24 juin 2011
Le Waterloo de l'OTAN?
L'OTAN survivra-t-elle à l'Afghanistan et à la Libye? Sortie annoncée d'Afghanistan, très dure campagne en Libye, épuisement des ressources, désaccords entre alliés : les temps sont difficiles pour l'alliance militaire occidentale, qui s'interroge avec angoisse sur elle-même et sur son avenir.
À la mi-juin, Robert Gates, secrétaire sortant à la Défense des États-Unis, se sentant, peut-être, déjà libéré du devoir de réserve parce qu'il prend sa retraite à la fin juin, y allait d'un diagnostic très, très dur sur l'état de l'Alliance.
Il a parlé d'un avenir funeste pour l'organisation, si elle ne se ressaisit pas rapidement, si une campagne comme celle menée en Libye ne donne aucun résultat positif, et si les Européens continuent de refuser de payer leur part. Actuellement, l'Europe ne défraie que 25 % des coûts de l'OTAN, contre 75 % pour les États-Unis. Il y a 20 ans, c'était moitié-moitié.
Désarroi et zizanie
En Libye, plus de trois mois après une initiative qui devait faire tomber rapidement le dictateur, l'aveu de bavures mortelles contre des civils, ceux-là mêmes que l'opération est censée protéger sème désarroi et zizanie. Et si nous nous trompions dans toute cette affaire, se demande par exemple le gouvernement italien. Ce dernier a réclamé, avant de se dédire, une suspension des activités dans le ciel de Libye. Même si d'autres, comme les Français, continuent de croire que Mouammar Kadhafi va bien finir par tomber et qu'il faut donc maintenir la pression.
Pour l'OTAN et les États-Unis, l'Afghanistan est une affaire qui dure depuis presque une décennie, une expérience peu concluante de « nation-building ». Barack Obama a annoncé le 23 juin un début de retrait d'Afghanistan, en admettant que les États-Unis « ne laisseraient pas derrière eux un pays parfait »... une belle litote!
Mais la Libye représente potentiellement un autre type d'échec. L'Afghanistan ronge l'OTAN sur le long terme, avec des objectifs officiels qui sont modifiés, révisés à la baisse, au fil des années, et avec des opinions publiques qui décrochent graduellement. Tandis que l'expédition libyenne, elle, fait mal dans l'immédiat. Elle représente peut-être pour l'OTAN... la goutte qui fait déborder le vase.
Voici la plus grande alliance militaire de tous les temps, pour reprendre les mots de Robert Gates, qui annonce une campagne éclair, limitée dans le temps, ultraciblée et foudroyante, censée en finir avec Kadhafi en deux temps, trois mouvements, mais qui, après plus de trois mois, s'avère incapable de vaincre, dans un pays de 6 millions d'habitants, doté d'une armée plutôt rudimentaire...
L'humiliation!
Bientôt à court de munitions
Et maintenant, on chuchote que les Européens en Libye seraient même à la veille d'une rupture de stock! Des entrepôts vides. Des munitions bientôt manquantes pour les avions Rafale et Super-Étendard des Français. Des effectifs au sol en nombre insuffisant pour guider les sorties des avions. Un porte-avions, le Charles de Gaulle - c'est le seul vaisseau européen de ce type actuellement disponible -, qui serait à la limite de ses capacités, avec un urgent besoin d'entretien. On peut allonger cette liste, qui renvoie l'image d'une alliance occidentale à bout de souffle.
Pas étonnant que dans ces conditions, les Italiens disent maintenant : « Arrêtons, suspendons les activités militaires en Libye, tenons-nous-en à l'humanitaire et favorisons une solution politique ». Franco Frattini, le ministre des Affaires étrangères, un des rares personnages sérieux du gouvernement Berlusconi, a causé un petit scandale en disant qu'après les bavures des 18 et 19 juin à Tripoli (une quinzaine de civils tués par l'OTAN), la campagne militaire occidentale a perdu de sa crédibilité.
Sans compter la question de l'argent... Dans son « discours-testament » de Bruxelles, Robert Gates a parlé très fort de ce problème, en demandant aux Européens : « Voulez-vous, oui ou non, payer pour votre défense? Parce que les Américains, eux, le peuvent de moins en moins! » Et Gates a enfoncé le clou : notre situation, dit-il, devient in-te-na-ble.
Le problème, c'est qu'en Europe aussi, les budgets sont complètement étirés, l'élastique est au maximum. Il n'y a plus d'argent, et le climat n'est absolument pas propice à un doublement des dépenses de défense. Un doublement qui, selon les États-Unis, serait nécessaire en Europe.
Autrement dit, le bon vieil impérialisme occidental a du plomb dans l'aile. Il n'a peut-être plus les moyens de ses ambitions. La projection pessimiste de Robert Gates, c'est que, après l'Afghanistan et la Libye, l'OTAN n'a peut-être tout simplement plus sa raison d'être.
Rectification : Une première version de ce billet faisait erronément référence au porte-avions George-Clemenceau plutôt qu'au Charles de Gaulle.
Écoutez les analyses de François Brousseau sur notre page
« International »
François Brousseau est le chroniqueur-analyste de Radio-Canada pour les affaires internationales.
François Brousseau est souvent allé sur le terrain à l'étranger. Il a notamment signé, surtout dans Le Devoir, des reportages d'Haïti, d'Italie, de Pologne, de l'ex-Tchécoslovaquie et de l'ex-Yougoslavie, d'Israël, de Taïwan et de Cuba. Au fil des ans, il a pu interviewer des personnalités comme Mikhaïl Gorbatchev, Lech Walesa, Jean-Bertrand Aristide, Kim Dae-Jung, Shimon Peres, Ariel Sharon, José Ramos-Horta, Oscar Arias et Giulio Andreotti.
Entré à l'emploi de la première chaîne radio de Radio-Canada en 2002, il avait déjà une longue expérience en journalisme écrit. Il a notamment fait sa marque comme reporter et éditorialiste aux affaires internationales pour le quotidien Le Devoir de 1991 à 1997, journal dans lequel il a également tenu une chronique hebdomadaire de 2005 à 2007.
En 1994, il a reçu la Bourse Michener pour journalistes. Cette récompense lui a permis de mener un séjour prolongé de recherche en Italie et de ramener plusieurs reportages de ce pays.
Après un mandat de trois ans (1997-2000) comme directeur des communications à la Délégation générale du Québec à New York, il est revenu à Montréal où il a retrouvé sa passion: le journalisme. D'abord à l'écrit en tant que reporter au magazine L'actualité en 2001-2002. Il a été récipiendaire, à ce titre, d'un National Magazine Award pour l'article «Sommes-nous seuls dans l'Univers?», paru en août 2001. Mais aussi et surtout à la radio, qui est devenue, à partir de 2002, son nouveau médium de prédilection.
En 2003 et en 2004, il a été responsable de la revue de presse internationale quotidienne à l'émission Maisonneuve en direct. De 2004 à l'automne 2007, il était responsable des affectations des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs à l'information internationale pour les nouvelles à la radio.
Passionné des cultures étrangères, François Brousseau parle six langues: français, anglais, espagnol, italien, portugais et polonais.
28 juin 2011
«L'Occident a dominé le monde non pas par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion mais par sa supériorité à recourir méthodiquement à la violence. Les occidentaux l'oublient souvent, les autres ne l'oublient jamais.» Samuel P. Huntington
En d'autres mots, l'oligarchie mafieuse occidentale n'a plus les moyens de ses ambitions. Mêmes les bombes n'échappent pas à l'augmentation du coût de la vie et de la mort. La propagande n'arrive plus à détourner l'opinion publique occidentale de l'intensité du non-sens de ces guerres alors que nos gouvernements croulent littéralement sous des dettes astronomiques qui ne seront jamais remboursables.
Le dilemme que pose la situation actuelle aux finances publiques est le suivant : Devons-nous sauver le peuple où les banques ? Démocratie ou dictature fascisante du marché par les spéculateurs de la haute finance qui accumulent et logent leurs capitaux dans les paradis fiscaux ?
Le désir de domination de l'oligarchie occidentale a fait que nos gouvernements ont investi à contre courant de leur opinion publique, beaucoup plus dans l'OTAN que dans l'ONU, beaucoup plus dans l'intimidation que dans la communication et ça continue. Les Waterlooser de l'OTAN veulent nous ravir les restes de notre démocratie en lambeaux.
miron denis, Montbeillard
26 juin 2011
D'entrée de jeum il est clair que cette organisation (l'Otan) qui est devenu avec le temps le bras armé de l'impérialisme occidental et dont aucun pays membre n,a tenu une consultation populaire auprès de leur peuple pour y adhérer doit disparaître.
En ce qui concerne la stratégie humanitaire, elle semble dans plusieurs cas être devenu de l'impérialisme humanitaire où on ne fait pas toujours très bien la différence entre ingérence et coopération. Le cas d'Haiti est probant avec cette forme d'impérialisme évangéliste qui est apparu plus que jamais quelques jours à peine après le tremblement de terre. Idem pour «l'aide humanitaire» déguisée en Indonésie après le Tsunami en mission évangéliste afin de convertir de pauvres familles musulmanes au chritiannisme en retour d'une nouvelle petite maison préfabriquée.(source : Médecins du monde) La Libye ne fait pas exception dans ce cas-ci. Les chaînes ultrareligieuse missionnaire aux É.U capté grâce au sateliite Fortec Star fait déjà mention de l'après Khadafi
et recrutent des futurs missionnaires depuis le milieu du mois de mai.
Suggestion de lecture: L'impérialisme humanitaire de jean Bricmont Éditions Lux.
Denys Mehdi Duchêne Ex-journaliste
Denys Mehdi Duchêne, Montréal
25 juin 2011
Le "retrait" d'Afghanistan est très relatif vu qu'il y aura toujours beaucoup plus de soldats US après le "retrait" qu'avant l'arrivée de BHO (deux fois plus?).... Com'
Le refrain "nous n'avons pas d'argent, la sécurité ne peut être maintenue" peut être considéré comme un appel d'augmentation des fonds alloués à la "défense" (j'aime la novlangue). Il est indéniable que les budgets militaires explosent depuis des années et que des projets très coûteux sont en cours de réalisation (bouclier antimissile,....). Je pense donc qu'il s'agit plus de "communication" que d'une réelle difficulté de l'alliance et que les moyens de ses "ambitions guerrières" sont intacts. S'ils sont vraiment limités nous avons tout à craindre d'une fuite en avant. Peut être est-ce cela que nous vivons actuellement.
Quant à la Libye, la réalité des dessous de l'opération commençant à se faire jour (http://guerre.libreinfo.org/manipulations/mensonges-de-guerre/99-guerre-libye.html) il est normal que d'aucun se positionnent et donnent l'illusion du débat... Communication
Tanguy
Tanguy H, Belgique
25 juin 2011
Je ne suis pas expert dans le domaine mais il me semble que l'OTAN fut fondé dans le contexte de la guerre froide avec l'ancien bloc soviétique. Je crois qu'il ne sont pas nombreux en Europe à se sentir encore menacés de ce côté là.
L'OTAN a essayé de se recycler en jouant a policier international, entre autres au nom de la guerre au terrorisme, sans succès et souvent contre le gré des populations qu'elle représente et/ou qu'elle est sensée défendre.
Le parlement canadien, par exemple, vient de voter, à 294 voix contre 1 (seule Elizabeth May a voté contre), une extension à la participation canadienne aux attaques de l'OTAN contre le régime du colonel Kadhafi en Libye, alors que les sondages révèlent que 68% de la population canadienne y est opposée.
À long terme, ça aussi c'est une position "in-te-na-ble".
Une démilitarisation des relations internationales, une plus grande coopération, une meilleure répartition des richesses, plus de justice sociale, une meilleure gestion des ressources planétaires avec un plus grand souci de l'environnement est souhaitable,
Robert Nicole, Saint-Joseph-du-Lac
24 juin 2011
Les termes, effort de guerre et guerre humanitaire me font vomir de honte et d'exaspération; le cynisme qui les caractérise est typique d'un impérialisme trop longtemps perpétué contre cette humanité qui semble maudite par le sort. Cette cupidité honteuse, qui n'appartient pas plus à l'occident qu'à quoi que ce soit d'autre, est et a toujours été le talon d'Achille de la civilisation.
michel Provencher, Canada
24 juin 2011
La guerre existe depuis que le monde est monde. Pourtant, l'homme la continue. On en est à croire que l'histoire n'enseigne à l'homme le non-sens de la guerre. En son lssue rien n'est jamais certain, en gain ou perte.
Stéphane Cormier, Québec
24 juin 2011
Je ne veux surtout pas vous contredire mais permettez-moi de vous faire remarquer que le porte-avion George-Clemenceau que vous citer dans votre article est désarmé depuis le 1er octobre 1997, et est en fait en cours de démolition depuis 2009...
Vous vouliez sans doute parler du porte-avion "Charles de Gaulle" qui lui mouille actuellement près des côtes libyennes.
Laberge Francois, Montréal
24 juin 2011
j'ai vraiment bien hâte de voir disparaître le bras armé de l'oncle sam.moins,l'occident,le maître du monde dispose de l'argent,plus la fin de cette organisation terroriste est vouée à disparaître.c'est une organisation qui a pris naissance sous de faux prétexte,qui est celui de protéger l'europe du communisme.alors qu'on sait que cette organisation a pris naissance dans le but de dominer l'europe occidentale,en faisant miroiter le spectre communisme.regardez même après l'implosion de l'urss,l'otan continue d'exister pour rendre service aux gendarmes du monde.on a comme l'impression aujourd'hui que l'otan est une entité de l'onu,puisqu'elle manipule l'onu pour détruire des pays qui sont considérés comme rebelles.
emmanuel steloi, montréal

