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Pour sa première collaboration
à (DNC), Christine St-Pierre avait prévu raconter
ses premiers jours à Washington, son arrivée, son
installation, les difficultés d'obtenir un visa, une carte
de sécurité sociale, un permis de conduire. Elle se
proposait de parler de son adaptation, de la bureaucratie, des files
d'attente. Mais le 11 septembre est arrivé, et tout cela
est devenu bien futile.
Washington,
11 octobre 2001 Le 11 septembre,
cela faisait exactement deux semaines que je venais d'entrer en
poste au bureau de Washington. Ce matin-là, j'attendais devant
un bureau de la compagnie de téléphone pour payer
les frais d'adhésion. Bruno Tremblay, mon affectateur (le
responsable des affectations internationales à Montréal),
me téléphone et m'apprend qu'un avion vient de percuter
le World Trade Center. Il me demande de retourner chez moi prendre
quelques effets personnels, de rejoindre mon caméraman et
ma réalisatrice et de partir le plus rapidement possible
pour New York.
Dans le taxi qui me conduit au bureau,
j'entends qu'une deuxième tour est touchée. Je réalise
l'ampleur de la catastrophe mais pas tout à fait, parce que
je n'ai encore vu aucune image. Dans la rue les camions de pompiers
roulent à vive allure, le chauffeur de taxi est survolté.
J'arrive au bureau, on me dit que le Pentagone vient d'être
attaqué et qu'un autre avion est hors de contrôle.
Je vois les images, c'est le choc mais pas le temps de se laisser
emporter par les émotions. Ma réalisatrice sort les
dépêches à une vitesse folle. On ne part plus
pour New York.
Christine
St-Pierre en compagnie de Marie-Ève Bédard réalisatrice
et du
caméraman-monteur Sylvain Richard |
À dix heures, j'entre en ondes
sur RDI et SRC, en donnant les toutes dernières informations,
en précisant que le personnel de tous les édifices
gouvernementaux a recu l'ordre d'évacuer. La tension est
grande : les bureaux de Radio-Canada sont situés à
deux pas de la Maison-Blanche. Une information veut qu'elle soit
une cible. Les sirènes hurlent sans discontinuer : Washington
est en état d'alerte maximale, du jamais vu depuis la seconde
guerre mondiale. Entre deux interventions en ondes je réussis
à sortir dans la rue chercher des commentaires. Aucune panique,
mais la tension est vive. Les gens s'interrogent sur l'incompétence
des services secrets américains.
Des faits et des rumeurs
Toute la journée, nous ne
sortirons pas des ondes, confrontés à un souci constant
: comment livrer l'information la plus juste possible, faire le
tri entre ce qui est confirmé et ce qui n'est que rumeurs.
On craint une attaque biologique, des voitures piégées.
La Maison-Blanche et le Capitole étaient des cibles. Washington
est passée à deux cheveux de l'impensable.
Les informations viennent surtout
des grands réseaux américains. Plus la journée
avance, plus nous sommes impatients d'entendre ce que va dire le
président. Vers 20 heures il apparaît sur les écrans.
Depuis le matin, le monde entier a vu les images rediffusées
sans arrêt des avions s'engouffrant dans les tours jumelles
de New York, mais Bush ne parle pas d"acier ni de vitres :
il prépare l'Amérique. Le bilan, dit-il, sera lourd,
très lourd. Il avance que des milliers de personnes ont perdu
la vie. On s'en doutait bien sûr, mais aucun porte-parole
officiel n'avait encore avancé de chiffres.
Un cauchemar bien réel
Vers minuit je suis rentrée,
plus aucun taxi dans la ville, qui est pour ainsi dire à
genoux. Des véhicules militaires montent la garde. En marchant,
je réfléchis à cette incroyable journée.
Un portier d'hôtel me dit bonsoir, le seul sourire depuis
des heures. J'ai mal à l'âme et le goût de pleurer.
Je dois dormir, la nuit sera courte, je dois rentrer au bureau tôt
le lendemain matin.

Christine
St-Pierre et Sylvain Richard
devant le Pentagone |
A mon réveil, j'espérais
avoir rêvé mais non, en retournant au travail, je regarde
les boîtes à journaux, je n'avais jamais vu de titres
aussi gros. Les véhicules militaires sont toujours là.
Je me secoue, la journée commence, elle sera longue elle
aussi. Je pense au 7 décembre 1941, à l'attaque des
kamikazes japonais contre Pearl Harbor, je pense à mes collègues
basés cette journée-là à Washington.
C'était le baptême de
votre nouvelle correspondante à Washington.
* * *
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