DNC RADIO-CANADA.CA RADIO-CANADA.CA/NOUVELLES

 

 

 

 


À Virgin, dans l’Utah, le conseil municipal vient d'adopter un règlement qui rend la possession d'une arme dans chaque maison OBLIGATOIRE!

 

 

 

 

 


:: Guy Gendron ::
WASHINGTON : À mort, le monstre!

Le 11 juin, à 6h30 du matin, si tout se déroule comme prévu, les gardiens de la prison de Terre-Haute en Indiana viendront chercher Timothy McVeigh dans sa cellule. Il sera fouillé, puis vêtu d'un pantalon et d'une chemise de couleur kaki. S'il tente de résister, il sera menotté aux poignets et aux chevilles avant d'être conduit dans la salle des exécutions. Après l'avoir attaché sur un fauteuil capitonné, on va insérer une intraveineuse dans son bras puis le couvrir d'un drap blanc des pieds jusqu'au cou. C'est alors que s'ouvriront les rideaux.

McVeigh, l'auteur de l'attentat contre l'édifice fédéral d'Oklahoma City, le 19 avril 1995, fera face aux 30 témoins de la première exécution fédérale aux États-Unis en près de 40 ans. Sur sa gauche, dix personnes qu'il a lui-même invitées; au centre, dix journalistes choisis au hasard parmi les 1500 représentants des médias venus couvrir l'événement; à droite, des représentants du gouvernement et des familles des 168 victimes du pire acte de terrorisme intérieur de l'histoire américaine. Près de 250 autres invités vont suivre la macabre cérémonie à la télévision en circuit fermé.

Et là, McVeigh pourra prononcer quelques mots. Lui qui n'a montré aucun remords pour les vies brisées par son geste en profiterait, selon les auteurs d'un livre publié le mois dernier, pour répandre du sel sur les plaies encore vives des familles éplorées. Le gardien lira ensuite l'ordre d'exécution. Les derniers mots qu'entendra McVeigh seront : « We are ready (nous sommes prêts) ».

Trois différents produits chimiques, un premier pour l'endormir, un second pour faire s'effondrer ses poumons, un dernier pour arrêter son coeur provoqueront une mort rapide et sans douleur. Le monstre ne sera plus.



Restera le débat sur la peine de mort.


Pour les partisans de l'exécution des meurtriers, le cas de Thimothy McVeigh arrive à point nommé. Il est pour eux l'illustration la plus éclatante de la nécessité de maintenir la peine de mort au moment où elle est de plus en plus remise en question. L'an dernier, le gouverneur de l’État de l'Illinois - un républicain!- a décrété un moratoire sur les exécutions à la suite de la découverte d'erreurs judiciaires dans treize cas de condamnés à mort. 19 des 38 États qui autorisent la peine de mort envisagent de faire de même.

Depuis le rétablissement de la peine de mort aux États-Unis en 1976, plus de 700 personnes ont été exécutées, 500 au cours des huit dernières années. Mais 95 condamnés à mort ont également été innocentés. Des gens comme Earl Washington Jr, qui attendait depuis 18 ans son exécution et qui a été remis en liberté en Virginie il y a deux mois. Considéré comme un demeuré, l'homme de race noire n'a échappé à la mort que par quelques minutes.

Et puis cette semaine on apprend que le FBI vient de lancer une vaste enquête sur trois mille causes criminelles jugées à Oklahoma City, certaines remontant à 1980. C'est qu'on a découvert que la responsable du laboratoire d'expertises chimiques de la police municipale, Joyce Gilchrist, aurait détruit des preuves et fait de faux témoignages. Après 15 ans derrière les barreaux pour un viol qu'il a toujours prétendu ne pas avoir commis, Jeffrey Pierce est sorti de prison cette semaine, innocenté par une nouvelle analyse des « preuves » présentées par madame Gilchrist. Des 3000 cas sous enquête, onze ont conduit à la peine de mort. Douze autres condamnés attendent leur exécution.

On ne s'étonnera donc pas que les deux tiers des Américains souhaitent un moratoire complet sur les exécutions tant qu'on n'aura pas trouvé un moyen de réduire les cas d'erreur et réglé les problèmes d'équité dans l'appareil judiciaire. Et cela, même si en principe, la peine de mort recueille toujours l'appui des deux tiers de la population.

Timothy McVeigh, lui, est considéré comme un cas à part. En effet, la moitié des Américains qui se disent opposés à la peine de mort prennent la peine de préciser aux maisons de sondages : «sauf pour McVeigh!»

* * *




Oklahoma City, 19 avril 1995

DÉBUT

:: Reportages récents
      Washington : dis-moi où tu habites, je te dirai…
      Washington : Aux armes, citoyens!

 

 
 
Haut de page