29 avril 2011
La science absente de la campagne électorale
Nous vivons, tout le monde le dit, dans une « société du savoir ». Une société où les cerveaux sont importants, pour créer des connaissances, pour inventer des technologies et, ce qui n'est pas rien, pour produire de la richesse.
Une société du savoir, aussi, parce que les enjeux auxquels les citoyens sont confrontés ont souvent une forte composante scientifique et technique — que l'on pense aux questions d'environnement, de climat, d'énergie, aux nanotechnologies, aux OGM, aux « pas si nouvelles technologies » de la reproduction, et j'en passe.
« Je vote pour la science »
Pourtant, les questions de science et d'environnement ont occupé bien peu de place dans la campagne électorale qui s'achève.
La coalition Je vote pour la science avait bien demandé aux partis politiques de répondre à une série de questions dans ce domaine : trois seulement l'ont fait (lisez leurs réponses sur l'énergie, la forêt, et sur les aliments.
Et avec Je vote pour la science, Radio-Canada avait proposé aux partis un débat public sur ces thèmes. Or, ce débat n'a pas eu lieu, faute d'intérêt de la part des partis.
Bien sûr, il n'y a peut-être pas beaucoup de votes à gagner en discutant de sujets qui semblent si « compliqués », si loin des gens « ordinaires ». Mais je dis bien « qui semblent ».
D'une part, parce que les électeurs peuvent certainement en comprendre bien plus que ce que les politiciens ont parfois tendance à penser. D'autre part, parce que les questions d'environnement, d'énergie ou de santé touchent effectivement très directement tout le monde.
Comment comprendre ce silence des partis politiques sur ces questions de science et d'environnement? J'en discuterai dimanche aux Années lumière, au cours d'une table ronde où j'ai invité quatre personnes engagées, à des titres divers, dans le monde de la science et de la recherche : Yves Gingras, directeur scientifique de l'Observatoire des sciences et des technologies de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et chroniqueur aux Années lumière, Pascal Lapointe, de l'Agence Science-Presse, initiateur de Je vote pour la science, Pierre Noreau, président de l'ACFAS (Association francophone pour le savoir) et directeur du bureau des Amériques de l'Agence universitaire de la Francophonie, et Lucie Sauvé, titulaire de la chaire de recherche du Canada en éducation relative à l'environnement, à l'UQAM.
À écouter dimanche avant d'aller voter le lendemain pour son candidat et/ou pour son parti... et pour la science.
Écoutez Les années lumière, animée par Yanick Villedieu
Après ses études à l'École supérieure de journalisme de Lille, en France, et quelques années de journalisme général, Yanick Villedieu a commencé à faire du journalisme scientifique et médical au milieu des années 70. Au magazine Québec Science notamment, puis, pendant deux ans, à la télévision de Radio-Canada, à l'émission Science-Réalité.
Depuis 1982, il a animé à la radio de Radio-Canada l'émission Aujourd'hui la science, devenu Les années lumière. Il collabore également au magazine L'actualité.
Les champs d'intérêt principaux de Yanick Villedieu sont la médecine et la biologie - deux des domaines les plus fascinants et les plus actifs de la science contemporaine -, notamment ces grandes questions de l'heure que sont le cerveau, le cancer, le sida, la génétique fondamentale et appliquée...
Il a publié quatre livres: Demain la santé (Québec-Science Éditeur, 1976), Le Québec sur le pouce (Éditeur officiel du Québec, 1978 et 1984), La Médecine en observation (Les Éditions du Boréal, 1991) et Un jour la santé (Les Éditions du Boréal, 2002).
6 mai 2011
Bravo pour l'initiative Je vote pour la science. J'avais d'ailleurs indiqué une note à mon agenda afin d'assister au débat qui avait été prévu entre les représentants des différents partis politiques. J'ai aussi travaillé à l'organisation d'un débat préélectoral abordant divers thèmes reliés à la science et l'activité a soulevé énormément d'intérêt et de commentaires constructifs de la part des étudiants de ma faculté. C'est mon impression que le succès de votre démarche n'est que partie remise. Quelques pépins logistiques ne nous permettent pas de conclure au désintérêt des gens et des politiciens pour la science.
Gabriel Guillet, Gatineau
2 mai 2011
Je vais vous le dire, moi, pourquoi il n'a nullement été question d'environnement dans les médias pour cette campagne. C'est parce que selon le plan fédéraliste, il est important que Mulcair se fasse élire et il serait fort bête que ca se sache que la seule chose qu'il n'ait jamais fait pour le Québec c'est de donner le feu vert à un méga-dépotoir juste à coté du village historique de Saint-Hermas, lorsqu'il était ministre libéral de l'environnement1.
Messire Mathieu, Montréal
2 mai 2011
Bonjour Messieurs,
Juste à titre de correction, ce que vous avancez n'est pas exact. Le Parti libéral du Canada a inclus dans sa plateforme une section pour les sciences et la technologie. M. Marc Garneau ainsi que moi-même avons défendu et promu cette section sur toutes les tribunes.
Au plaisir,
Eduardo!
Eduardo Gonzalo Agurto Catalan, Auteuil, Laval
1 mai 2011
Je pense que l'intérêt des parti politiques pour la science suit d'assez près l'intérêt de la population envers celle-ci.
Je pense qu'il serait faux de blâmer les politiciens car ce n'est pas juste eux:
Par exemple:
Comptez le nombre de section sur le site de Radio-canada touchant à la science (1) et diviser par le total (12). ~ 8% ?
Comptez le nombre de canaux spécialisé sur la science sur le câble et diviser par le total... 5%?
Comptez le nombre d'émissions de la télévision générale au Québec (SRC, TVA, V, TQc) et diviser par le nombre total d'émission ~ 5%?
Finalement comptez le nombre d'émissions de radio captable ici sur le nombre total d'émission de radio.... (....Une chance qu'on a les années lumières!)
On s'entend que l'impact de la science est incroyablement plus important que 5% mais je pense que 5% est probablement l'exposition moyenne des gens face à la science.
Dans ces conditions je trouve qu'il est difficile de vendre quelque chose que le public ne connait pas.
Ceci crée un cercle vicieux où les gens ne sont pas intéressés à "plus de science" car il ne savent pas que c'est intéressant. À mon avis, plusieurs croient faussement que "tout cela" est hors de leur portée ou compréhension. Ceci n'incite pas les diffuseurs, comme les politiciens, à parler de science.
Je répète ce qui a été dit mainte fois... C'est à l'école que cette connaissance doit être valorisée. Peut-être même jusqu'au niveau collégial pour tout le monde.
Et oui, on fait aujourd'hui beaucoup plus d'argent en vendant des services (d'où la valorisation du "savoir") qu'en vendant des produits dérivé de la transformation des matières premières.
Dernier exemple... le "savoir" peut-être "déguisé"... pensez à Hollywood qui fait une fortune avec des effets spéciaux... Il y a un "savoir" derrière ça aussi qui n'est pas si loin de la science et qui crée beaucoup de richesse (parlez-en à la compagnie Montréalaise qui a fait beaucoup pour le film Avatar de Jim Cameron... le saviez-vous?).
Xavier Théorêt, Longueuil
30 avril 2011
Sans vouloir vous contredire monsieur Villedieu, je n’ai pas remarqué que nous vivions dans une « société du savoir », du moins pas encore ; je conçois que nous ne devons pas voir les mêmes personnes car ce n’est pas ce que j’entends tout le monde dire.
Sans vouloir contredire encore, je pense que les enjeux sont humains. Les composantes techniques et scientifiques auxquelles les citoyens sont confrontés sont bien des confrontations et non des composantes choisies librement par les humains eux-mêmes. Je conçois plutôt qu’elles nous sont imposées, souvent par la collaboration de scientifiques qui voient dans la société humaine des instruments servant – à une autre échelle – de lieu propice à toutes formes d’expérimentations.
Les sciences de toutes sortes n’ont pas démontré qu’elles soient entièrement au service de l’homme. Cela s’explique aisément : les hommes et les femmes de science sont d’abord au services d’institutions (publiques ou/et privées) qui se doivent être aussi largement dimensionnées que possible pour : assurer leur propre aisance matérielle, le financement de leurs recherches, les expérimentations, le développement des applications qui se devront de devenir avantageuses sur le plan de la commercialisation.
Pour voir la science et le savoir évoluer positivement, faudrait-il que le rôle des hommes et des femmes de science se situe en dehors des grands appareils. Avec les sacrifices que cela représente en terme d’autonomie financière et de notoriété. Aussi faudrait-il concevoir qu’une société du savoir, cela se crée, que la création et l’acquisition du savoir commencent dès les premières heures de la vie, que beaucoup de personnes en sont exclues dès ces premiers instants, que le fossé se creuse au fil des ans rendant toute forme de mise à niveau improbable.
Et non ! Je ne vote pas pour la science, je vote autant que faire se peut pour mon bien être et tant mieux si la science rencontre quelquefois notre bien collectif.
Serge Drouginsky, Longueuil
30 avril 2011
On peut appliquer le même jugement à la culture, aussi absente des enjeux de cette élection. Ce sont les enjeux économiques, et parfois socio-économiques, qui constituent la plateforme électorale des partis.
Quant à la table ronde de dimanche, pourquoi ne pas avoir invité aussi quelques "citoyens ordinaires" à se joindre à votre groupe particulièrement homogène de scientifiques? Vous auriez eu un point de vue différent et possiblement très intéressant.
Pierre DuBois, Laval

