L'encre n'a certainement pas fini de couler à propos des
OGM, arrivés discrètement mais rapidement sur le marché
sans qu'il n'y ait eu d'études sur leurs effets à
long terme. Si rien ne prouve qu'ils constituent un réel
danger, rien ne prouve non plus leur innocuité. Dans les
années à venir, les études se multiplieront;
les unes concluront sans doute à leurs bienfaits tandis que
les autres mettront au jour leurs méfaits. En attendant les
certitudes, certains n'hésitent pas à voir les consommateurs
comme des cobayes. Si les chercheurs nous promettent dans un avenir
rapproché des aliments à saveur améliorée,
à qualité nutritive supérieure et moins chers,
pour le moment, ce sont les industriels et les agriculteurs qui
y trouvent leur compte. La vague de protestation qui déferle
sur l'Europe a cependant fait chuter les exportations d'OGM. Certains
agriculteurs « traditionnels », qui craignent
une contamination de leurs produits par les cultures transgéniques
et le boycottage qui risque de s'ensuivre, songent déjà
à intenter des poursuites contre les fermiers qui cultivent
des OGM. Peut-on envisager demain trois types de végétaux :
les produits « classiques » nourris aux produits
chimiques, les organismes génétiquement modifiés
et les aliments biologiques? Quel destin réserverons-nous
aux OGM? Et, surtout, qui décidera de leur sort : les
gouvernements, les géants de l'industrie ou les consommateurs?

La société qui approvisionne la cantine de la filiale
britannique de la multinationale Monsanto a annoncé en décembre
1999 qu'elle bannissait les OGM de ses plats, dans la mesure du
possible. Plutôt ironique, vu que Monsanto s'est fait le champion
des aliments transgéniques...
Au Royaume-Uni,
l'opinion publique a même eu raison de la tomate génétiquement
modifiée de la compagnie Zeneca, qui s'était pourtant
approprié une importante part de marché dans les trois
années précédant le déclenchement de
toute cette polémique. L'étiquette affichait fièrement
les lettres OGM.

Agriculteur
biologique convaincu, le prince Charles lui-même s'en mêle
et critique les multinationales qui produisent des végétaux
transgéniques.
Il
y a dix ans, la compagnie japonaise Showa Denko avait mis sur le
marché sa version du L-tryptophane, un acide aminé
en vente libre destiné à combattre l'insomnie, les
douleurs prémenstruelles et la fièvre des foins. En
un an, 35 consommateurs sont morts, et 1500 sont restés
lourdement handicapés. La compagnie était la seule
à fabriquer ce supplément alimentaire à partir
d'un gène de bactérie modifié. La preuve n'a
pas été faite que c'est l'OGM en question qui a eu
un impact sur la santé des gens, mais aucune des autres entreprises
fabriquant du L-tryptophane n'a recensé de problèmes.

Une étude contestée : l'expérience
qui a alimenté les arguments des écologistes présentait
pourtant d'importantes lacunes. Le comité d'experts de la
revue scientifique The Lancet reprochait notamment aux
auteurs de l'étude d'avoir utilisé un type de pomme
de terre différent de celui cité dans la recherche,
et de ne pas avoir soumis leurs conclusions à d'autres scientifiques.

Une
étude sur une variété de colza modifié
menée au Royaume-Uni et en Autriche par des chercheurs pour
le compte des Amis
de la Terre a
conclu que ces plantes pouvaient transmettre leurs gènes
à des espèces sauvages voisines. Sur six échantillons
de cultures où le pollen avait été transporté
par le vent sur une distance d'environ 450 km, deux révélaient
la présence du gène introduit. Dans le cas de l'étude
menée sur la dissémination par les abeilles, sur
une distance de 4,5 km, les six échantillons
prélevés révélaient la présence
du gène.

Deux
saumons Coho de deux ans : celui ayant subi des modifications
génétiques arrive à sa taille adulte en deux
ans
plutôt qu'en quatre ou cinq ans.

Certains
chercheurs doutent que les résultats de l'étude menée
en laboratoire, qui a conclu aux effets toxiques du maïs BT
sur la chenille du papillon monarque, soient transposables dans
des conditions naturelles. Mais ces conclusions préoccupent
d'autres scientifiques.
Les
multinationales soutiennent qu'elles détiennent la clé
pour régler la famine dans le monde, une affirmation réfutée
par les opposants des OGM, qui les accusent d'hypocrisie puisque,
pour l'instant, ces entreprises produisent surtout des aliments
de luxe destinés aux consommateurs occidentaux.
À leurs yeux, la famine est davantage un problème
de distribution équitable que de production.