Même si la course à l'investiture démocrate n'est pas encore terminée officiellement, les républicains, eux, savent qui ils affronteront le 2 novembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[John Kerry] ne rate pas une occasion de souligner que les porte-avions, lui, il connaît ça pour vrai, pas juste pour faire de bonnes images pour la télé.

 

 


:: DOROTHÉE GIROUX ::
Super Kerry

La course à l'investiture démocrate aux États-Unis a franchi le 2 mars une étape importante : le « Super Tuesday ». Ce jour-là, les électeurs étaient appelés à désigner pas moins de 1150 délégués au congrès d'investiture, dont ceux de New York et de la Californie, les deux États les plus peuplés des États-Unis. En l'emportant dans neuf des dix États mardi, John Kerry a, à toutes fins utiles, signé la fin de la course. Dans un texte qu'elle nous a fait parvenir, la correspondante de la radio à Washington, Dorothée Giroux, décrit l'allure de la campagne chez nos voisins du sud, à neuf mois des présidentielles.

John Kerry
Washington, le 3 mars 2004 - Aucun président américain n'a combattu au Vietnam. Nixon, Ford, Carter, Reagan, Clinton, Bush père, Bush fils, aucun des hommes élus pour diriger les États-Unis n'a combattu en Indochine. Cela ne les a pas empêchés de loger à la Maison-Blanche, à moins de deux kilomètres du long mur de granit noir où sont gravés les noms des 58 226 soldats morts ou disparus pendant la guerre du Vietnam.

Mais, trente ans après la fin de leur plus long conflit armé, les États-Unis pourraient se retrouver en janvier 2005 avec, comme président, John Kerry, officier de la marine, décoré à cinq reprises pour avoir servi son pays avec courage lors de la guerre du Vietnam.


Vietnam War Memorial, à Washington
C'est ce passé de héros de guerre qui donne des munitions à l'aspirant-candidat à la Maison-Blanche. Il sera difficile pour les républicains de George Bush d'accuser John Kerry de mollesse et de laissez faire en matière de sécurité nationale alors que l'adversaire a la poitrine remplie de médailles militaires. C'est en tout cas le pari que font les supporters, de plus en plus nombreux, de ce sénateur de 60 ans, qui a voté en faveur de l'utilisation de la force en Irak.



Bring it on! (Amenez-le!)!

Pas étonnant que dans les ralliements, la foule qui remplit atriums, gymnases ou salles communautaires, que ce soit au New Hampshire ou en Virginie, en Caroline du Sud ou au Michigan scande « Bring it on! », avant même que John Kerry finisse sa phrase : Amenez-le, ce débat sur la sécurité nationale! Bring it on : des mots qui fouettent l'ardeur des démocrates et rappellent l'insensibilité du président Bush l'été dernier, au moment où il lançait son fameux « Bring them on! », sarcasme qui invitait presque les rebelles irakiens à s'attaquer aux forces américaines.

Avec 537 soldats morts et 3040 militaires blessés en Irak (au 20 février 2004), la phrase choc du président ne fait sourire personne. Et celui qui chemine vers un affrontement électoral avec le président Bush ne manque pas de la relever jour après jour. Comme il ne rate pas une occasion de souligner que les porte-avions, lui, il connaît ça pour vrai, pas juste pour faire de bonnes images pour la télé.

Fils de famille

Avec sa femme, Teresa Heinz Kerry
Grand, mince, avec un air vaguement lincolnien, ce fils de diplomate américain qui n'a jamais été nommé ambassadeur, n'a rien d'un populiste. John Forbes Kerry a fréquenté les meilleures écoles américaines, après avoir passé une partie de son enfance en Suisse. Il a marié, il y a quelques années, une des femmes les plus riches des États-Unis, Teresa Heinz Kerry, ancienne veuve du magnat du ketchup. Avocat, ancien procureur du gouvernement, ex-lieutenant-gouverneur du Massachusetts, Kerry ne ménage maintenant aucun effort pour se montrer proche du peuple. En campagne, il se fait voir chaussant les patins pour un match de hockey avec un ancien joueur-vedette des Bruins de Boston. Ou il enfile veste de cuir, monte une Harley-Davidson et se pointe à un des talk shows télévisés de fin de soirée.

Si John Kerry a pu distancer ses adversaires à ce point, c'est que les démocrates en ont assez du président et qu'ils voient en lui un homme capable de défaire George Bush. C'est aussi parce que John Kerry parle de ce que la plupart des Américains veulent entendre : jobs, jobs, jobs! Le candidat va même jusqu'à dire que le président a conduit le pays à la dévastation économique. Qu'il s'attarde plus à faire monter les prix des actions sur Wall Street que de faire baisser le chômage qui détruit Main Street.

Le discours masque le peu d'engouement de John Kerry en matière de politique intérieure. Pendant ses 19 ans au Sénat, il s'est surtout intéressé à la politique étrangère. À la corruption et aux réseaux criminels un peu partout dans le monde. Au désarmement. Lui, qui, à son retour de la guerre du Vietnam, s'est empressé de dénoncer le gouvernement américain en organisant des manifestations contre la guerre et en balançant ses décorations, en guise de protestation.

À plusieurs mois des élections présidentielles (2 novembre), les républicains de George Bush remettent déjà en question le patriotisme et l'intégrité de John Kerry. Ils s'en prennent à l'image de pourfendeur des groupes d'intérêt spéciaux que le candidat est en train de projeter alors qu'il est un des sénateurs à avoir le plus bénéficié des largesses des lobbies.

Haro sur Kerry

Howard Dean
Même si la course à l'investiture démocrate n'est pas encore terminée officiellement, les républicains, eux, savent qui ils affronteront le 2 novembre et contre qui ils dirigeront les 170 millions de dollars amassés au cours des derniers mois. Toute la recherche sur le passé de l'ex-gouverneur du Vermont prendra le bord de la poubelle. Howard Dean n'ayant remporté aucune des 17 premières étapes de sélection, outre les innombrables affiches bleues brochées aux poteaux des États où il y a eu primaires, il ne reste de sa candidature que quelques thèmes repris par nul autre que celui qui l'a devancé dans cette course.

D'autre part, les républicains n'ont jamais porté beaucoup d'attention à la campagne de John Edwards. Avec une seule victoire en poche, le sénateur de la Caroline du Nord est loin de se faire menaçant, malgré son discours efficace sur les Deux Amériques, l'une puissante et riche, l'autre démunie et sans aucun pouvoir.

La bataille pour la Maison-Blanche est commencée. Le duel se fait entre le locataire actuel, George W. Bush et celui que les démocrates jugent le plus apte à battre le président, John Forbes Kerry, qui, étrangement, porte les mêmes initiales que le dernier sénateur à avoir été élu président (John Fitzgerald Kennedy).

Les paris sont ouverts.

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