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LUCIEN BOUCHARD
- Allié à la coalition du oui, le chef bloquiste Lucien Bouchard n’en est pas à sa première expérience référendaire. Il a vécu le référendum de 1980, dans lequel il a milité activement dans le camp du oui.
- Lors de la campagne référendaire de 1995, il est perçu comme le principal porte-parole du oui, voire comme un personnage-clé de la campagne.
- Orateur né, il est aimé des Québécois pour sa prestance, son charisme et sa droiture. Ses nombreuses expériences au sein des systèmes canadien et québécois révèlent qu’il est un excellent négociateur.
Le Québec comme société distincte
Depuis toujours, Lucien Bouchard revendique le statut du Québec comme société distincte, et prône un partenariat économique avec le reste du Canada. Or, ce souhait est vain. De l’accord du lac Meech à l’entente de Charlottetown, Bouchard a vécu l’amertume et la déception.
Il est surtout un ancien fédéraliste déçu par l’accord du lac Meech, dont il fut le principal promoteur. Lorsque l’accord est rejeté, en 1990, il abandonne le fédéralisme canadien. Il fonde par la suite le Bloc québécois, dont la mission sera de défendre les intérêts du Québec à Ottawa, plus précisément de sortir le Québec de la Confédération.
- Bien qu’il croit fermement au principe de société distincte, Lucien Bouchard est un modéré: il n’est pas un souverainiste pur et dur comme l’est Jacques Parizeau. Il croit en l’indépendance du Québec, mais est instinctif. Il ne veut pas revivre la déroute de 1980. Contrairement à Parizeau, il ne veut pas la souveraineté à tout prix.
« Ne ratons pas notre coup. Il faut miser sur la campagne référendaire qui vient. C’est celle-là qu’il faut rapporter, c’est celle-là qui était "la prochaine", évoquée par René Lévesque, le soir de l’échec du 20 mai. » - Lucien Bouchard, septembre 1994
- À maintes reprises, Lucien Bouchard demande à Jacques Parizeau d’offrir un partenariat au Canada et de tenir deux référendums avant de faire la souveraineté. Bref, la démarche de 1980. Jacques Parizeau refuse. Lui qui mène son combat depuis un quart de siècle, il ne voit pas en quoi, maintenant, il devrait reculer.
« En politique, on travaille avec une matière première, qui est la volonté politique et l’opinion publique. On ne peut pas changer, on ne peut pas empêcher les gens d’avoir des appréhensions puis des perceptions, mais on peut les canaliser, par exemple, dans les sens d’un projet qui va faire avancer les choses. » – Lucien Bouchard
- La rivalité entre les deux hommes atteint son sommet en avril 1995, lorsque Lucien Bouchard attaque à mots couverts la démarche de Jacques Parizeau. Le combat des chefs est engagé.
« Le projet souverainiste doit prendre rapidement un virage qui le rapproche davantage des Québécois et Québécoises et qui ouvre une voie d’avenir crédible à de nouveaux rapports Québec-Canada, répondant ainsi à leurs légitimes préoccupations. » - Lucien Bouchard
La « bouchardmania »
Reconnu pour son éloquence et son charisme, le chef bloquiste devient de plus en plus populaire. Le 7 octobre 1995, alors que la campagne du oui bat de l’aile, Jacques Parizeau choisit l’audace en le désignant négociateur en chef des Québécois au lendemain d’un Québec souverain. Dans les faits, Bouchard prend l’avant-scène et devient, dès lors, le leader de la campagne souverainiste. Cette nouvelle fait d’ailleurs immédiatement monter le ton de la campagne.
Le rôle accru de Lucien Bouchard dans la campagne obligera les tenants du non à rajuster leur stratégie: repousser les arguments de leurs adversaires, tout en évitant de s’en prendre au politicien le plus populaire du Québec…
« Ils essaient de transformer un référendum sur l’avenir du Québec en concours de popularité. C’est une autre astuce et une autre diversion. L’enjeu de fond, c’est la séparation. Nous sommes en référendum, pas en élections. Il n’y a aucun portrait sur les poteaux de téléphone. » - Daniel Johnson, en tournée à Sept-Îles, La Presse, 10 octobre 1995
« Je m’en souviens, il y a des gens qui lui demandaient presque de bénir le drapeau du Québec! Alors, c’était un peu inusité. J’en avais fait beaucoup de la politique, mais des situations comme celle-là, je n’en n’avais jamais vu. » - Jean Chrétien (2005)
« Il est évident qu’ils sont en train de mettre de côté Jacques Parizeau, mais je pense que personne ne devrait oublier que s’il devait y avoir une victoire du oui au référendum, c’est M. Parizeau qui serait le premier ministre du Québec. Lucien Bouchard n’aurait aucun statut pour négocier. » - Paul Martin, alors ministre des Finances (octobre 1995)
- Devant 10 000 militants souverainistes réunis pour une dernière fois avant le jour du vote, le 25 octobre, Lucien Bouchard déclare: « Le lendemain du 30 octobre, quand nous nous réveillerons, nous serons un peuple, et nous aurons donné à M. Parizeau et à son gouvernement le mandat de réaliser la souveraineté de notre pays, le Québec. »
« Seule émerge la nécessité de garder confiance en notre avenir. Le non l’emporte, toutefois, le problème canadien reste entier, il se pose même ce soir de façon exacerbée. Si les fédéralistes d’Ottawa ne se rendent pas compte que le régime fédéral canadien n’a jamais été aussi fragile que ce soir, ils n’ont rien compris à ce qui vient de se passer. […] Disons-leur, mes amis, qu’ils n’ont pas, comme ils espéraient, déraciné le projet souverainiste. L’idée habite encore trop de Québécoises et de Québécois pour s’éteindre maintenant. Bien au contraire, elle est plus vivante que jamais […] Gardons l’espoir, car la prochaine fois sera la bonne. Et elle pourrait venir cette prochaine fois plus rapidement qu ’on le pense. » - Lucien Bouchard, discours de défaite, 30 octobre 1995
- Le 27 janvier 1995, Lucien Bouchard devient le quatrième chef du Parti québécois. Il est assermenté premier ministre du Québec deux jours plus tard. Dès son entrée en fonction, il affirme que les Québécois ne veulent pas entendre parler du discours référendaire, du moins, pour un certain temps.
- Il entame, comme premier ministre du Québec, la course au déficit zéro. Autre dossier chaud: la controversée loi sur les fusions municipales, qui sera adoptée par l’Assemblée nationale en décembre 2000.
- Lucien Bouchard annonce sa démission le 11 janvier 2001. Il estime avoir échoué dans la cause indépendantiste et désire consacrer davantage de temps à sa famille. Depuis, il invoque son droit de réserve et s’abstient de tout commentaire politique. Il n’a d’ailleurs pas participé au documentaire « Point de rupture ». Depuis avril 2001, il pratique le droit au sein d’un cabinet montréalais et siège à divers conseils d’administration.
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