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L'image a de quoi surprendre. Fer
à souder en main, la chevelure cachée sous un voile,
Fama Diouf a renié l'élégance caractéristique
des femmes de son pays, troquant le boubou traditionnel ou le jean
moulant pour une tenue de travail « masculine ».
Au milieu de la poussière, avec comme fond sonore le bruit
des chalumeaux, sept jeunes de Saint-Louis suivent une formation
en construction métallique. Quatre filles et trois garçons,
qui espèrent ainsi défier un taux de chômage
frisant les 50 % et un seuil de pauvreté sous lequel
vit 54 % de la population. Pendant 14 mois, ils apprendront
à fabriquer de la machinerie agricole et des meubles :
sofas, bases de chaise et têtes de lit.
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« J'ai vu des hommes faire ça: c'est ce que je veux
faire pour vivre », dit Fama, 17 ans, un large sourire
aux lèvres. De son côté, Abibou Niang, âgé
de « 16 ou 17 ans », a opté pour la
construction métallique à cause de l'aspect créatif.
« Il y a beaucoup de débouchés aussi »,
reconnaît-il. Comme 145 autres apprentis répartis
dans 24 ateliers, ils participent au Projet d’appui à
la formation professionnelle des néo-alphabétisés
(PAFPNA), mis sur pied par la Fondation Paul Gérin-Lajoie
et subventionné par l'Agence canadienne de développement
international (ACDI).
D'autres adolescents des régions de Saint-Louis et de Louga
apprennent plutôt à réparer des moteurs simples
(machinerie agricole, mobylettes, hors-bord des pirogues), à
transformer les produits agricoles, à réparer les
appareils de réfrigération domestiques (réfrigérateurs,
petits climatiseurs), à jumeler teinture batik et couture
ou à intégrer les activités d'élevage
et d'agriculture, habituellement distinctes.
Des jeunes laissés en marge du système
Le système d'enseignement formel offre aussi ce type de
formation, mais, pour s'y inscrire, il faut maîtriser le français.
« Certains jeunes ont échoué à l'école
ou sont alphabétisés depuis peu, mais sont doués
de leurs mains. Si on ne leur donne pas la chance de développer
ces compétences, ils n'ont rien », souligne Atoumane
Fall, coordonnateur du PAFPNA.
En fait, 70 % des artisans apprennent leur métier sur
le terrain, à l'extérieur des écoles professionnelles,
évalue M. Fall. « La formation qu'ils reçoivent
manque cependant de structure et d'organisation », déplore-t-il.
Il trouve donc essentiel que le secteur de l'éducation,
par l'entremise des organisations non gouvernementales (ONG), s’implique.
Par exemple, la sécurité est trop souvent négligée.
« On s'est rendu compte que pratiquement aucune entreprise
ne respectait les normes de sécurité. On a dit aux
artisans qu'on a retenus: « Avec nos gosses, il faut
que ça change ». La Fondation, qui a fourni lunettes,
gants, casques et chaussures de sécurité, doit cependant
rester vigilante pour que soient respectées les consignes
de sécurité: certains négligent de prendre
des précautions, préférant s'en remettre à
Dieu. « Inch’Allah », entend-on souvent
ici.
Briser les tabous

Oumar Fall (troisième à partir de la gauche),
entouré de certains de ses artisans et apprentis |
Propriétaire d'un commerce de construction métallique
depuis 1999, Oumar Fall emploie huit ouvriers. Lorsqu'on l'a approché
pour le PAFPNA, il a dit oui. « Je vois des jeunes dans
la rue qui mendient, volent, ne font rien. Je voulais aider. »
Quand il a su qu'il y aurait des filles, il est toutefois resté
sceptique. « Leur façon d'apprendre est différente,
souligne-t-il en riant. Mais je pense qu'avec le temps, ça
ira. Ce sont des braves. »
Dans un pays où les stéréotypes restent solidement
ancrés, les jeunes apprenties devront affronter les préjugés.
« Partout où on va, pour acheter des pièces,
par exemple, on les regarde », glisse le maître
artisan. Déterminée à terminer sa formation,
Fama soutient que l'attitude des gens la motive à continuer.
Sur l'ensemble des apprentis du programme, quelque 75 % sont
des femmes. Une réalité compréhensible: elles
sont la principale cible des programmes d’alphabétisation
offerts par les organisations non gouvernementales, l'étape
précédant la formation professionnelle offerte par
les ONG. « Ce qui étonne, c'est qu'elles sont
majoritaires dans les domaines traditionnellement masculins »,
constate Atoumane Fall.
Et après?
À la Fondation Paul Gérin-Lajoie, on dit avoir confiance
en l'avenir des jeunes du PAFPNA. « On leur ouvre de nouvelles
perspectives. S'ils réussissent, ils pourront s'intégrer
à la vie de leur village et participer au développement
économique de leur région », espère
M. Fall. L'ACDI refuse de prendre en charge ce volet parce
qu'il s'agit d'un projet d'éducation et non d'insertion professionnelle.
« Mais, pour nous, c'est une question capitale, poursuit
M. Fall. Une personne va voir avec chaque apprenant comment
l'aider à réaliser son projet, puis va rencontrer
des agences de crédit », promet-il. Comme le PAFPNA
est un projet pilote, l'entrée sur le marché du travail
de Fama, d'Abibou et des autres apprentis sera déterminante.
L'espoir nourri par des jeunes, la volonté de leurs responsables,
brandis comme des armes contre un sous-développement et une
pauvreté qui ont élu domicile dans de trop nombreux
endroits du pays. Des outils pour un avenir meilleur.
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