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Disons-le ouvertement : la campagne
électorale en vue du scrutin du 7 juin en Grande-Bretagne
est ennuyeuse. « La plus ennuyeuse depuis des décennies »,
a dit un électeur l'autre jour. La raison en est simple :
tout le monde connaît déjà le résultat.
Le gouvernement travailliste sortant sera réélu haut
la main : tous les sondages le démontrent. L'écart
entre les travaillistes et le Parti conservateur est énorme,
entre 15 et 20 %, selon les sondages. Il n'y a pas le moindre frisson
de suspense.
Et
pourtant! La campagne est loin de s'être déroulée
sans incidents. Le premier ministre adjoint a donné un coup
de poing à un manifestant. Des émeutes raciales ont
éclaté dans la ville d'Oldham, dans le nord de l'Angleterre.
Le chef de l'opposition évoque régulièrement
le danger européen, déclarant que la Grande-Bretagne
n'a plus que quelques jours devant elle pour sauver la livre sterling.
Tous ces événements reflètent le caractère
diamétralement opposé des programmes des partis en
lice sur certaines questions.
Reprenons ces incidents un par un.
John Prescott, le premier ministre adjoint, a eu une altercation
avec un agriculteur. C'est le jeune homme qui a ouvert les hostilités,
en lançant un uf au politicien. Il faisait partie d'un
groupe d'agriculteurs en colère qui suivait Prescott. On
sait que l'agriculture en Grande-Bretagne traverse une crise profonde,
après les drames de la vache folle et de la fièvre
aphteuse. Beaucoup de fermiers sont au bord de la faillite et accusent
le gouvernement du premier ministre Tony Blair d'indifférence,
voire d'hostilité aux problèmes et aux traditions
de la campagne.
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Tony Blair en campagne
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Selon ces agriculteurs, la priorité
du gouvernement travailliste pendant la crise de la fièvre
aphteuse a été tout simplement d'éliminer le
problème aussi rapidement que possible afin de tenir les
élections avant l'été. Pour ce faire, on a
procédé à l'abattage de deux millions d'animaux,
la plupart sans trace de la maladie.
Le Parti conservateur a soutenu
les agriculteurs, mais le coup de poing de Prescott a eu pour résultat,
ironiquement, de mettre fin au débat sur la politique agricole
du gouvernement! Les images à la télévision,
les photographies et les manchettes n'ont soulevé qu'une
seule question : le ministre avait-il ou non le droit de frapper
un manifestant? Interrogés par sondage, les Britanniques
ont répondu que oui.
Les émeutes raciales dans
la ville d'Oldham se sont produites après des attaques en
rafale du Parti conservateur contre le gouvernement au sujet des
demandeurs d'asile politique et de l'immigration en général.
Sous les travaillistes, le nombre de personnes qui ont demandé
l'asile politique en Grande-Bretagne a atteint 100 000 par année.
Les conservateurs ont crié à l'invasion, au scandale,
exigeant l'incarcération de tous les demandeurs d'asile en
attendant la décision du ministère sur leur cas.
Or, dès que les émeutes
ont éclaté à Oldham, les conservateurs et les
autres partis ont cessé de parler d'immigration : la question
était devenue trop explosive! En fait, elle pourrait encore
provoquer d'autres incidents.
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Le chef conservateur William Hague
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Reste l'Europe et la nouvelle
monnaie européenne, l'euro. Le chef du Parti conservateur,
William Hague, prétend qu'une victoire travailliste serait
suivie d'un référendum, au cours duquel le gouvernement
mettrait le paquet pour convaincre les électeurs d'abandonner
leur héritage monétaire au profit de l'euro. Les travaillistes
réagissent avec sérénité à ces
accusations. Les sondages indiquent que la majorité des électeurs
veut garder la livre, mais ces mêmes électeurs semblent
indifférents aux avertissements de Hague.
Comment expliquer cette attitude?
Le professeur Paul Whiteley dirige le British Election Survey, qui
analyse le comportement des électeurs pendant la campagne.
Ses sondages révèlent le secret de la sérénité
des travaillistes.
Hague est un chef plutôt détesté par les électeurs.
Cet homme de 40 ans, intelligent, suscite des réactions très
négatives. Les électeurs le trouvent trop jeune, pas
assez sérieux, trop imbu de lui-même. Bref, il n'a
pas la trempe d'un premier ministre.
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Kim Campbell
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Selon Whiteley, il faut chercher
dans les sondages d'un autre pays pour trouver un chef moins populaire
que Hague. Ce chef s'appelle Kim Campbell, première ministre
conservatrice éphémère qui a conduit les conservateurs
canadiens à la pire défaite de leur histoire en 1993.
Cette hécatombe - les conservateurs n'avaient fait élire
que deux députés - s'était presque soldée
par la disparition du Parti progressiste-conservateur au Canada.
Si les sondages ne changent pas, le Parti conservateur de Grande-Bretagne
risque, lui aussi, une défaite cuisante, sa deuxième
d'affilée, une défaite qui risque de coûter
son poste à William Hague.
En attendant, personne, mis à
part une poignée de politiciens et de journalistes, ne prend
cette campagne au sérieux.
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