Il affirme que le gouvernement Sharon est en train de transformer les villes et villages palestiniens en cages, comme un grand zoo avec un gardien israélien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Palestiniens ont adapté le vieil adage : « Les bonnes clôtures font les bons voisins ». Ils disent plutôt : « Les mauvaises clôtures font les mauvais voisins ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’inquiétude est grande chez les Palestiniens. La loi ottomane est toujours en vigueur pour eux. Si une terre n’est pas cultivée pendant 3 ans, elle revient à l’État.

 


:: HUGUES POULIN  ::
Plus qu’une chicane de clôture

Comment croire qu’en 2003, une clôture parfois semblable au mur de Berlin est en voie de construction pour diviser deux peuples? Au départ, l’ouvrage fait partie des représailles israéliennes aux attentats suicides des mouvements radicaux palestiniens. L’objectif : séparer Israël de la Cisjordanie pour empêcher les infiltrations de kamikazes. Après plus de 800 morts israéliens en trois ans, l’opinion publique soutient majoritairement le gouvernement d’Ariel Sharon dans ce projet. Le correspondant de la radio de Radio-Canada à Jérusalem, Hugues Poulin, nous décrit l’impact de l’apparition de cet ouvrage controversé dans un paysage déjà pourtant fort complexe.

Jérusalem, le 17 octobre 2003 - Commencé au printemps 2002, le mur devait suivre à peu près la ligne verte, c’est-à-dire la « frontière » d’avant la guerre des Six Jours de1967. Israël avait alors conquis la Bande de Gaza, Jérusalem-Est et la Cisjordanie, jusqu’au Jourdain et la mer Morte.

Très rapidement, on a constaté que le tracé pénétrait parfois profondément de 5 ou 6 kilomètres sur des terres palestiniennes de Cisjordanie. Bon nombre de ces crochets ont permis d’intégrer des colonies juives de peuplement du côté israélien de la barrière. Du coup, des villageois palestiniens furent incapables de se rendre cultiver leurs terres, parmi les plus fertiles de la région ou d’avoir accès à leurs puits, dans un pays ou l’eau vaut de l’or.

De l'autre côté du mur

 Bassem Hadari

À Jayyous, un village de 3000 habitants près de Kalkiliya, les trois quarts des meilleures terres et sept puits se retrouvent de l’autre côté du mur. C’était le principal gagne-pain de 400 familles. Bassem Hadari, père de 3 enfants, possède des centaines d’oliviers sur la terre familiale ancestrale. Aujourd’hui, ils sont de l’autre côté de la barrière. En désespoir de cause, juste avant l’érection de la clôture, Bassem a déraciné une quinzaine d’arbres centenaires. Il les a replantés autour de sa maison en espérant qu’ils continuent à produire des olives.

L’inquiétude est grande chez les Palestiniens. La loi ottomane est toujours en vigueur pour eux. Si une terre n’est pas cultivée pendant 3 ans, elle revient à l’État.

Israël a aussi érigé ici et là des portes pour franchir la barrière de sécurité, mais leur ouverture est aléatoire, selon le bon vouloir de l’armée israélienne. Parfois la barrière de sécurité est une haute clôture barbelée et électrifiée. On retrouve des caméras, des senseurs électriques, des tours de guet et des tranchées pour interdire son accès. Une route réservée aux patrouilles israéliennes longe l’ouvrage.

 

Mais parfois, il s’agit d’un mur en béton. Kalkiliya, une ville palestinienne de 40 000 habitants, est comme une forteresse inversée. Ses habitants sont emmurés par une fortification de huit mètres de hauteur, avec une seule sortie sous contrôle de l’armée israélienne vers la Cisjordanie.


Un mur « temporaire »

 Ghetto Abu Dis

Un barrière de sécurité est aussi en construction entre Jérusalem-Est et le faubourg d’Abu Dis. Elle fait partie de la ligne fortifiée qui constituera « l’enveloppe » du Grand Jérusalem. Déjà un mur « temporaire » de trois mètres de hauteur, en blocs de béton, bloque la seule route qui relie Jérusalem-Est à Abu Dis et à la Cisjordanie Cette route passe dans les quartiers arabes. Certains ont inscrit sur les blocs de béton : « Ghetto Abu Dis ».

Des dizaines de milliers d’Arabes israéliens et de Palestiniens en sont affectés dans leur quotidien. Quand les soldats israéliens le permettent, les gens d’Abu Dis ou de Jérusalem- Est escaladent le mur pour aller de l’autre côté. Sinon, il faut faire un grand détour en voiture d’une vingtaine de kilomètres et franchir un barrage routier de l’armée israélienne.

 Des femmes passent le mur
à leurs risques

L’hôpital, la plupart des écoles, et le travail quotidien sont situés à Jérusalem-Est. Les gens d’Abou Bis ne savent jamais s’ils pourront franchir le mur d’un jour à l’autre. Certains sont même menacés de déménagement forcé. « Ma maison c’est toute ma vie, mon refuge » , affirme Iman Salim Moussa Hanasseh, une mère de 5 enfants. Son mari et elle ont été avisés que leur maison devrait être démolie puisqu’elle se trouve sur le tracé projeté de la barrière de sécurité. Ils habitent leur modeste demeure d’Abu Dis depuis 15 ans et ils ignorent si quiconque va les aider à se reloger.


Campus éparpillé

L’un des plus importants centre d’enseignement arabe, l’Université Al Quds, a un campus éparpillé entre Jérusalem-Est et Abu Dis. Les 7000 étudiants qui fréquentent l’institution se voient déjà coincés d’un côté ou l’autre de l’ouvrage si le mur permanent et hermétique de huit mètres de hauteur se concrétise.

 Des étudiants dans le parc de l'Université Al Quds

Le recteur Sari Nusseibeh est un Palestinien modéré qui a souvent dénoncé les attentats anti-israéliens. Il croit à la coexistence entre les deux peuples. Mais il bouillonne en évoquant le « mur ». Il affirme que le gouvernement Sharon est en train de transformer les villes et villages palestiniens en cages, comme un grand zoo avec un gardien israélien. Il y voit aussi la volonté israélienne d’empêcher les Palestiniens d’avoir, un jour, Jérusalem-Est comme capitale de leur futur pays. La barrière israélienne passe d’ailleurs juste à côté du nouvel immeuble du futur parlement palestinien qui doit déménager de Ramallah à Abus Dis. Il craint que la clôture de sécurité devienne un mur de la haine et suscite la vocation de nouveaux extrémistes.

Les Palestiniens ont adapté le vieil adage : « Les bonnes clôtures font les bons voisins ». Ils disent plutôt : « Les mauvaises clôtures font les mauvais voisins ».

Le mouvement israélien de défense des droits de la personne, B’Tselem, affirme que la Cisjordanie sera coupée en 3 morceaux. L’un au nord, l’autre au sud et le dernier autour de Jéricho. Israël conserverait ainsi la fertile vallée du Jourdain et la grande région de Jérusalem s’étendrait jusqu’au rivage de la mer Morte. En résumé : le concept d’Ariel Sharon quand il évoque un futur État palestinien, soit 42% de la Cisjordanie et 75% de Gaza.

Le recteur Sari Nussebeh croit qu’un tel scénario pourrait inciter les Palestiniens à renoncer à leur État propre. Selon lui, ils tenteraient plutôt de devenir Israéliens au nom du principe démocratique : un homme, un vote.

Les démographes prédisent d’ailleurs qu’ils seront la majorité de la population dans une quinzaine d’années sur l’ensemble du territoire comprenant Israël, la Cisjordanie et Gaza. Mais une telle avenue compromettrait le caractère juif de l’État d’Israël.


Washington menace

Le mur passe près du Parlement palestinien

Au-delà de la politique-fiction, déjà 140 kilomètres de clôture de sécurité ont été construits. Chaque kilomètre coûte deux millions et demi de dollars américains. Si le mur est complété dans son ensemble, on prévoit que la facture variera entre 1 et 2 milliards de dollars américains. Or, Israël traverse la pire crise économique de son histoire. Le pays se fie en grande partie à l’aide économique américaine. Mais l’administration du président George Bush a fait connaître son désaccord face au tracé de la barrière de sécurité. Le chef de la Maison-Blanche a qualifié l’ouvrage de « problème » tout en disant comprendre les besoins israéliens de sécurité. Washington a même menacé de déduire de son aide annuelle les montants consacrés à sa construction.

Pourtant, le premier ministre israélien Ariel Sharon ne semble pas inquiet outre mesure face aux menaces américaines. Il vient d’annoncer que la barrière inclura plusieurs colonies juives dont celle d’Ariel, située à vingtaine de kilomètres à l’intérieur de la Cisjordanie.

 

Ariel, comme toutes les implantations juives en Cisjordanie ou à Gaza, possède déjà sa propre clôture de protection. Mais ses habitants ont fait des pressions énormes pour se retrouver du côté israélien de la grande barrière de sécurité. De nombreux attentats ont eu lieu sur la route d’Ariel ou aux abords de la colonie, l’une des plus importantes de Cisjordanie avec ses 18 000 habitants. Du coup, d’autres implantations juives de la région bénéficieront de la barrière. On prévoit que 40 000 colons, incluant ceux d’Ariel et aussi 4000 villageois palestiniens seront situés du côté israélien.

Pour ne pas déplaire aux colons sans heurter le grand allié américain, le gouvernement Sharon a décidé de commencer la barrière autour d’Ariel, sans la relier pour le moment à l’ouvrage principal. Mais de nombreux médias israéliens prévoient que la brèche sera comblée l’été prochain quand les États-Unis seront en campagne électorale présidentielle. Selon eux, le gouvernement Sharon ferait le pari que le président George Bush n’osera pas s’y opposer pour ne pas s’aliéner l’électorat juif américain.


Pas de solution miracle

Mais même les partisans de la barrière de sécurité admettent qu’elle ne réglera pas tout. L’ancien général Uzi Dayan, qui préside la commission pour sa construction, a affirmé qu’il ne fallait pas y voir de solution miracle. Selon lui, la clôture va réduire les infiltrations mais les patrouilles militaires israéliennes seront toujours nécessaires dans les territoires palestiniens pour prévenir des attentats.

D’ailleurs la Bande de Gaza, déjà complètement « clôturée » depuis plusieurs années, est souvent citée comme un endroit d’où les kamikazes palestiniens ne peuvent pas sortir. Pourtant, le nombre d’extrémistes y semble en pleine expansion. L’armée israélienne y mène régulièrement d’importantes incursions ou des opérations d’assassinats ciblés.

 École palestinienne financée en partie par le Canada à Jayyous

Les colonies juives de Gaza sont souvent l’objet d’attaques et la branche armée du mouvement radical palestinien Hamas continue de lancer des roquettes artisanales en territoire israélien. D’autre part, un rapport des Nations Unies affirme que la ligne de sécurité israélienne constitue une annexion illégale de territoires cisjordaniens. Mais malgré ces critiques, l’opinion publique israélienne, choquée et radicalisée par plus d’une centaine d’attentats en trois ans est grandement favorable à la barrière de sécurité.

Les Palestiniens y voient une prison, un mur d’apartheid, une entreprise d’annexion territoriale ou la future frontière imposée de leur État rétréci. Le gouvernement d’Ariel Sharon soutient de son côté qu’il ne s’agit en aucun cas d’une future frontière. Selon lui, le mur peut être démoli à tout moment, si les attentats anti-israéliens cessent ou si un accord de paix durable survient entre les deux parties.

Mais pour le moment, un conflit inachevé et sanglant pointe toujours à l’horizon. À l’image du désert du Néguev, la feuille de route pour la paix semble désormais un univers de mirages.


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