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Les OGM
une révolution génétique au menu

Royaume-Uni : semeur de troubles

L'étude du biochimiste Arpad Pusztai, du Rowett Research Institute, est la première à démontrer les effets toxiques d'OGM. Au cours de son expérience, six rats ont consommé des pommes de terre génétiquement modifiées pour produire une protéine qui augmente la résistance aux insectes et aux vers, six autres rats se sont fait injecter la protéine en question, et six autres ont mangé des pommes de terre ordinaires. Ayant observé chez les rongeurs qui ont consommé des pommes de terre transgéniques une baisse des défenses immunitaires et diverses anomalies des organes, le scientifique s'interroge sur l'impact possible d'une telle consommation chez l'humain. En février 1999, ses résultats font la manchette du quotidien britannique The Guardian, et alarment la population. Bien vite, le laboratoire congédie celui par qui le scandale est arrivé. Peu après, les médias apprennent que l'institut a reçu une subvention de Monsanto.

Les scientifiques échouent à rassurer l'opinion publique. Il faut dire que l'affaire de la vache folle, au Royaume-Uni, mais également celles du poulet contaminé à la dioxyne en Belgique, du sang contaminé en France et de l'hormone de croissance bovine, ont éclaboussé leur crédibilité, puisque, là aussi, ils avaient affirmé l'absence de danger.

Quelques mois plus tard, la revue scientifique The Lancet publie la recherche controversée, même si son comité de sélection condamne ses failles méthodologiques. On reproche notamment au chercheur d'avoir utilisé une autre sorte de pomme de terre que celle mentionnée dans l'étude. Récemment, le Dr Pusztai a lui-même admis avoir extrapolé les résultats.

Mais le mal est fait, et dès mars 1999, le gouvernement britannique rend obligatoire l'étiquetage des produits contenant des OGM : tout commerce (épicerie, restaurant, café, etc.) qui vend des produits faits à partir d'OGM sans l'indiquer au consommateur est passible d'amendes pouvant atteindre 8000 $. Rapidement, il interdit également la culture des OGM au pays pour une période de trois ans. Le tollé envers les produits génétiquement modifiés s'étend aux autres pays d'Europe.

En mai, pour éviter le boycottage des consommateurs, diverses chaînes européennes de supermarchés et trois multinationales annoncent leur intention de vendre des produits sans OGM. Certains fabricants, comme Nestlé et Danone, s'engagent même à ne pas utiliser d'OGM. Le mouvement d'opposition s'étend peu à peu à l'Australie, à la Corée, au Japon, au Mexique et à la Nouvelle-Zélande.

Certaines compagnies américaines se laissent elles aussi gagner par la vague anti-OGM. Gerber (aliments pour nourrissons), Heinz (aliments pour nourrissons, ketchup, etc.) et Iams (nourriture pour animaux), entre autres, décident de ne pas utiliser de produits génétiquement modifiés.


En avril 2000, la politique d'étiquetage obligatoire pour les produits composés d'au moins 1 % d' OGM entre en vigueur dans les pays de l'Union européenne. Mais les puristes, défenseurs d'une « tolérance zéro 
», réclament un étiquetage pour tous les produits génétiquement modifiés.

Cette mesure est pourtant nettement plus sévère que ce qui se fait outre-Atlantique, où aucun étiquetage n'est obligatoire. Il faut dire que l'opposition des écologistes européens est plus structurée et beaucoup plus agressive qu'ici. Là-bas, les cultures transgéniques sont littéralement devenues leur champ de bataille, puisque les opposants aux OGM ne se gênent pas pour faucher ce type de culture.

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Dernière mise à jour le 13 avril 2000