Si la Chine a décidé de se démarquer tout à coup des États-Unis, c'est pour rappeler aux dirigeants américains leur devoir non pas en Irak, mais bien en Corée du Nord!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Chine était aussi soucieuse de ne pas heurter les sensibilités dans le monde arabe : près des deux tiers du pétrole qu'elle importe vient du Proche-Orient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


:: Céline Galipeau ::
Pékin : sauver la paix


Un des cinq pays, avec les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la France, à occuper un siège permanent avec droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine choisira sans doute de s’abstenir, advenant un vote sur une éventuelle intervention militaire en Irak. Si le gouvernement chinois choisit effectivement de rester neutre, il se trouvera à maintenir la position qu’il avait adoptée en 90 et 91, avant la guerre du Golfe. Comme l’explique notre correspondante Céline Galipeau, la Chine, à l’heure qu’il est, est toute préoccupée par son développement économique et la transition de son leadership qui se termine le mois prochain. Si elle se développe à un rythme effarant, elle n'est pas encore prête à prendre sa place sur la scène internationale.


La Place Tiananmen à Pékin

Pékin, le 28 février 2003 - Pendant que dans le reste du monde, les pacifistes se mobilisaient contre la guerre en Irak, à Pékin, la Place Tiananmen était envahie ce week-end là, par ses promeneurs habituels : on n'y trouvait pas l'ombre d'un manifestant, pas la moindre bannière antiaméricaine. Il n'y avait aucune agitation particulière non plus aux alentours de l'ambassade américaine, retranchée derrière ses barricades et ses barbelés depuis un certain 11 septembre. Sans doute les autorités n'avaient-elles pas jugé bon d'organiser de rassemblement pour la paix.

Ce qui n'empêche pas la plupart des Chinois d'être farouchement opposés à la guerre. « Si Mao était encore vivant, il ne laisserait jamais faire ça! Aucun pays n'a le droit d'en envahir un autre », nous disait un retraité feuilletant son journal dans un parc. Un étudiant dénonçait lui aussi l'interventionnisme militaire américain : « Ce sont les États-Unis qui sont la source du terrorisme. Ils veulent toujours envahir d'autres pays, et ils s'ingèrent dans leurs affaires. » Et il ajoutait : « Moi, j'aimerais que les Irakiens donnent une raclée aux Américains, cela leur apprendrait à être moins arrogants. »


L'Irak, pays « ami »


Défilé militaire sur la
Place Tiananmen

Mais en dépit de toute l'allergie que lui inspire la politique guerrière de George Bush, la Chine s'était jusqu'à récemment bornée à plaider pour une solution diplomatique au conflit. Certes, le lien avec l'Irak, pays « ami », est étroit. Non seulement Bagdad a-t-il été, pendant la guerre Iran-Irak, un des principaux clients d'armes de fabrication chinoise, mais jusqu'en septembre 2001, les compagnies chinoises se targuaient de contrats dépassant les 100 millions de dollars, dans des projets d'équipement en télécommunications, et ce, en violation flagrante de l'embargo imposé par les Nations unies! Selon les services de renseignements américains, la firme Huawei, une compagnie privée ayant des relations privilégiées avec l'Armée populaire de Libération, aurait ainsi équipé la défense irakienne en fibre optique. Et au-delà de ce cadre bilatéral, la Chine était aussi soucieuse de ne pas heurter les sensibilités dans le monde arabe : près des deux tiers du pétrole qu'elle importe vient du Proche-Orient.

Dans le même temps toutefois, Pékin ne souhaitait pas compromettre le réchauffement de ses relations avec les États-Unis, considérés comme les garants de la paix et de la stabilité en Asie, et du bon développement économique, objectif prioritaire de la Chine. Pas question, donc, pour Pékin de se singulariser dans l'hostilité au point d'être seule à émettre un veto au Conseil de Sécurité de l'ONU!

Mais la France, la Russie et l'Allemagne viennent de donner à la diplomatie chinoise un courage qu'elle n'aurait pas affiché seule. Pékin a en effet décidé de s'aligner sur les capitales qui s'opposent à toute intervention militaire en Irak, en dehors du cadre des Nations unies, et qui réclament plus de temps pour que les inspecteurs puissent faire leur travail. Comme le répète depuis des mois le président Jiang Zemin : « Nous devons tout tenter pour essayer d'éviter la guerre. »


L'objectif : Pyongyang


Le leader nord-Coréen Kim Jong-Il

Or si la Chine a décidé de se démarquer tout à coup des États-Unis, c'est pour rappeler aux dirigeants américains leur devoir non pas en Irak, mais bien en Corée du Nord! Car elle veut éviter à tout prix que la péninsule coréenne ne soit plongée dans le chaos, et que 22 millions de Nord-Coréens ne se précipitent d'un coup vers le Corée du Sud et vers la Chine. Les Chinois seraient en effet exaspérés par la politique américaine qu'ils jugent dangereuse dans un dossier, selon eux, autrement plus explosif que l'Irak. Ils craignent qu'après avoir réglé le cas de Saddam Hussein, les États-Unis ne veuillent se débarrasser d'un régime nord-coréen isolé, prêt à tout, et qui disposerait, lui d'une ou de deux bombes atomiques!


La Chine est un pays qui
se modernise rapidement

Après avoir fait de relations sino-américaines apaisées l'axe fondamental de sa politique étrangère, la Chine veut tout de même faire part de ses réserves. Les tensions sont palpables. Non seulement les Chinois ont-ils rejeté les demandes de coopération des Américains pour imposer des sanctions économiques à la Corée du Nord, mais ils demeurent du côté du « front du refus » contre une attaque immédiate contre l'Irak. La Chine était pourtant un des pays dont les États-Unis espéraient pouvoir gagner l'appui. Et les observateurs estiment qu'elle optera sans doute pour l'abstention advenant un vote au Conseil de sécurité.

Mais pour l'instant du moins, et tant qu'elle ne se retrouvera pas en première ligne, la Chine semble plutôt avoir choisi de tenter de sauver la paix.

 

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