| Un tremblement
de terre politique, titrait un journal le 8 octobre : c’est
en effet un peu ce qui s’est passé en Californie la
veille, alors qu’au terme d’une campagne somme toute
assez brève, Arnold Schwarzenegger, le Terminator d’Hollywood,
est devenu gouverneur de l’État, l’emportant
sur plus de 135 candidats! Vote de protestation, signe d’un
changement plus profond de l’électorat, les analystes
n’ont pas fini de s’interroger sur la signification
de la victoire de «Schwarzie». Dans ce texte rédigé
pour (DNC), la correspondante de la télé à
Washington, Christine St-Pierre, nous dit que cette élection
d’un républicain n’est pas nécessairement
une bonne nouvelle pour le président Bush.
Washington, le 10 octobre 2003 - De gros muscles,
un jet privé, une épouse célèbre, l’ex-Monsieur
Univers Arnold Schwarzenegger a mené sa campagne comme s’il
s’agissait d’une tournée de promotion. Mardi
soir, ses remerciements allaient surtout à sa femme, du genre
parfaite épouse qui sait (du moins en public) pardonner à
ce charmant époux qui a les mains trop longues et le langage
salé. Comme à la fin du film, le tendre baiser de
Maria efface toutes les humiliations.
Schwarzenegger a remporté la victoire au poste de gouverneur
avec plus de votes que tous le sondages pouvaient prédire.
C’est la semaine dernière que la poussée s’est
vraiment fait sentir, lorsqu’un premier sondage lui a donné
une avance et qu’un deuxième est venu le confirmer.
La caravane a ouvert la machine à toute allure. L’homme
y va de slogans, avec un balai dans la main, il va, dit-il, « nettoyer
la maison de l’État ».
« Un tremblement de terre politique », écrivait
mercredi matin le Washington Post. « Une claque au statu
quo », tranchait le Los Angeles Times. « Une
victoire extraordinaire, s’exclamait le New York Times. Arnold
Schwarzenegger doit rapidement prouver sa capacité de gouverner. »
Des slogans plutôt que du contenu
Les idées du nouveau gouverneur, elles sont au goût
du jour californien : pro-choix, ouvert aux droits des homosexuels,
défenseur de l’environnement…et pourquoi pas
de la vertu et de la tarte aux pommes?
Notre homme entend rouvrir les conventions collectives des employés
de l’État et veut percevoir une quote-part sur les
revenus des casinos autochtones. Lors de son premier point de presse,
Arnold a réitéré son engagement à ne
pas augmenter les impôts et à réduire la taxe
sur les voitures. On raconte qu’il a imposé 500 abdominaux
(sit-ups) à un conseiller qui lui disait de ne pas trop insister
sur cette promesse!
Plus sérieusement, comment Scwarzenegger arrivera-t-il a
boucler le budget de 100 milliards de dollars avec un déficit
de 38 milliards? L’année dernière les dépenses
de l’État ont augmenté de 40%. Comment arrivera-t-il
à faire voter une chambre à majorité démocrate
hostile aux compressions? Sur 40 sénateurs, 25 sont démocrates
et sur 80 représentants locaux, 48 sont démocrates.
Il ne faut pas oublier aussi que Schwarzenegger aura besoin des
2/3 de la chambre pour faire passer son premier budget prévu
le 10 janvier prochain.
Les démocrates aux abois
Ce qui vient de se passer en Californie c’est du poison,
affirmait un analyste démocrate. Une pétition de 1
million 600 noms a forcé la tenue d’un vote de confiance
au gouverneur Davis, qui s’est vu montrer la porte moins d’un
an après sa réélection. « De quoi
donner froid dans le dos à tous les gouverneurs des États
qui ont des problèmes de déficit! », écrivait
le New York Times.
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Le démocrate révoqué,
Gray Davis
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Sur les ondes de CNN, le sénateur Bill Richardson, démocrate
lui aussi, a tenté de minimiser la victoire de Swarzenegger
en disant qu’il s’agissait d’un vote de protestation,
de colère et non pas nécessairement un vote «démocrates
contre républicains». Dans un sens il a raison, 30
% des latinos, une communauté traditionnellement démocrate,
a voté pour Arnold, de même que 49% des travailleurs
syndiqués. Le risque est que les démocrates ne puissent
plus récupérer ces votes.
Et George Bush?
Faudra voir. Quand Schwarzenegger a annoncé qu’il
se portait candidat, les républicains n’aimaient pas
beaucoup. Ils auraient préféré laisser le gouverneur
Davis continuer de s’empêtrer et en profiter politiquement.
Maintenant, si Schwarzie n’arrive pas a relever la Californie,
il risque d’éclabousser la campagne présidentielle.
Aussi, Bush est proche des valeurs traditionnelles, ce qui est complètement
à l’opposé de Schwarzenegger. « C’est
bien, répliquent certains républicains, cela montre
que notre parti est ouvert. »
L’ex-ambassadeur des Etats-Unis en France, Herman Cohen,
un républicain, croit que George W. Bush devrait s’inquiéter
de cette victoire d’Arnold. Dans une entrevue à Radio-Canada,
il a déclaré : «Les gens sont furieux contre
les gens au pouvoir, ça peut aller contre Bush parce que
c’est lui qui est responsable des frustrations dans la vie
de beaucoup de citoyens».
L’onde de choc
Le tremblement de terre politique californien a fait sentir son
onde de choc partout aux États-Unis. Les Californiens passent
pour des excentriques, d’accord, mais d’autres États
pourraient les imiter. La démocratie directe a des effets
pervers : le gouverneur Davis n’avait rien fait de repréhensible,
entendons par là : corruption ou des actes criminels quelconques.
Aussi, comment savoir si la colère des électeurs
n’est pas généralisée à travers
tout le pays? La classe politique a un sérieux examen de
conscience à faire, lorsque des électeurs font plus
confiance à un Monsieur Muscles qu’à un homme
ou une femme qui défend des idées, pour les représenter.
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