1 septembre 2011
Dadaab: enfer ou paradis?
À Dadaab, les bourrasques de sable donnent des allures surréalistes aux maigres silhouettes qui marchent contre le vent. Des ombres courbées par le poids de souffrances aussi indescriptibles que le paysage. Aucune image, aucune photo ne peut reproduire l'immensité du plus grand camp de réfugiés au monde, qu'on dirait planté en plein désert.
Dadaab, c'est en fait trois camps, trois villes, trois communautés. Avec des écoles, des hôpitaux, des hôtels, des restaurants, des salons de coiffure, des milliers de petits commerces. Depuis le printemps, un quatrième campement de tentes est subitement apparu en pleine brousse, pour accueillir 300 000 nouveaux réfugiés venus de Somalie. Des gens souvent traumatisés par des années de violences, suivi d'une famine qui aurait tué, jusqu'ici, près de 30 000 enfants, selon l'ONU.
Les conditions de vie dans cette « extension » du camp sont à peine humaines. Des latrines viennent tout juste d'être installées, après trois mois. Mais quand on croise les gens, qui viennent parfois spontanément vers nous, leur sourire nous fouette. Un médecin mexicain croisé dans un hôpital de Médecins sans frontières nous disait avoir aussi été frappé par ces sourires. « Pour ces Somaliens qui ont connu la guerre et la famine, c'est le paradis ici. Ils n'ont plus peur et ils peuvent manger. »
Le sourire de ces réfugiés contraste avec les pleurs d'enfants à l'hôpital. Des enfants tellement rachitiques que certains ne peuvent plus marcher. Toute une génération de petits Somaliens sacrifiée sur l'autel de la politique. La communauté internationale, après l'échec cuisant de son intervention en 1992, a complètement ignoré le chaos somalien pendant 20 ans. Aujourd'hui, des dizaines de milliers d'enfants innocents en paient le prix. La communauté internationale n'est pas impuissante, elle est indifférente.
Ce n'est pas la sécheresse qui tue des enfants dans la Corne de l'Afrique. C'est l'apathie politique. À Dubaï, on a construit des pentes de ski en plein désert. Las Vegas est construite en plein désert. L'irrigation est possible dans cette région, il s'agit d'investir. Mais la volonté politique n'y est pas. Au Kenya, les régions du nord-est, des terres semi-arides souvent touchées par la sécheresse, sont laissées pour compte par le gouvernement de Nairobi, sous prétexte d'une insécurité chronique. Mais c'est la pauvreté, la rareté des ressources, qui crée les tensions. Si on développait ces régions, les sources de conflits finiraient par disparaître, en même temps que la pauvreté extrême. Tout le monde le sait, personne ne bouge.
En attendant, deux enfants sont morts hier à l'hôpital MSF de Dagahaley, un des trois camps de Dadaab. Mort de diarrhée. Mort de rougeole. Des décès totalement évitables. Mais ici, la rougeole est mortelle dans presque 30 % des cas. Quand un enfant de deux ans a le poids d'un bébé de quatre mois, toute maladie peut être fatale.
Un homme d'affaires kenyan me disait que « si au lieu d'injecter deux milliards dans l'urgence, l'ONU avait investi cet argent dans des systèmes d'irrigation, les sécheresses inévitables ne provoqueraient plus de famine ». Alors, pourquoi ne le fait-on pas?
Les reportages de Sophie Langlois sur Dadaab diffusés au Téléjournal dans la semaine du 29 août 2011
Regardez les reportages de Sophie Langlois sur notre page
« International »
Correspondante parlementaire à l'Assemblée nationale pendant plus de cinq ans (de 2000 à 2005), elle couvre aussi les suites du terrible tsunami en Indonésie et la grippe aviaire au Vietnam.
Elle devient correspondante à Washington en 2006, où elle rend compte notamment de la spectaculaire chute de popularité de George W. Bush.
Depuis août 2007, Sophie Langlois est la correspondante de Radio-Canada pour l'Afrique. Elle nous fait découvrir non seulement les conflits qui ravagent le continent noir, mais aussi le quotidien de 800 millions d'Africains, leur courage, leur dignité et leur sourire.
5 septembre 2011
Il y a une vingtaine d'années, j'ai lu un article suggérant la plantation de plantes de jojoba sur ces énormes surfaces désertiques africaines-les racines de ces plantes allant jusqu'à 30mètres sous terre pour trouver de l'eau elles ne requièrent pas d'arrosage. Elles dégageraient assez de vapeur d'eau pour former des nuages et donc pour donner de la pluie. La raison pour laquelle cette solution ne fut pas adoptée était, si je me souviens bien, de nature protectioniste envers les producteurs de jojoba occidentaux.
La question fut débatue aux Nations Unies. Cette solution qui semble moins onéreuse que des forrages de puits et des systèmes d'irrigation serait peut-etre à revoir en vue de la situation dramatique en Afrique.
Elizabeth Eftimiadi
elizabeth eftymiadi, london
5 septembre 2011
bonjour, Je souhaiterais pouvoir communiquer avec vous concernant un concert que nous organisons le 25 nov. C'est à la suggestion de Laura Julie Perreault de la Presse.
sylvain thibaults, montreal
5 septembre 2011
Merci Mme Langlois pour cet article et les autres. Pauvretés chroniques et violences incessantes sont des questions complexes bien sûr. Alors j'apprécie qu'on creuses ces questions et les réponses toutes faites des gouvernements, ici et ailleurs, jusqu'aux racines. Le dépannage ne suffit pas pour empêcher des enfants de mourir. Alors questionner, nous questionner et ramener les questions dans nos consciences, sans relache afin que nous fassions pression sur nos gouvernements.
Gérard Laverdure, Montréal
2 septembre 2011
On entendait parler des Chinois qui investissaient en Afrique...ce qu il y aurait de mieux pour l Afrique serait qu une avancée positive des chinois, réussite économique et tout ca, fasse naitre une concurrence internationale sur ce continent la...
Normand Lemay, Trois-Rivieres
2 septembre 2011
Pourriez-vous nous donner des exemples de pays qui ont été développés par des organisations ou d'autres pays sans s'y imposer? L'effort doit venir de l'intérieur. On ne peut instaurer le développement dans une région contre la volonté de la population localei. Ca ne fonctionne tout simplement pas. L'Afghanistan n'estil pas le meilleur exemple?
Pierre Racine, Québec
1 septembre 2011
Voici quelques semaines, je relatais dans le blogue de Manon Cornellier (L'Actualité) que cette région de la Corne de l'Afrique disposait de tout le potentiel pour pouvoir se développer. Je ne reviendrai pas sur le détail. Je relevais aussi que les efforts déployés depuis la décolonisation (années 60) avaient en grande partie été vains. La situation même en matière d'irrigation dont vous faites mention avait régressée au lieu de progresser. J'avais noté que pour des raisons culturelles les habitants ne sont pas portés à cultiver leur propre jardin préférant l'élevage.
J'ai pu constater que de tels sujets, pourtant essentiels, ne passionnent pas la population d'ici, puisque les commentaires étaient rares.
On peut attribuer les causes de la situation présente à un ensemble de facteurs. Certains sont objectifs, il y a bien une sècheresse et il y a ces luttes politiques, religieuses et autres tribales sans relâches qui aux yeux de l'occidental n'ont aucun bon sens.
Il reste cependant un facteur qui lui est gratuit, qui n'est ni politique, ni racial, ni religieux, c'est : « la volonté ». Aussi longtemps qu'il n'y aura pas cette volonté inébranlable de la population de croire qu'elle peut parvenir à une vie décente. On restera avec de tels problèmes. En soutient de la « volonté », il y a : « le droit ». Si les citoyens ne se défendent pas pacifiquement pour le respect de leur droit de vivre et d'exister dans la sécurité et bénéficier d'un confort convenable, il y aura toujours des chefs rebelles pour soumettre la population où que ce soit.
Il faut espérer que plus de citoyens de Somalie ou d'ailleurs seront dûment éduqués pour progressivement soutenir leurs concitoyens à fin qu'ils saisissent qu'ils ont tout le talent pour changer, aller de l'avant et puis vivre heureux.
Combien cela prendra-t-il de temps ? Peut-être encore vingt ou trente ans. Qu'importe le temps, comme l'écrivît la Fontaine : « C'est le fond qui manque le moins »; Il faut mettre fin au sous-développement car ce n'est pas naturel.
Serge Drouginsky, Longueuil

