Sommet de Montréal
Au
départ, les positions du Groupe de Miami et celles de la
majorité des pays semblent irréconciliables. L'Union
européenne et les pays en développement veulent obtenir
une entente qui régirait de façon stricte les produits
génétiquement modifiés, tandis que les pays
du Groupe de Miami souhaitent plutôt des contraintes minimales
pour ne pas nuire à leurs exportations. Pendant que les représentants
des 139 pays discutent de biosécurité, les opposants
manifestent dans diverses villes canadiennes. Au terme de cette
rencontre de trois jours, les délégués finissent
par adopter le protocole sur la biosécurité, qui réglemente
le commerce des OGM. Ce sommet fait suite à celui tenu en
février 1999 à Carthagène, en Colombie, qui
s'était soldé par un échec parce que les pays
exportateurs d'OGM refusaient l'étiquetage de ces produits.
Les discussions sur la biosécurité avaient débuté
en 1996 sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies.
Si les discussions ont nettement progressé, il reste néanmoins
aux États à ratifier l'accord.
Principe
de précaution
En
vertu de ce principe, les pays pourront refuser d'importer des OGM
en cas de doute sur leur innocuité pour la santé et
l'environnement, même en l'absence de preuves scientifiques.
L'accord vise autant les OGM qui sont implantés directement
dans un écosystème (semences, arbres et poissons d'élevage,
par exemple) que les matières premières. Mais les
pays qui interdisent les OGM sur leur territoire devront justifier
leur décision auprès d'un bureau central. Les exportateurs
exigeaient plutôt des preuves scientifiques solides, et non
seulement un doute. Les pays en développement ont en outre
réussi à faire inclure dans l'accord qu'un
pays importateur puisse invoquer des impacts socioéconomiques
pour refuser l'importation d'un produit.
Étiquetage
Les pays exportateurs voulaient que l'étiquetage ne touche
que les semences, sous prétexte qu'il est impossible d'étiqueter
les produits de base parce qu'ils sont mélangés à
ceux qui ne sont pas transgéniques au cours du transport.
Les autres désiraient pour leur part donner à l'entente
une portée beaucoup plus large, touchant non seulement les
semences, mais également ce qui constitue l'essentiel des
exportations, comme les matières premières, les produits
destinés à la consommation animale ou humaine, ainsi
que les produits industriels.
Les
semences devront être identifiées. Mais les Canadiens
et les Américains ont réussi à faire reporter
de deux ans la décision sur les matières premières,
jusqu'à ce qu'on adopte une procédure sur leur transport,
leur emballage et leur étiquetage. En attendant, ces produits
alimentaires devront porter la mention « pourrait contenir
des OGM ». Sur
son territoire, chaque pays fera ce qu'il veut quant à l'utilisation
des OGM et des produits dérivés, comme l'étiquetage
obligatoire des produits.
Le
rôle de l'Organisation mondiale du commerce
Lors
du Sommet de l'Organisation
mondiale du commerce tenu à Seattle, aux États-Unis,
en décembre 1999, l'Union européenne a démontré
qu'elle n'entendait pas lui soumettre le dossier des OGM. Les pays
exportateurs désiraient pour leur part accorder la primauté
à l'organisation. Or, le préambule du protocole sur
la biosécurité le met à égalité
avec les règles de l'OMC. Il
n'est donc pas déterminé si l'organisation sera en
mesure de juger une mésentente entre un pays qui refuserait
d'importer des OGM et un pays exportateur.