Lors d’une entrevue télévisée, le secrétaire d’État Colin Powell a déclaré que les relations bilatérales franco-américaines seraient grandement perturbées si la France ne se rangeait pas du côté des Américains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En fait, le sentiment antifrancais ne fait que s’amplifier. Les Américains ne digèrent vraiment pas le refus de la France de participer à la « coalition of the willings » du président Bush.

 

 


:: Christine St-Pierre ::
Washington : Are you French?

Washington, le 24 mars 2003 – Peu importe l'issue du conflit en Irak, il semble de plus en plus clair que le long et difficile affrontement entre Paris et Washington au Conseil de sécurité des Nations unies, à New York, aura fait au moins une victime : la vieille amitié franco-américaine, mise à mal par la résistance de la France au projet d'intervention américaine. Si des déclarations de dirigeants américains laissent entrevoir la profondeur de leur ressentiment envers la France, il faut voir aussi que cette rancœur s'est répandue dans plusieurs sphères de l'activité. La correspondante de la télévision de Radio-Canada à Washington, Christine St-Pierre, nous livre ici quelques constatations sur le changement d'attitude des Américains à l'égard des francophones.

Les Nations unies, à New York

17 mars 2003 : Je suis devant les Nations unies. L’heure est grave, la déchirure annoncée au Conseil de sécurité va bientôt se concrétiser. Des dizaines de camions satellites sont alignés. Les techniciens s’affairent, préparent les interventions en direct des journalistes. À nos côtés, le camion satellite d’ABC, l’une des plus grandes chaînes de télévision aux États-Unis. Un homme qui a l’air du producer (réalisateur) nous regarde travailler, mais surtout, il m’écoute préparer mon direct. Soudainement, il s’exclame : « You fucking French! » Mon réalisateur, Bruno Bonamigo, se retourne.

- We’re TV crew from Montreal and you?
- Fucking Montreal!

L’anecdote paraît amusante, mais ces jours-ci, vivre aux États-Unis et parler français n’est pas de tout repos. Il n’y a pas si longtemps encore, lorsque j’ouvrais la bouche et que l’on m’entendait parler anglais avec mon accent français, on me disait avec un sourire : « - Are you French? - I speak French , but I’m from Canada. » Et c’était parti sur la joie de vivre des Français, la mode, la cuisine, les vins.

En fait, le sentiment antifrancais ne fait que s’amplifier. Les Américains ne digèrent vraiment pas le refus de la France de participer à la « coalition of the willings » du président Bush.


Les inévitables blagues

Un site web qui s’intitule « FranceStinks.com » (FrancePue.com) en dit long. En plus d’appeler au boycott de plus de 160 produits français (Purifiez vos maisons et détruisez-les!), on y va aussi de blagues du genre : Qu’a dit le maire de Paris à l’armée allemande lorsqu’elle est entrée dans la ville lors de la Deuxième Guerre mondiale? Une table pour 100 000, M’sieur! Ou encore : Combien de Français faut-il pour défendre Paris? Personne ne le sait, ils n’ont jamais essayé!

En janvier dernier, un ancien assistant du secrétaire à la Défense au Pentagone déclarait sur les ondes de NBC : « Aller à la guerre sans les Français, c’est comme aller à la chasse sans accordéon. Vous ne faites que laisser derrière vous un paquet inutile et bruyant! »

Quel prix paiera la France pour sa politique, on ne le sait pas encore. Mais lors d’une entrevue télévisée, le secrétaire d’État Colin Powell a déclaré que les relations bilatérales franco-américaines seraient grandement perturbées si la France ne se rangeait pas du côté des Américains. Depuis le 11 septembre 2001, il n’y a plus de nuances dans la politique extérieure américaine. « C’est simple, dit le président Bush. Vous êtes de notre bord ou vous êtes du bord des terroristes. »

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19 mars, 11 h 30 : J’écris ces lignes à quelques heures du déclenchement de la guerre. Washington est sous tension. Partout au pays, l’alerte au terrorisme a été portée d’élevée à très élevée. La ville est entourée de batteries anti-missiles. Le périmètre de sécurité a été resserré autour de la Maison-Blanche. Les autorités affirment que plusieurs informations crédibles annoncent l’imminence d’attaques terroristes en sol américain. Il faut savoir que le fait d’augmenter la tension aide aussi politiquement George Bush. Les sondages indiquent que 70 % des Américains se rallient maintenant derrière le président.


Masque à gaz et toilette chimique

Paranoïa ou pas, mon masque à gaz est bien en vue sur mon bureau. Hier, un spécialiste est venu nous expliquer en long et en large les types d’armes chimiques et bactériologiques. « Vous devez avoir votre cipro (antibiotique). Si une attaque survient, dit-il, vous ne sortez pas. Préparez-vous à rester au moins 48 heures à l’intérieur. Donc, ayez de l’eau en quantité, de la nourriture, des piles, un appareil radio. Apportez aussi des vêtements. La circulation d’air devra être interrompue. Vous devrez isoler les fenêtres. Vous vous assemblerez dans le studio et y demeurerez jusqu’à nouvel ordre. Ah oui, j’oubliais. Prévoyez une toilette chimique, ce sera plus … respirable. »

L’homme est un vétéran de l’armée britannique. Je lui demande :

- Croyez-vous qu’il y aura une attaque en sol américain?
- Oui, assurément. Washington est une cible.
- Que faire en cas d’attaque chimique dans le métro?
- Vous n’avez aucune chance à moins de vous promener avec votre combinaison et votre masque à gaz. (Ma décision est prise, je prends le taxi).


Je me fais la réflexion suivante : à des milliers de kilomètres, la guerre se prépare, mais ici, aux États-Unis, la guerre a été déclenchée un certain 11 septembre et l’ennemi est… invisible.

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20 mars, 20 h : La guerre est déclenchée depuis 24 heures. Je m’étonne de voir à quel point l’esprit s’adapte aux évènements. Nous entrons dans une sorte de routine. C’est presque « business as usual ». Je garde un oeil sur les écrans de télé. Tiens, je vois à CNN un militaire de la 101e division aéroportée. Je le reconnais. En novembre, je m’étais rendue observer un entraînement militaire en Louisiane. C’est ce commandant qui nous accordait les entrevues.

Je revois dans ma tête les visages de ces jeunes soldats que nous avions filmés. Cette fois, ils sont là-bas, et il n’est plus question d’exercice.


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Extrait d’une lettre d’un ami posté dans les Balkans qui me parle de ses dernières vacances :

« Donc, on résume : il faut se tenir loin des sites touristiques, loin des Américains, loin des musulmans. Il nous reste la Lune, la station orbitale... mais le retour n’est pas sûr! Que nous reste-t-il? Notre pays... mais il ne faut pas le dire! » (C.M.)

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