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Notre
correspondante à Pékin, Céline Galipeau, se
trouve depuis le 22 septembre à Quetta, dans le nord-est
du Pakistan, à quelques 140 kilomètres de la frontière
afghane. Les correspondants étrangers y sont actuellement
cantonnés dans leur hôtel, en attendant de pouvoir
traverser au pays des talibans. Céline nous a fait parvenir
ce texte sur les conditions de son séjour au Pakistan et
la situation des réfugiés afghans massés le
long de la frontière.
Quetta,
Pakistan, 1er octobre 2001 Cela faisait plusieurs
jours que nous couvrions les développements politiques à
Islamabad, la capitale, et nous voulions nous rapprocher de laction.
Quetta était toute désignée, à cause
de sa situation, en face de la ville afghane de Kandahar, place
forte des talibans, de lautre côté de la frontière.
Si les Américains avaient à choisir une cible, celle-là
nous semblait tout indiquée et Quetta, le meilleur endroit
pour travailler.
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Ce
commerçant vend chaque jour 3000 cassettes dOussama
ben Laden
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Quetta
est la capitale de la plus vaste province pakistanaise, le Balouchistan,
qui partage 1200 kilomètres de frontière avec l'Afghanistan.
Une ville-frontière sous haute surveillance. Dès notre
arrivée à l'aéroport, nous avons été
accueillis par des soldats en armes, nos passeports soigneusement
vérifiés, nos noms pris en note par un policier en
civil, avant d'être dûment escortés jusqu'à
notre hôtel. « Question de sécurité! »
nous a-t-on répondu lorsque nous avons protesté contre
cet encadrement.

Policiers
pakistanais en patrouille
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La
police est partout : à l'entrée de l'hôtel,
dans le lobby, des dizaines d'hommes armés de mitraillettes
AK-47 montent la garde en permanence. Pas question de quitter discrètement
les lieux : nos allées et venues sont contrôlées.
Pour pouvoir louer un véhicule, il nous faut décliner
nos noms, nos numéros de chambre, préciser où
nous voulons aller..., à l'intérieur des limites de
la ville bien sûr! Il nous est interdit d'en sortir sans permission
spéciale du ministère de l'Intérieur du Balouchistan.
Toujours pour la protection des nombreux journalistes venus couvrir
la crise, nous dit-on. On s'inquiète de la présence
de nombreux intégristes sympathisants d'Oussama ben Laden
dans la région.
Un
mélange explosif
Car
ici, la majorité de la population est pachtoune, le même
groupe ethnique que les talibans, et la ville accueille un demi-million
de réfugiés afghans. Le reste est balouche. Un mélange
potentiellement explosif. Un attentat a eu lieu la semaine dernière
et la police a découvert dans la ville un camion bourré
d'explosifs, peut-être destinés à des actes
de sabotage contre le Pakistan, qui a choisi de collaborer avec
les États-Unis contre les talibans.

Élèves
dune école coranique
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Mais
personne n'est ouvertement hostile envers nous. Plutôt curieux.
Dans les rues animées, on nous observe, on nous dévisage.
Partout, ouvertement, de la tête aux pieds. Les touristes
et les étrangers sont rares. Les étrangères
encore plus. Dans la rue, nous portons des manches longues, et le
voile. Ce n'est pas obligatoire, juste respectueux. On nous demande
des nouvelles de l'Afghanistan et de l'intervention des États-Unis.
Une des questions qui revient le plus souvent porte sur la colère
que suscitent ici les Américains. « Comprennent-ils
pourquoi on les haït autant? me demande avec insistance l'administrateur
d'une clinique pour les réfugiés. Car s'ils ne réalisent
pas leurs erreurs et leurs responsabilités, cette guerre
contre le terrorisme ne servira à rien! », ajoute-t-il.
Les
réfugiés veulent du pain

Une
famille de réfugiés afghans
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La
misère humaine ne se mesure pas, mais celle des réfugiés
afghans est indescriptible. Dans des camps de terre, ils vivent
dans la poussière, la saleté, la puanteur. Dépouillés
de toute dignité humaine. Sous un soleil de plomb le jour,
dans le froid mordant la nuit. La nature est ingrate. Les enfants
courent pieds nus, les cheveux en broussailles, couverts de boue
séchée. Qu'est ce qu'ils aimeraient le plus? « Du
pain! » Les mères n'ont plus la force de s'en
occuper. Il n'y a pas d'électricité, pas d'eau courante,
très peu de nourriture. Les chiens rôdent dans des
tas d'ordures. Ce sont les victimes oubliées d'années
de guerres, de sécheresse et de famine. Jai du mal
à croire qu'on en attend un million d'autres.
Une
frontière inaccessible
Pour
les journalistes, le plus difficile est de nous rendre à
la frontière, à 140 kilomètres de Quetta, fermée
du côté pakistanais. Des milliers de réfugiés
afghans seraient bloqués là depuis des semaines. Inaccessibles
à nos caméras. Cela prend une permission spéciale,
accordée au compte-gouttes par les autorités. Et seulement
après un très laborieux et incompréhensible
processus bureaucratique.
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Au lendemain
de notre arrivée, nous avons tenté notre chance, sans
les autorisations nécessaires. Avec la complicité de
notre chauffeur et de notre traducteur, nous avons franchi un premier
barrage, puis un deuxième, puis un troisième, en fonçant
droit devant nous. Pour ne pas attirer l'attention des policiers,
ma réalisatrice Kas Roussy et moi-même portions prudemment
notre voile abaissé jusqu'aux yeux. Mais c'était sans
compter notre brave escorte, qui avait reçu ordre de ne pas
nous laisser sortir de la ville. À chacun des barrages, il
se mettait à agiter frénétiquement les bras par
la fenêtre, craignant de plus en plus que nous ne voulions traverser
en Afghanistan, ce qui signifiait sa mise à pied immédiate!
Un de ses collègues a finalement perçu sa détresse.
Au dernier barrage avant la frontière, un garde nous a arrêtés.
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Pendant
que nous tentions de négocier notre passage, le convoi d'un
leader musulman lui-même en route pour faire un discours antiaméricain
à la frontière est passé à côté
de nous. Un cortège impressionnant, avec de nombreux partisans
talibans armés. L'un de ses proches a eu pitié de ces
pauvres journalistes, arrêtés au bord du chemin, et a
offert de nous emmener. Mais à une condition : que Kas et moi-même
ne fassions pas partie du voyage. Mais enfin, pourquoi? « Parce
que nous étions des femmes », nous a-t-on répondu.
Comme une évidence. Finalement, lui-même a changé
d'idée. Et nous n'avons eu d'autre choix que de rebrousser
chemin.
Mais
tout n'est pas perdu. Nous entamons notre deuxième semaine
à Quetta, et partons incessamment pour le poste-frontière
de Chaman. Nous semblons avoir finalementobtenu toutes les autorisations
nécessaires. Nous aurons aussi le droit de prendre des images,
ce qui était interdit jusqu'à présent. Peut-être
un signe que le Pakistan s'apprêterait à ouvrir ses
frontières aux milliers de réfugiés afghans
en quête d'une nouvelle terre d'asile...
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