28 juin 2011
FMI : pourquoi Ottawa n'a-t-il pas choisi Lagarde?
Les États-Unis, la Chine, la majorité des pays d'Europe, la Russie et le Brésil ont publiquement donné leur appui à Christine Lagarde dans la course à la direction du FMI. Avant même la réunion du FMI à Washington, Christine Lagarde avait déjà gagné.
Les appuis publics donnent une majorité de votes à la ministre française des Finances, une avocate de talent, qui s'est démarquée durant la crise financière par son calme, sa clairvoyance et son approche tempérée, efficace et juste de la crise. Le modèle social de la France, qu'elle a toutefois déjà critiqué, a permis à son pays d'éviter une récession aussi profonde qu'en Grande-Bretagne et aux États-Unis notamment.
Si Christine Lagarde s'est imposée comme le premier choix pour diriger le FMI, le Canada a choisi d'appuyer l'autre candidat dans cette course : Agustin Carstens, gouverneur de la banque centrale du Mexique. Le Canada n'est pas seul. L'Australie, entre autres, s'est prononcée pour le financier mexicain. Mais la décision d'Ottawa a paru surprenante. Elle est toutefois logique compte tenu des intérêts du Canada.
1- Le Sud d'abord!
Le gouvernement conservateur mise sur le Sud. Depuis son arrivée au pouvoir, Stephen Harper a négocié des ententes bilatérales de libre-échange avec plusieurs pays d'Amérique du Sud.
En novembre 2008, le Canada a conclu un accord de libre-échange avec la Colombie. En août 2009, il y a eu la conclusion d'un partenariat avec le Pérou. En mai 2010, c'était au tour du Panama de parapher une entente avec Ottawa. Des accords avec le Costa Rica et le Chili ont aussi été négociés sous les libéraux de Jean Chrétien. Et auparavant, bien sûr, l'ALENA, l'Accord de libre-échange nord-américain avec les États-Unis et le Mexique.
Le gouvernement veut signer d'autres ententes un peu partout sur la planète, mais encore en Amérique du Sud, notamment avec le marché commun des Caraïbes, la République dominicaine et le Honduras.
Sur le site des Affaires étrangères et du Commerce international, le gouvernement indique qu'il « est toujours prêt à reprendre les négociations avec le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua lorsque les négociations avec le Honduras seront terminées. [...] Les principaux intérêts canadiens en Amérique centrale sont, notamment, les produits et services de télécommunications, le matériel et les services environnementaux, les aliments transformés à valeur ajoutée, les produits automobile, ainsi que les engins de chantier et les services de construction ».
La plupart des pays d'Amérique latine, sauf le Brésil, ont donné leur appui à Agustin Carstens.
2- Séduire les émergents...
Le Canada regorge de ressources et de métaux dont les pays émergents ont besoin aujourd'hui et auront besoin encore davantage demain. Alors que le FMI s'est légèrement ouvert aux pays émergents sous le règne de Dominique Strauss-Kahn, le défi du prochain dirigeant sera de faire en sorte que le FMI reflète mieux la réalité économique internationale.
Le Canada, en choisissant Agustin Carstens, envoie le message qu'il appuiera une plus grande place pour les pays émergents, qui deviennent des partenaires économiques de plus en plus importants pour le Canada et ses exportateurs.
3- Agustin Carstens, un conservateur
Le patron de la banque centrale du Mexique est de tendance conservatrice. Il a étudié à l'Université de Chicago, identifiée à Milton Friedman, aux Chicago Boys et à l'école de Chicago, mouvement d'économistes libéraux, voire libertariens, prônant le laissez-faire économique.
Il a été sous-ministre aux Finances sous la présidence de Vicente Fox, au Mexique, affirmant des liens avec le Parti de l'action nationale du Mexique, parti conservateur.
Si Christine Lagarde est plus libérale que Dominique Strauss-Kahn, Agustin Carstens l'est encore plus! Et il est ainsi plus près des valeurs des conservateurs à Ottawa.
4- Et puis, c'est aussi un bon candidat!
Ottawa a misé sur un candidat d'expérience, il faut le dire. Agustin Carstens connaît le FMI. Il a aussi dû composer avec des crises financières, notamment les problèmes d'endettement du Mexique dans les années 80 et la crise du peso en 1994. Il avait le curriculum vitae pour avoir le poste, et le Canada n'avait pas tort de croire qu'il aurait été un bon directeur général.
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C'était mon dernier billet dans ce carnet. Bon été! On se retrouve à la rentrée avec une nouvelle formule! À suivre...
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30 juin 2011
Je m'excuse auprès des lecteurs pour les bêtes fautes d'orthographe que je fais. Je suis sidéré de voir que je fais autant de fautes. Je constate que plus la pression est forte, plus je fais des fautes. J'essaierai de faire plus attention, d'écrire moins vite et de donner à la langue française le lustre qu'elle mérite.
Jean Lespérance, Montréal Québec
29 juin 2011
Un ou l'autre ne changera rien pour le FMI. Il y a des règles à suivre. Puis faire une petite courbette au pacte Usa-Mexique-Canada me parait jouer ses chances entres amis.
Prud'homme Gilles, quebec
29 juin 2011
Le FMI me fait penser à l'AMF, plus ou moins bon pour intervenir après les crises, pour les prévenir, un gros zéro.
Carstens ou Lagarde, bonnêt blanc ou blanc bonnêt, belle mais vaine tentative pour sauver le capitalisme outrancier. Je n'applaudirai pas.
Jean Lespérance, Montréal Québec
29 juin 2011
Il est conseillé à Madame "Lagarde" de "garder"
les yeux grands ouverts!...
Le Canada n'est pas satisfait de ce choix?
C'est normal parce que " c e u x " qui sont infiltrés dans notre Gouvernement Fédéral depuis des décennies - ne pourront pas la manipuler facilement... Voilà ou le bat blesse!...
Lafontaine Marie, Québec
29 juin 2011
Cela ne portait pas à conséquence...à partir du moment où C Largarde était assuré d'être choisie, Ottawa pouvait se permettre de gagner quelques points de sympathie avec l'Amérique du Sud et le Mexique en particulier.
LE GOFF Eric, Montréal
28 juin 2011
Je regrette sincèrement de vous dire que je suis en désaccord avec vous sur le choix d'Agusta Carstens. Vous dites qu'il est de tendance conservatrice, pourtant Milton Friedman était loin d'être conservateur, à moins que conservateur signifie conserver le même système. C'est le système de Friedman, la non intervention de l'État, qui nous a conduit au fiasco actuel et qui va nous projeter dans une seconde crise. Quand l'esprit, l'État n'est pas là pour modérer, tempérer les désirs, les faims du corps, il s'ensuit non pas de l'inflation mais un cancer du foie. Il faut revenir aux principes de Keynes en conservant le cadre normal. Le cadre normal permet de favoriser le plein emploi, le libre-échange, non. Mme Lagarde ne serait pas choisie par le FMI si elle voulait agir à l'encontre du système actuel qui donne tous les pouvoirs aux banquiers qui trichent à volonté tout en reprochant à la Grèce d'avoir abusé du système. Tant qu'on ne changera pas cette mentalité de privatiser les profits et de socialiser les pertes, le FMI et tous ses acolytes ne feront qu'encourager le vol et le gaspillage des fonds publics. Si Mme Lagarde est aussi intelligente que vous le dites, pourquoi est-elle muette au sujet de la Grèce? Mme Lagarde est un haut-parleur et non une voix.
Jean Lespérance, Montréal Québec
28 juin 2011
Votre analyse est tout à fait pertinente. Je pense que ce qui a surtout fait pencher la balance du Canada pour monsieur Carstens ce sont aussi ses valeurs conservatrices qui embrassent celles d'Ottawa (votre #3). Cela dit, en diplomate raisonnable, le bureau de monsieur Harper n'avait pas manqué de souligner que madame Lagarde était aussi une très bonne candidate, ce qui est indéniable.
Comme il n'y avait que deux prétendants et que le choix du directeur (ici la directrice) se fait pas consensus. Il n'y a donc aucune division au sein du conseil d'administration du FMI. Quoiqu'il en soit, madame Lagarde est un femme méritante qui a travaillé vraiment fort pour parvenir au poste qu'elle occupe désormais. Et personnellement je lui souhaite la meilleure des réussites.
Le fait que ce soit une femme qui accède à cette place envoie un message intéressant qui incite à suivre de plus près les travaux et les décisions qui seront prises par le FMI. On peut dire en ce sens que le choix de Christine Lagarde est un choix judicieux.
Pourtant, je suis inquiet – et la sueur perle sur mon front, c'est peut-être la chaleur remarquez – pour le président Sarkozy qui vient de perdre un excellent élément. Sont-ce les prémices de la fin d'un règne heureusement court et peu glorieux ?
Alors bonnes vacances, monsieur Fillion et peut-être à la rentrée prochaine pour des carnets toujours plus palpitants les uns que les autres :-)
Serge Drouginsky, Longueuil

