| Il y a six ans, une princesse
est morte; une fable royale a été transformée
en tragédie. La princesse, bien sûr, est Diana, la
femme divorcée du Prince Charles, héritier du trône
britannique. Le 31 août 1997 elle a été tuée
dans un accident de voiture à Paris, ainsi que son compagnon
Dodi Fayed. Ils tentaient d'échapper à une meute de
photographes. Malheureusement, leur chauffeur était ivre.
Sous le choc, la Grande-Bretagne a pleuré. Mais aujourd’hui,
la tragédie tourne à la farce macabre, comme le rapporte
le correspondant de la télé à Londres, Don
Murray.
Londres, 9 janvier 2004 – À l’époque,
on s’en souvient, les funérailles de la princesse avaient
déclenché une vague d'émotion jamais vue au
pays. On a prédit que la famille royale serait obligée
de changer son style ou de sombrer dans l'indifférence du
peuple britannique. Six ans plus tard, la reine règne encore,
aussi populaire que jamais. Son style n'a pas changé.
Mais le spectre de Diana plane encore. Un coroner « royal »
a ouvert une enquête sur la mort violente de la princesse.
Cette enquête a pris le public par surprise. On avait cru
Lady Di bel et bien enterrée. Oui, mais… Selon la loi,
une enquête du coroner doit avoir lieu après toute
mort violente, même en dehors du pays. Mais pourquoi le délai
de six ans et demi? Parce que le coroner a dû attendre la
fin des procédures légales en France, procédures
prolongées par des procès civils engagés par
le père de Dodi Fayed contre des photographes qui la poursuivaient
pendant la soirée fatale.
Fascination
Même morte depuis six ans, la princesse exerce une fascination
sur les médias britanniques et étrangers. Ironie du
sort, le coroner a dû réserver une immense salle dans
le centre Queen Elizabeth, à deux pas de l'Abbaye de Westminster,
où le service funéraire de Diana a eu lieu, pour recevoir
tous les journalistes qui voulaient assister à la première
séance.
Selon un journaliste, l'occasion ressemblait à une première
d'un film d'Hollywood, un film curieux où la vedette était
déjà enterrée. Mais tous dans la salle ont
cherché à étudier le comportement des figurants,
soit Mohammed Al Fayed, le père du compagnon de Diana et
Lady Sarah McCorquadale, la sœur de Diana. Lady Sarah s'est
tenu soigneusement à l'écart d'Al Fayed, le millionnaire
qui possède le magasin Harrod's à Londres et l'hôtel
Ritz à Paris.
Pour comble du bonheur des journalistes, un quotidien londonien,
le Mirror, a publié le jour de l'ouverture de l'enquête
une manchette « choc » qui proclamait : « Lettre
de Diana : c'était Charles ». Dans la lettre en
question, écrite dix mois avant sa mort, Diana a dit qu'elle
croyait que Charles (textuellement : «mon mari») voulait
organiser un accident de voiture dans lequel elle mourrait pour
qu'il puisse se remarier. Il faut dire qu'après avoir consacré
les trois premières pages de son quotidien à cette
lettre incendiaire, le rédacteur en chef du Mirror l'a qualifiée
de « totalement ridicule » (preposterous).
Mais, dès qu'il s'agit de Diana, le ridicule gagne toujours
face à la réalité.
Fiction vs réalité

Mohammed Al Fayed
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Mohammed Al Fayed paraît préférer le ridicule
à la réalité. Il essaie, par tous les moyens,
d'entretenir le doute sur les circonstances de la mort de Diana
et de son fils. Il est arrivé pour la séance d'ouverture
de l'enquête flanqué de trois gardes du corps et affichant
un sourire de satisfaction. Depuis six ans et demi, il prétend
que le couple a été assassiné, les victimes
d'un complot ourdi par la famille royale et exécuté
par les services secrets britanniques. Devant les microphones ce
jour-là, il a répété ses soupçons
: « Noir sur blanc, il s'agit d'un meurtre horrible ».
Le fait que le chauffeur ivre qui a causé l'accident, selon
les autorités françaises, fût un employé
d'Al Fayed n'est peut-être pas étranger aux théories
de conspiration que le millionnaire soutient inlassablement.

Le coroner Micheal Burgess
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Même le coroner était obligé de tenir compte
des soupçons de la princesse et des théories d'Al
Fayed, ridicules ou non. Michael Burgess a noté sèchement
: « Je sais qu'il existe des conjectures selon lesquelles
ces décès ne résultent pas d'un triste mais
relativement banal accident de la route à Paris… Mais
je dois séparer la fiction de la réalité. »
Donc, il a demandé au chef de police de Scotland Yard d'entreprendre
des recherches sur une éventuelle cause criminelle de l'accident.
Joie chez les rédacteurs des « tabloids »
de Londres. Une autre journée de manchettes sur Diana.
Flegme
Dans les palais de la famille royale, le « stiff upper
lip » (l’impassibilité) était de
rigueur. Les adjoints du Prince Charles ont laissé entendre
que lui et ses fils accueillaient avec un enthousiasme, disons,
mitigé l'annonce de cette enquête policière
qui durera au moins un an. Tout ce qu'ils souhaitent, disent les
adjoints, c'est de mettre fin à toutes les conjectures qui
continuent à entourer la mort de Diana. Vain espoir.

Pont de l'Alma, 31 août 1997
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Le lendemain de l'ouverture de l'enquête (aussitôt
ajournée pour au moins un an pour permettre à la police
de faire son travail), un ancien coroner royal a essayé d'étouffer
une autre rumeur persistante. « La princesse n'était
pas enceinte; j'ai vu ses entrailles (the princess was not pregnant;
I saw into her womb) » a dit le Dr. John Burton. Il était
présent lors de l’autopsie de Diana à Paris.
Sa déclaration a fait la manchette de deux quotidiens de
Londres. Un troisième a affiché une photo du Prince
Charles avec, comme manchette : « Un homme hanté
et hagard, Charles admet : On traverse une période difficile ».
La Belle est morte. Vive la Bêtise!
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