Le dilemme de Jean Chrétien
Bien que Jean Chrétien accepte de participer à la campagne référendaire, il n’est pas question pour lui de s’engager à reconnaître la victoire du oui, quel que soit le résultat, serré ou pas. Or, le chef du parti réformiste, Preston Manning, est un Canadien qui n’accepte pas de se taire. Il veut que Jean Chrétien affirme que la question référendaire décidera du sort du Canada.
Le 19 septembre 1995, lors d’un vif débat aux Communes, Manning exige que Jean Chrétien s’engage à reconnaître qu’un oui veut dire que le Québec se sépare du Canada, et surtout, qu’un vote de 50 % plus 1 est suffisant pour décider de l’enjeu.
Évoquant l’ambiguïté de la question, Jean Chrétien refuse. Le premier ministre accuse d’ailleurs Manning de collaborer avec les souverainistes à détruire le Canada en acceptant la légitimité d’une telle question et d’une majorité d’un seul vote.
« Il considérait que la question n’était pas légitime. Alors, nous lui avons demandé: "Que serait pour vous, une question légitime?" Il a commencé à mettre en doute qu’un vote de 50 % serait suffisant. Si ce n’est pas suffisant, combien faudrait-il? Si le gouvernement a une opinion là-dessus, pourquoi ne pas l’exprimer dans une loi? […] Non seulement il résistait, mais quiconque soulevait la question était presque accusé de trahison. » - Preston Manning, chef du Parti réformiste (1995)
« Soyez donc honnêtes. Dites donc aux Québécois, comme vous avez dit aux Américains, “nous sommes des séparatistes”, puis vous allez en manger une belle. »
- Jean Chrétien, premier ministre du Canada et chef du Parti libéral
Jean Chrétien est pris dans l’engrenage d’une démarche dictée par Jacques Parizeau, mais il s’en soucie peu pour l’instant. Il est convaincu que les fédéralistes l’emporteront facilement. Aussi facilement qu’en 1980, où ils avaient obtenu 60 % des voix.
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