Mais d’où vient cette mauvaise réputation de ville dangereuse, violente? Je dirais : des bidonvilles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que font les autorités brésiliennes pour arrêter cette escalade? Elles augmentent la répression, qui augmente la violence.

 


:: GINETTE LAMARCHE  ::
    Vivre à Rio

Dangereuse, la vie à Rio? La « cidade maravilhosa » a bien mauvaise réputation ces dernières années. Elle est devenue, dit-on, une des villes les plus violentes de la planète. C’est en tout cas le préjugé que j’avais avant de venir m’installer ici. J’habite Rio depuis six mois maintenant, et plus je vis ici, plus je trouve que la ville des plages merveilleuses ne mérite pas cette réputation. Et pourtant il y a de la violence à Rio, sauf que ce ne sont pas tous les quartiers qui sont dangereux.

Rio de Janeiro, 15 juin 2004 - C’est un secret de polichinelle, la richesse se blinde derrière d’imposantes forteresses. Cette hantise du pauvre, du brigand s’applique d’autant plus au Brésil, un des pays les plus inégalitaires au monde. Dans les quartiers riches comme Ipanema, la majorité des commerces sont protégés par des gardiens de sécurité qui portent leur revolver bien en vue à la ceinture. Leur présence, si elle peut réconforter au départ, laisse l’impression que le danger est très élevé.

Or quand on quitte Ipanéma pour des quartiers résidentiels comme Leblond, on voit peu de gardiens de sécurité. Les gens circulent le soir dans le quartier sans être plus incommodés là qu’ils le seraient à New York ou Paris. En revanche, quand ces cariocas rentrent chez eux le soir, c’est derrière des grilles hermétiquement fermées, surveillées par un porteiro jour et nuit. L’élite habite ces quartiers qui sont protégés d'une façon ou d'une autre : Copacabana, Flamengo, Leblond, Ipanema, etc… La classe moyenne habite des quartiers moins surveillés, qui ne sont pas pour autant plus dangereux. On peut se faire voler là comme dans d’autres grandes villes si on ne fait pas attention. Si on exhibe une caméra qui représente un an de salaire, on prend des risques.

 

Mauvaise réputation

Mais d’où vient cette mauvaise réputation de ville dangereuse, violente? Je dirais : des bidonvilles. Les plus pauvres, les plus démunis sont les premières victimes de la violence à Rio et dans toutes les grandes villes brésiliennes. Les favelas, où vivent des milliers de personnes sans services de base, sans ressources, sont de plus en plus contrôlées par les trafiquants de drogue et d’armes. Faire partie d’un gang de trafiquants, c’est souvent le seul projet d’avenir de la jeunesse de ces bidonvilles.

Or les guerres entre gangs et les interventions policières tuent chaque jour. Selon le dernier rapport du Centre de justice globale, la police de Rio a tué 3,2 personnes en moyenne par jour l’année dernière. La violence augmente à un rythme hallucinant, souligne la directrice de cette organisation non gouvernementale, Sandra Carvalho. Chaque semaine, deux policiers de Rio perdent la vie lors de leurs incursions dans les favelas. Les homicides ont augmenté de 130% en 20 ans au Brésil, il s’agit de la première cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 24 ans.

 

Répression

Que font les autorités brésiliennes pour arrêter cette escalade? Elles augmentent la répression, qui augmente la violence. La gouverneure de l’État de Rio a même demandé à l’armée d’intervenir. Le gouvernement fédéral a acquiescé à sa demande à reculons. Il n’est pas question que l’armée patrouille dans les rues. En revanche, les militaires vont en principe appuyer les policiers dans leurs enquêtes, dans leurs interventions. De plus, un train de mesures sociales doit se mettre en branle d’ici peu pour sortir les jeunes de ce cycle infernal. C’est un début, disent certains, c’est trop peu, trop tard, disent d’autres.

La violence urbaine est une triste réalité à Rio mais la ville ne mérite pas tous ces préjugés. On peut déambuler dans bien des quartiers, faire du vélo, aller à la plage sans être incommodé si on prend un tant soit peu des précautions élémentaires. De plus, l’hospitalité et la gentillesse des cariocas ont de quoi faire oublier l’insécurité. Notre meilleure police d’assurance reste le réseau de gens du quartier : du vendeur de journaux à la fleuriste, à la caissière, du dépanneur du coin au porteiro de l’immeuble. C’est grâce à eux et à son site naturel exceptionnel que la ville mérite bien son surnom de « cidade maravilhosa ».

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