ressentiment.
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Dernière
mise à jour : mars 2001
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